Etape 19
Voici le dernier jour décisif du Tour. A Isola, les favoris vont s’affronter à distance par l’intermédiaire d'un cronoescalada, aussi appelé "cronoscalata" ou "contre-la-montre en côte" pour les francophones. Mais qui dit dernière étape ne dit pas aucun enjeu : si la bataille pour le maillot jaune parait perdue pour Quintana, le podium, le top 5 et même le top 10 sont encore l’objet de luttes entre les favoris. La principale interrogation ici se tient autour de la performance des rouleurs : pourront-ils voler la victoire d’étape aux grimpeurs ?
![Image]()
La lanterne rouge Leigh Howard a l’honneur d’ouvrir la voie au bal des 156 coureurs restants. Très vite, les rouleurs se rendent compte que ce chrono n’est pas pour eux : avec 18 kms de pourcentages positifs, seul un Dumoulin pourrait à la rigueur l’emporter en haut d’Isola. Parmi les derniers au général, le meilleur temps est réalisé par Terpstra, en 46’59’’. Comme un symbole, c’est un grimpeur ayant pourtant peu de talents de rouleur qui va le battre peu après : Dombrowski réalise la montée d’Isola en 40 secondes de moins que le vainqueur de Paris-Roubaix 2014.
![Image]()
Ces premiers coureurs à passer ne réalisent pas de grands chronos : la plupart sont des sprinters, et les rouleurs confirment bien que leur spécialité c’est le plat et non pas la montagne. Même le champion du monde Vasil Kiriyenka se casse les dents sur le chrono de Dombrowski : il termine 4e à 35’’ de l’Américain. Ce dernier semble alors solidement installé dans le fauteuil de leader. Mais deux hommes vont successivement le battre. Navardauskas, pourtant rouleur-sprinter, est le premier à vaincre le signe indien, il réalise une montée parfaite pour terminer de 3’’ devant son coéquipier. Mais le plus impressionnant est bien Jürgen Van Den Broeck. Le Belge, transparent sur le Tour, se rattrape un peu en battant le lituanien de seize secondes. Il n’y a que très peu de chances que son chrono tienne, mais s’asseoir ne serait-ce que quelques minutes dans le fauteuil de leader va faire du bien au moral du lieutenant de Rodriguez.
![Image]()
Et le moral va rester au fil des passages. Les coureurs qui sont dans la montée sont pourtant des grimpeurs expérimentés. Mais que ce soit Rossetto, Schleck, Sepulveda, Sicard, Taaramäe ou encore Reichenbach, personne ne battra le chrono du Belge. L’Argentin est celui qui va s’approcher le plus près, à 3’’ de « VDB ». Les autres coureurs entrent successivement dans un top 10 incessamment en mouvement, que ce soit à l’intermédiaire à l’Oratoire Sainte-Anne ou à l’arrivée à plus de 2000 mètres d’altitude. Au bout d’une heure de solidité, le chrono de Jürgen Van Den Broeck va finalement céder sous les coups de pédale de Trofimov.
![Image]()
Le Russe illustre une nouvelle fois le paradoxe des cronoescaladas : ce sont certes des contre-la-montre, mais rares sont les rouleurs qui s’y imposent. Ainsi, au cours du parcours, Trofimov dépasse un spécialiste reconnu de la discipline : Edvald Boasson Hagen. A l’intermédiaire comme à l’arrivée, le Russe est devant VDB, de 40 secondes. Ce chrono est très solide, et ce sont les autres coureurs qui le prouvent. Ainsi, Navarro, Thomas, Cummings, les deux Martin, tous sont derrière. Le seul à s’en approcher de très près est Arnold Jeannesson, qui termine à seulement quatre secondes du Russe. Mais dans cette avant-dernière étape de cette 103e édition du Tour de France, les chronos évoluent vite. Et c’est un véritable monstre qui va balayer Trofimov. Wout Poels ne se contente pas de battre les chronos du coureur de la Tinkoff à chaque fois, il se permet aussi de rattraper Jonathan Castroviejo, rouleur accompli ayant quelques talents en montagne. Il termine 20’’ devant le Russe. Son chrono va tenir cinq minutes, le temps pour le premier des leaders de lui emboîter le pas. Décevant sur tout le Tour, Mathias Frank se rassure un peu sur son niveau en terminant 8’’ devant le Néerlandais. Après lui se succèdent les favoris.
![Image]()
Et le moins qu’on puisse dire, c’est que quand les favoris passent, le chrono trépasse. Au total, ils sont 9 à devenir successivement premiers, jusqu’au vainqueur du jour. Aucun n’a véritablement le temps de s’asseoir sur le fauteuil de leader que son chrono est déjà battu par son poursuivant. Ainsi, Frank est battu par Barguil, lui-même battu par Fuglsang, lui-même battu par Moreno, battu par Rolland… Le classement de l’étape bouge sans cesse, tout comme le classement intermédiaire placé au bout de 10 kms de montée. Il ne reste alors plus que 10 coureurs à arriver que Steven Kruisjwijk occupe très provisoirement la première place du classement. Six hommes du top 10 vont alors le battre, à commencer par Pinot.
![Image]()
Mais entre eux, d’autres leaders au général se placent. Alors qu’il ne reste que les coureurs du podium en lice, El Pistolero obtient le meilleur temps en 42’37’’. Il suivi par Rodriguez (+ 8’’), Mollema (+ 17’’), Pinot (+ 18’’) et Valverde (+ 23’’). Déjà, deux grands perdants émergent : Bardet (18e à 2’10’’) et Uran (13e à 1’41’’). Nibali est le prochain coureur à être attendu. Pour lui, la donne est simple : il faut qu’il termine à moins de neuf secondes de Contador pour rester sur le podium. Dans le dernier kilomètre, le Requin de Messine est à fond, ce serait une terrible désillusion pour lui et pour son équipe de perdre le podium à la veille des Champs. Le chrono défile, à 300 mètres l’Italien n’est qu’à 5’’ de Contador. Ce dernier est debout, les yeux rivés sur l’écran géant. 100 mètres, mais les coups de pédale du leader d’Astana sont lourds. Nibali passe la ligne, il ne bat pas Contador. Pire, son débours est de 13’’. C’est quatre secondes de trop : El Pistolero monte sur le podium du Tour au bout de deux étapes absolument phénoménales. Ils ne sont que deux à pouvoir le déboulonner du siège de la victoire. Dès le passage à l’intermédiaire de Froome, Contador a le sourire aux lèvres : l’Anglais lui rend 17’’, soit deux secondes de mieux que Quintana. A moins de faire une deuxième partie de montée aussi phénoménale que l’Espagnol, le maillot jaune ne gagnera certainement pas l’étape. Son dauphin non plus, mais cela fait quelques étapes que Quintana ne se bat plus pour rien. Sa troisième semaine a été clairement en-dessous des attentes, jamais il n’a paru en mesure de battre Froome. A l’arrivée, le leader de la Movistar est à 30’’ de Contador, soit quatre secondes de moins que le vainqueur du Tour de France 2016. Dans le dernier kilomètre, le Kenyan Blanc savoure sa victoire avec le public. Un autre à être heureux est bien sûr Contador. A Céüze 2000, il fallait être fou pour parier sur un podium du Pistolero, mais finalement l’Espagnol sera dessus lors de la cérémonie protocolaire sur les Champs-Elysées.
![Image]()
DU COTE DES LEADERS
Sauf chute ou surprenante défaillance, le classement général du Tour est d’ores et déjà connu. Froome conquiert la Grande Boucle une troisième fois. A chaque fois, son dauphin est le même : Nairo Quintana. Vincenzo Nibali termine au pied du podium pour la deuxième année d’affilée, mais cette 4e place a un gout amer. C’est la deuxième grande désillusion d’Astana sur ce Tour, après l’abandon de Cataldo dans le Massif Central. Derrière, Mollema a su conserver sa 5e place, ce qui est dorénavant sa meilleure performance sur la plus célèbre course cycliste de la saison. Deux espagnols le suivent : Valverde est 6e, ce qui, pour un lieutenant annoncé, n’est pas si mal ; Rodriguez 7e, lui qui comme Contador a réalisé une magnifique remontée sur les deux dernières étapes. Le premier Français est 8e, il s’agit de Pinot. Enfin, Dumoulin et Uran ferment le top 10. Le Colombien n’avait pas les jambes en troisième semaine, il chute de la 7e place à la 10e. Mais la régression la plus impressionnante est à mettre au profit de Bardet, du podium à la 11e place finale. Kelderman est assuré du maillot blanc, tout comme la Movistar du gain du classement par équipe. Sur les Champs-Elysées, la dernière bataille à mener sera celle pour le maillot vert.
![Image]()
![Image]()