Avant l’explication finale une petite respiration est offerte au peloton et un bon de sortie aux baroudeurs, une fois n’est pas coutume. Sur une étape plate comme la main, dix coureurs prennent le large dont deux Ineos,
Mullen et
Tarling, ce qui explique peut-être l’apathie du peloton. Même s’ils sont bons poursuiteurs, les coéquipiers de
Walshaw ne tentent rien dans le final. Ni les deux BikeExchange, ni les deux Arkéa, ni personne d’autre. Tout le monde est satisfait d’attendre le sprint que le jeune
Romeo, isolé et inexpérimenté, se retrouve à lancer de loin. Arkéa est finalement la seule équipe à avoir eu raison de cette extrême passivité puisque, comme sur le Tour, un de leur britannique remporte l’étape. C’est cette fois le néo-pro
Giddings qui remporte la plus belle victoire de sa jeune carrière !
Cl. étape 18 :Le Bola del Mundo est le monstre de cette troisième semaine.
Pickering ne veut pourtant pas attendre l’explication finale et tente sa chance dès le baisser de drapeau avec
Dekker et
Leemreize. Ses adversaires pour le top 10 ne le laissent pas partir et Rabobank finit par se faire contrer par sept hommes :
Bernal,
Brkic,
Veling,
Quinn,
Uijtdebroeks,
Canal et
Morgado.
Leemreize tentera de revenir en vue du maillot à pois, sans réussite. Dans le groupe de tête,
Bernal est le mieux placé à 12 minutes et la Groupama ne semble pas décidée à mener la chasse. Puisqu’on n’a pas voulu laisser partir
Pickering et pour essayer de fatiguer
Grégoire comme sur la 16e étape, les hollandais prennent donc le rythme en main dans les ascensions. Mais au sommet de l’avant-dernier col, à 50 kms de l’arrivée, le retard du peloton est encore de 7’30’’. Les UAE tentent alors une tactique audacieuse qui surprend les favoris.
López passe à l’attaque juste avant la bascule, accompagné de ses équipiers
O’Connor,
Fisher-Black et
Verre ! Le quatuor prend plus de risque que le peloton dans la descente pour porter leur avantage à 45’’. Puis malgré les Bora et les Lotto qui mettent chacun un homme à rouler, les équipiers du colombien se dévouent corps et âme pour porter cette avance à 1’30’’ à 20 kms du but, dans les premiers contreforts du Bola del Mundo. L’échappée, elle, pointe toujours à 7’30’’ et va se jouer la victoire.
Brkic et
Bernal s’envolent dès le pied. Derrière eux,
Uijtdebroeks et
Veling pointent à 40’’. Le jeune néerlandais continue d’impressionner au point de planter le belge à 6 kms du sommet. Il revient même sur le duo de tête ! Ce retour fulgurant ne se paye que sous la flamme rouge. Dans ce dernier km aux pentes extrêmes,
Bernal et
Brkic s’expliquent sans vouloir laisser un centimètre à l’autre. Improbable, la victoire se joue au jeter de vélo ! Et c’est finalement
Brkic qui l’emporte, une deuxième victoire sur un grand tour après celle du Tour l’an dernier, où il avait déjà sauté un adversaire sur la ligne au sommet du Grand Colombier.
Du côté des favoris,
Gaudu met le feu aux poudres à 10 kms du sommet. La plupart de ses adversaires sont réactifs, y compris le maillot rouge mais pas
Hayter,
Brenner ni
Pickering.
Daan Hoole fait le travail de poursuite pour DSM tandis que
Grégoire prend en personne le rythme en main devant pour enterrer ses deux poursuivants au général. L’accélération au train du maillot rouge est par exemple fatale à
Gunter en plus du coup mis au moral de ses adversaires.
López est repris au passage mais le colombien se range dans le sillage du groupe ; à voir s’il a pu tamponner le début d’ascension ou au contraire s’il va payer cette belle tentative d’anticipation. À 6 kms du sommet, l’écart entre le groupe maillot rouge et celui maillot blanc atteint la minute !
Barguil et
Ferrier viennent alors rouler, respectivement pour
Bisiaux et
Hayter. Les deux hommes commencent à inverser la tendance.
Steinhauser vient donner un coup de main, puis
Brenner prend en personne le rythme en main au moment d’aborder les trois derniers kms les plus raides. Des coureurs comme
De Plus,
Rodriguez et même
Rostoll craquent. Devant,
Nagorski attaque pour se faire rattraper un peu plus loin.
Foss et
López, visiblement pas entamé, ont enfin secondé l’effort de
Grégoire. Mais on assiste finalement à un regroupement général à deux kms du sommet ! Le podium se joue par l’arrière car
Hayter doit lâcher prise dans la foulée. Puis
Gaudu baisse la tête en vue de la flamme rouge, et
Brenner et
Gunter juste après. Le groupe des favoris est étonnamment conséquent au terme d’une telle montée, au point que tout se joue à coups de secondes dans les derniers hectomètres.
Sriubas frappe pour la forme, vite suivi par
López dont l’offensive aurait mérité meilleur gain.
Nagorski,
Foss,
Pickering,
Poggetti et l’épatant
Bisiaux suivent à 10’’.
Grégoire arrive encore 13’’ plus loin en serrant le poing. Loin d’être inquiété, il vient de faire un nouveau grand pas vers le maillot rouge. Son nouveau dauphin,
Brenner, est désormais repoussé à 1’59’’. À 1’33’’ du français,
Hayter est le seul vrai perdant du jour. Les deux Bora sont désormais 4e et 5e du général derrière
Foss.
Cl. étape 19 :Les montées de cette avant-dernière étape presque classique non loin de Madrid sont longues mais roulantes. Hier,
Brkic a récupéré le maillot à pois par procuration. Aujourd’hui, 4x10 points sont à glaner au maximum sachant que
Grégoire, aussi en tête de ce classement, n’en possède que 45… L’autrichien part donc à l’abordage dès le baisser de drapeau, vite imité par les autres coureurs intéressés par le classement de la montagne. Ils sont 15 à composer l’échappée dont
Veldman,
Steinhauser et
Leemreize pour Rabobank,
Brkic,
Uijtdebroeks,
Morgado et
Sweeny pour les prétendants au maillot, et
Robledo,
Almeida,
Power ou encore
Tulett pour les autres bons grimpeurs. Les deux premiers sommets sont disputés, si bien qu’à mi-course les cinq premiers du classement se nomment
Grégoire,
Morgado – dont le punch a fait merveille –,
Brkic,
Uijtdebroeks et
Leemreize, avec respectivement 45, 44, 43, 42 et 41 points !
Veling n’est pas loin non plus avec 38 points mais le jeune hollandais est resté auprès de
Brenner dans le peloton. Dans le Puerto de la Morcuera, 3e difficulté, l’échappée se disloque.
Leemreize,
Brkic,
Uijtdebroeks,
Robledo,
Almeida et
Tulett sont les plus costauds. En vue de la banderole,
Uijtdebroeks et
Leemreize se livrent un sprint acharné qui tourne en faveur du néerlandais. Après avoir longtemps porté le maillot, celui-ci repasse donc d’un coup de la 5e à la première position virtuelle. Tout pourrait donc se jouer dans le dernier col, pourtant
Leemreize se relève aussitôt, laissant partir ses compagnons ! Il a reçu l’ordre dans l’oreillette d’attendre
Pickering. Le champion d’Irlande, lancé par
Brand, a en effet attaqué à trois kms du sommet !
Gaudu,
Hayter et
López ont suivi le va-tout du vainqueur du Giro. Ils franchissent le sommet à 3 minutes de la tête de course, 1’30’’ devant un peloton qui a laissé faire.
Grégoire n’a plus que
Van Eetvelt à ses côtés mais d’autres équipes veulent protéger leur place sur le podium et dans le top 6. DSM et Décathlon-Ag2r se mettent donc à rouler. Il reste alors 50 kms à couvrir.
Après le sommet,
Uijtdebroeks ne s’est pas relevé. Il poursuit l’aventure en solitaire pendant que ses poursuivants se regroupent, emmenés par un
Leemreize qui se sacrifie sans arrière-pensée. Au pied de la dernière montée du Puerto de Navacerrada (10 kms à 6%), le belge compte une minute de marge sur le groupe
Pickering, qui lui-même devance les autres favoris de 1’40’’.
Hayter et
López sont donc virtuellement (re)montés sur le podium du général. L’espoir du britannique ne dure cependant pas longtemps. À 9 kms du sommet, il doit déjà renoncer à suivre le rythme de
Leemreize. Le groupe rejoint
Uijtdebroeks, mais dans le même temps une vingtaine de secondes sont rendues au peloton.
Gaudu veut alors relancer le rythme, mais en attaquant brutalement. Ses deux accélérations ne distancent pas les outsiders du général. En revanche le contre de
López fait des dégâts. Le colombien s’en va seul ! Deux minutes derrière,
Hayter a été avalé par le peloton. En perdition complète, le britannique pourrait bien sortir du top 10 sur le fil. À 3 kms du sommet,
Gaudu et
Pickering sont à 30’’ de
López. Désormais emmené par les Uno-X, le peloton s’est rapproché à une minute au train. Lorsque
Myrseth s’écarte,
Foss tente enfin de déstabiliser le maillot rouge. C’est tard, et surtout sur ces pentes roulantes
Grégoire n’a aucun mal à suivre le norvégien. À moins que cette attaque ne visait à mettre
Brenner en difficulté pour la deuxième place. L’allemand, lui, compte sur le soutien de
Veling pour gérer sa montée. Complètement inexpérimentés à ce niveau, les deux jeunes sont impressionnants de calme. Dans le même temps, ils font craquer
Nagorski pour se donner des ailes. Les hommes forts du général montent désormais bien plus vite que
Gaudu et
Pickering qui se font rattraper par
Foss,
Grégoire et Quinn à un km du sommet.
Grégoire prend la tête. Puisque seul López les devance, il reste donc six points à prendre sous la banderole, soit exactement le retard du maillot rouge sur
Pickering au classement de la montagne. Mais s’il passe en tête, au critère du classement général comme du nombre de passages en tête des cols 1C,
Grégoire remporterait ce classement.
Pickering s’arrache donc pour dépasser le français qui, peut-être pas renseigné ou pas intéressé, regarde presque tranquillement, un peu surpris de l’effort, l’irlandais offrir le maillot à pois à
Leemreize. Juste après, le groupe
Brenner revient grâce à une belle gestion de
Veling dans le dernier km. L’allemand attaque à son tour dans la transition avant de basculer. Mais
Foss ne se laisse pas surprendre et
Grégoire suit le mouvement pendant que le reste du groupe semblait plutôt vouloir souffler. Pas attendus à ce niveau, les trois premiers de cette Vuelta assoient leur domination sur cette 20e étape. Aussi intéressés par la victoire d’étape et
López seulement 25’’ devant, ils insistent. Mais
Brenner et
Foss doivent en garder un peu en vue des bonifications qui attribueront la 2e place finale de cette Vuelta.
López peut donc résister, récompensé de ses offensives de ces deux derniers jours par une belle victoire pleine de panache.
Grégoire prend la deuxième place devant
Brenner et
Foss, qui terminent donc symboliquement dans l’ordre du général. Le groupe « top 10 » vient mourir sur les talons du trio. Pour une seconde,
Bisiaux sauve ainsi son top 5 face à López. Enfin pour la dernière place du top 10,
Bernal,
Rostoll,
Nagorski et
Hayter terminent à quatre échelons distincts de la course. Ces écarts en minutes aboutissent à 23’’ seulement qui séparent le quatuor, et c’est
Nagorski qui remporte la timbale.
Cl. étape 20 :Dans les rues de Madrid, le dénouement de l’ultime étape offre plus de suspense que prévu. Même s’ils ne sont que deux devant après s’être débarrassé de
Frigo,
Greening et
Rzeczycki réalisent un numéro dans les 15 derniers kms. L’écart est encore de plus de 30’’ sous la banderole des 5 kms et il n’y a guère plus que les Rabobank pour rouler.
Leemreize et
Brand sont décidément des équipiers passe-partout car ce sont eux qui emmènent
Van Dijke et
Dekker. Grâce à leur effort,
Rzeczycki est repris à seulement 600 mètres de la ligne ; Arkéa y a cru pour une nouvelle victoire en baroudeur ! L’abnégation de l’équipe hollandaise n’est pas récompensée car
Dekker se fait déborder dans la dernière ligne droite. Le sprint est serré entre
Kooij,
Flores et
Syritsa. On répartit les succès puisque le russe remporte sa première victoire sur un grand tour !