Etape 15
A partir de maintenant, plus de repos pour les coureurs jusqu’à Paris. Le programme de cette semaine s’annonce équilibré : trois arrivées en altitude (dont une pour les puncheurs), une étape plate et un cronoescalada avant la parade finale aux Champs-Elysées. Ce dernier jour dans le Massif Central inaugure donc la fin du Tour. Avec six difficultés sur le papier, cette étape a de quoi faire peur. Sauf qu’en regardant dans le détail, ces dernières ne présentent que peu de gros pourcentages. Le dernier chapitre de la bataille pour le maillot jaune s’ouvre, qui de Quintana ou de Froome en sortira vainqueur ?
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Avec 21 points de distribués aujourd’hui, personne n’a la possibilité de renverser le classement du Grand Prix de la Montagne, sur lequel est confortablement installé Cataldo. Après deux étapes laissées aux baroudeurs, le peloton a envie aujourd’hui de se jouer la victoire. C’est pourquoi il ne laisse que trois hommes composer l’échappée. Il s’agit de Luis Leon Sanchez, Thomas Voeckler et Laurens Ten Dam. Aucun n’est dangereux au général. Concernant le maillot à pois, Astana joue bien le coup en demandant à Sanchez de protéger à distance l’avance de Cataldo. Les difficultés commencent vite, inaugurées par le Pas de Peyrol. Ce col est le symbole de cette étape : long de plus de dix kilomètres, il présente un dénivelé moyen de 5.8%. Rien de quoi effrayer le trio de devant qui y pénètre en premier.
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Un homme dans le peloton n’est pas satisfait de la situation. Il ne reste en effet qu’un maigre espoir à Gallopin de se rendre à Paris vêtu de pois, mais il faudrait pour cela prendre des points dès aujourd’hui. Ainsi, le coureur de la Lotto sort dès que le peloton aborde les premières pentes du Pas de Peyrol. Il ne lui faut que 5 kms pour rejoindre Voeckler, Sanchez et Ten Dam. Cinq bornes pour boucher un écart de plus de 4’, le Français a affiché sa forme, peut-être s’en mordra-t-il les doigts plus tard dans l’étape. Preuve une nouvelle fois de ses bonnes jambes, c’est lui qui passe en tête pour prendre les 10 points distribués par ce col de 1ere catégorie. Il passe 2e au classement du Grand Prix de la Montagne, mais devant lui, Cataldo veut montrer qu’il est toujours là. C’est dans cette optique que l’Italien fait l’effort dans le peloton pour prendre les derniers points laissés en route par les fuyards. Les deux groupes font la descente tambour battant, ce qui occasionne bien évidement des chutes. Sont concernés le vainqueur d'avant-hier, Jonathan Hivert, ainsi que Thierry Hupond. Pour ce dernier, la chute est lourde, ce qui le contraint à l’abandon. Le sprint intermédiaire arrive rapidement, permettant à Cavendish de prendre suffisamment de points pour reprendre provisoirement le maillot vert à Mollema. Les difficultés s’enchaînent, et les désormais 184 coureurs arrivent dans la Côte de Vaisset. Avec ses 3.5 kms à 7.8% de moyenne, c’est la difficulté la plus dure de la journée. Mais avant de l’aborder, les coureurs doivent franchir une descente technique. Une nouvelle chute y intervient, concernant cette fois-ci un coureur en vogue : Cataldo. L’Italien se relève et repart, mais il lui sera peut-être plus dur d’accélérer au cours de l’étape. Devant, celui qui s’avère être son principal rival passe en tête de la côte de 4e catégorie et prend le point qui y est mis en jeu. Gallopin cherche aujourd'hui à se rapprocher au maximum du porteur du maillot à pois, et pour l’instant il y arrive.
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Décidément, les descentes du Massif Central ne font pas que des heureux : une nouvelle grosse chute y intervient, ne faisant pas repartir un homme. Nelson Oliveira, soutien précieux dans la plaine pour Quintana, voit son Tour s’arrêter là. A 95 kms, la Tinkoff accélère alors que l’écart atteint son maximum, 8’04’’. Qui dit accélération de l’équipe Russe, dit attaque certaine de son leader, Alberto Contador. El Pistolero ne réussit pas son Tour de France pour l’instant : 8e à 8’14’’ de Froome, la victoire finale n’est pour lui qu’un lointain rêve. Il se retrouve même dépassé au général par Uran, Mollema, Bardet et Valverde, quatre coureurs intrinsèquement moins forts que lui. Parmi ceux-là, le Colombien et le Murcian guettent particulièrement l’attaque du Madrilène, qui se trouve à moins d’une minute d’eux au général. Quelques kilomètres plus tard, les coureurs rentrent dans le Col de la Geneste. Comme le Pas de Peyrol, ses pourcentages ne sont pas très forts (3.3% de moyenne). Encore plus court que le premier cité, la Geneste est avalé rapidement par les échappées, encore plus par le peloton qui veut certainement se jouer la victoire. De ce fait, l’écart baisse, et n’est plus que de 5’ alors que Gallopin passe en tête au sommet. Il reste alors plus que 68 kms à parcourir. Immédiatement, la Croix Saint Robert se présente aux coureurs. Avec ses 9 kms à 6% de moyenne, c’est un morceau conséquent. L’échappée ne fait pas dans le détail, menée par un Gallopin qui sait que ce qu’il fait là pourra lui être utile plus tard. De ce fait, alors que le Français passe en tête, un coureur de l’échappée n’arrive pas à suivre son tempo et se fait larguer. Voeckler ne reverra plus ses compagnons. Dans le peloton, malgré les 50 kms encore à parcourir, cela bouge. Et comme prévu, c’est Contador qui initie les attaques, immédiatement suivi par Rolland qui veut protéger la place d’Uran.
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Dans la roue du Pistolero, le Français ne donne aucun relais et laisse le double vainqueur du Tour se débrouiller. Ces deux coureurs ne sont fondamentalement pas dangereux pour Froome, la Sky les laisse donc partir. La descente de la Croix St-Robert se profile alors. Et cette descente pourrait bien être le tournant du Tour. En effet, dans les premières places du peloton, Deignan chute. Les dégâts sont considérables : Froome, Bardet, Cataldo, Rodriguez et Quintana se retrouvent à terre. Le 1er, le 2e et le 3e du général ne sont plus dans le peloton !
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Immédiatement, la Trek et Astana accélèrent. Ça sent bon pour Nibali et Mollema, respectivement 4e et 5e du général. Dans la Stèle, ce qui reste du peloton explose, il y en a partout. Après 15 jours de courses effrénées et cinq étapes très dures, tout le monde a l’acide lactique qui monte dans les jambes. Devant, Gallopin s’amuse aussi à éparpiller l’échappée. La journée de repos a fait du bien au coureur de la Lotto, qui était très limite à Font-Romeu. Ce dernier passe en tête et prend les points promis au sommet de ce col de 3e catégorie. Derrière, les coureurs arrivent par petits groupes. A 1’13’’ de Gallopin se trouvent Nibali, Contador, « LLS », Ten Dam, Mollema, Rolland et Valverde. A 1’07’’ d’eux, on a Uran, Pinot, Porte, Dumoulin et Kelderman. Froome, Quintana et Bardet sont eux à plus de trois minutes de Gallopin. Dans la descente de la Stèle, le maillot jaune se met à fond et prend tous les risques. Quintana n’en fait pas autant mais est bien aidé par ses équipiers. Ensemble, ces deux coureurs enclenchent leur remontée, mais les leaders ne sont pas prêts à les accueillir de nouveau…
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Ce rythme assez fou entraîne une nouvelle chute, concernant deux coureurs : Kangert y touche pour la dernière fois la route du Tour. L’autre homme concerné est Cataldo. Ce n'est pas la première fois que l'Italien chute aujourd'hui, mais cette fois-ci, le coureur d’Astana semble touché… Devant, Gallopin pénètre dans la dernière difficulté du jour. Qui aurait cru que ses 11 kms à 4% pourraient décider du général ? Dans le groupe des poursuivants du Français, alors que l’écart baisse ostensiblement, Rolland décide de voler au secours d’Uran, qui ne semble pas très bien. Le Colombien pourrait perdre beaucoup à l’issue de cette étape, mais heureusement ses deux lieutenants – Rolland et Talansky – sont auprès de lui. Devant, cela bouge. Dès la jonction avec Gallopin faite, un trio composé de Mollema, Nibali et Valverde part. Si le Néerlandais et l’Italien peuvent follement envisager le maillot jaune ce soir, chez la Movistar on joue clairement la carte murciane en backup de Quintana.
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Derrière, tout le monde est au rupteur. Dans le groupe Contador, les anciens échappés sont à la dérive, et même le Pistolero montre des signes de faiblesse. Mais ce qui aurait dû donner espoir à Uran, chef de file du groupe en chasse du coureur de la Tinkoff, ne fait que l’accabler : comme l’Espagnol, le Colombien de la Cannondale est à la limite de ses capacités. Pire, il n’a tout simplement pas les jambes pour suivre Porte, Dumoulin, Kelderman et Pinot, qui voyant sa faiblesse l’attaquent. Uran a de quoi s’inquiéter, car derrière lui trois coureurs arrivent en boulet de canon. Froome a en effet produit son effort, avec calés dans sa roue Quintana et un surprenant Purito. Ensemble, ils rattrapent le groupe Uran.
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Le Kenyan blanc se porte immédiatement en tête du groupe et fait le tempo. En moins de deux kilomètres, il rattrape à lui tout seul le groupe Contador. Grâce à lui, Quintana, Rodriguez et Pinot sont de retour dans le jeu. Même Uran est ramené, lui qui n’en demandait pas tant. Néanmoins, les deux minutes le séparant de Mollema, Nibali et Valverde semblent trop importantes pour Froome, qui ne fait que juguler l’écart. Cependant, il a clairement sauvé sa tunique au prix d’un effort très impressionnant. La victoire d’étape se joue au sprint, et bien entendu Valverde n’attend que ça pour lever les bras sur ce Tour de France, pour la deuxième fois déjà. Derrière, c’est plus dispersé, ce qui profite à Gallopin qui prend la 8e place de l’étape et de précieux points pour le GPM. Et ces points seront encore plus précieux si on revient en arrière dans l’étape. En effet, dans sa chute Cataldo se fracture le ménisque et doit donc abandonner. Incroyable rebondissement sur le Tour. L’Italien est en larmes, lui qui touchait du doigt le maillot à pois. A l'arrivée, Gallopin n’en revient pas : c’est lui le nouveau leader du classement du Grand Prix de la Montagne ! Mais l’étape n’est pas finie pour tout le monde. Troisième au général ce matin, Bardet n’a pas réussi à suivre l’incroyable remontée de Froome, Quintana et Rodriguez. L’Auvergnat met tout de même la gomme dans Sancy et arrive à se raccrocher au groupe Uran. Le Colombien a su se reprendre un peu en fin d’étape, le moral remonté en voyant Pinot et Kelderman dans une situation pareille à la sienne. Ce groupe-là finit tout de même à une minute du maillot jaune : nul doute que pour eux, le classement général pourrait être bouleversé ce soir.
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DU COTE DES LEADERS
Logiquement après une étape aussi folle, le classement général est bouleversé. Rien ne change du côté de Froome et Quintana : l’un garde 1’49’’ d’avance sur l’autre. Mollema complète le podium, à 3’49’’ du coureur de la Sky. Nibali le suit à 15’’, Valverde est à une minute du Néerlandais de la Trek. Ce n’est qu’à la 6e place que l’on retrouve Bardet. Confronté pour la première fois du Tour à une situation critique, le coureur d’AG2R a trop paniqué et n’a pas suivi Froome. Plus loin, Contador dépasse Uran d’une trentaine de secondes. Le surprenant Dumoulin et Pinot complètent le top 10 du général. Mollema garde son maillot vert encore un peu, mais les sprinters pourraient lui reprendre dès demain. Enfin, le maillot à pois passe sur les épaules de Gallopin. L’abandon de Cataldo change totalement la face de ce classement. Thomas Voeckler, Tony Martin et Samuel Sanchez sont ainsi remis dans le coup. Aujourd’hui, le Tour nous a livré un des tours dont lui seul est capable. In fine, cela fait les affaires de Froome, qui voit son duel avec Quintana retardé de trois jours.
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