La pluie accompagne ce dernier week-end World Tour de l’année. En Lombardie, l’échappée matinale est prisée. Il faut attendre 45 kms pour voir six hommes prendre le large,
Leemreize étant revenu à contretemps sur
Parisini,
Glavcev,
Morgado,
De Cassan et
Riccitello. Plusieurs équipes contrôlent le peloton, ce qui leur permet au passage d’éviter les chutes. À 140 kms de l’arrivée,
Roox est pris dans l’une d’elles.
Brand l’attend ; voilà qui donne une indication des forces en présence chez Rabobank alors que lui-même aurait pu faire partie des favoris. D’autres incidents émaillent la progression des coureurs, y compris dans l’échappée qui se retrouve amputée de
Glavcev. Dans le Zambla Alta à 80 kms de l’arrivée,
Leemreize insiste devant pour maintenir ses deux grosses minutes de marge sur le peloton et éventuellement servir de relai pour ses leaders. C’est encore tôt pour que les favoris se dévoilent mais certains outsiders tentent leur chance.
Paret-Peintre et
Hardy sont les premiers à se découvrir. En plusieurs temps dans la transition qui mène à la descente, de plus en plus de gros noms se mêlent à ce coup.
Gaudu et
Eg font les premiers la jonction, puis c’est au tour de
Jorgenson,
Mäder,
Balbín,
Bernal, et surtout de
Costa,
Grégoire et
Urrutia en personne. À 60 kms de l’arrivée, ce groupe compte 1’15’’ d’avance sur un peloton de presque 100 unités. Dans la longue descente,
Roox et
Sundberg chutent chacun pour la deuxième fois de la journée. Le néerlandais lâche l’affaire, pas le suédois attendu par toute son équipe y compris
Foss et
Johannessen. Il parait pourtant compliqué de revenir car la transition est courte et la descente humide a provoqué des cassures. Le peloton doit d’abord penser à se reformer avant le Passo Ganda, et ce faisant le groupe de tête aborde ce dernier col avec 1’30’’ de marge.
Dès le pied,
Urrutia se dresse sur ses pédales.
Eg le suit un temps pendant que
Balbín imprime le tempo pour
Gaudu. En tête de peloton, les Bianchi et les Bora sont moins efficaces. C’est dans le dernier tiers d’ascension que du mouvement survient. Devant,
Gaudu se lance à la poursuite d’
Urrutia en solitaire. Derrière,
Sriubas et
Pogacar laissent sur place les autres favoris même si
Jallas Amigó,
Pidcock et
McNulty ont fait semblant de les suivre.
Parisse, lui, subit la course.
Urrutia atteint finalement le sommet avec 50’’ d’avance sur
Gaudu et
Eg. À 1’40’’, on retrouve
Balbín,
Grégoire,
Hardy et
Costa, rejoints sur le fil par
Sriubas et
Pogacar. 23 autres coureurs sont à 2’30’’ et n’ont cessé de perdre du temps. Parmi eux,
Poole et
Ponk se sont fait surprendre par le mouvement décisif. Le britannique et
Leemreize prennent la tête dans la descente pour tenter de rétablir la situation. Malheureusement
Leemreize loupe un virage, entrainant son leader et
Nagorski avec lui ! Fémur fracturé,
Ponk ne se relèvera pas. Après la blessure d’
Oomen à l’entrainement l’avant-veille et les deux chutes de
Roox, il est temps que ce Lombardie se termine pour Rabobank. D’autant que, crispé,
Poole ne tient plus les roues dans la deuxième partie de la descente et se retrouve isolé puis largué sur le plat
(nb : j’étais pourtant à 99 en effort pour rester dans les roues et Poole n’est pas un mauvais descendeur…). Les bataves ne sont pas les seuls touchés. Dans le groupe de contre,
Grégoire voit aussi ses ambitions s’envoler sur chute. Dans les longues lignes droites vers Bergamo Alta, les écarts se resserrent mais
Urrutia,
Gaudu et
Eg semblent bel et bien avoir piégé le peloton en s’échappant à 65 kms de l’arrivée ! Le colombien ne possède plus que 30’’ d’avance dans les contreforts de la vieille ville de Bergame.
Gaudu y dépose
Eg mais ne reprend que 10’’ à sa proie. En bas de la courte descente, il s’est rapproché à 9’’ ! Il reste deux kms pour faire la jonction mais
Gaudu va buter là, à une honorable seconde place. Après une année décevante,
Urrutia revient quant à lui sur le devant de la scène pour sa première course débarrassé du poids du maillot irisé ! Le pauvre
Eg est privé du podium par le long sprint de
Pogacar, qui lui-même résiste au retour de nulle part de
Pidcock. Notons enfin la belle performance d’Arkéa qui place trois coureurs dans le top 10 avec
Balbín et
Champoussin.
La saison World Tour se termine pour la première fois en France à l’occasion de Paris – Tours. Pendant 150 kms, rien ne mérite l’attention du spectateur. La tension monte à l’abord des premiers chemins de vigne, ce qui provoque une chute massive et la perte de plusieurs favoris. Au moment où la course s’emballe, le timing est désastreux pour Walshaw, Stewart, Svrcek et Sheffield notamment. La Rabobank est encore touchée par la malchance qui l’avait relativement épargnée cette saison. Les hommes orange n’attendent toutefois pas leur leader et prennent la tête pour martyriser le peloton. Tamm et Bissegger font un gros boulot pour fatiguer les sprinters, coupant parfois le peloton en plusieurs morceaux. À force de faire des efforts, les groupes de lâchés ne parviennent plus à revenir et il n’y a plus qu’une quarantaine de coureurs dans le peloton lorsque Sabatier place la première attaque. À 23 kms de l’arrivée, le coureur Ag2r ne fait pas longtemps la différence mais il a le mérite de faire déjà travailler des sprinters. Philipsen et Jakobsen apparaissent finalement comme la carte n°2 de leur équipe. Dans le dernier secteur, Romain attaque à son tour, suivi par Del Valle, Benoot, Slootmaeckers et son équipier Louvel. Le champion d’Europe est quand même assez costaud pour réussir à s’isoler. Mal placé lors du mouvement décisif, Geldhof demande à Vermeersch de se sacrifier sur les quelques kms menant à la dernière bosse où il attaque. Costaud lui aussi, le belge est le seul à faire la jonction sur les poursuivants de Romain à 9 kms du but. Deux kms plus loin, Romain est finalement repris. Aussitôt, Louvel contre, obligeant les adversaires des Décathlon-Ag2r à continuer de travailler. Le rythme ne baisse donc pas, ce qui enterre définitivement le peloton. À l’entrée de Tours, Louvel est à son tour repris. Tout se joue donc dans l’Avenue de Grammont. Sur le papier meilleur sprinter et s’étant en plus reposé depuis dix minutes, Romain parachève facilement la masterclass de son équipe. Décevant sur les classiques canadiennes, il aurait pu mettre un terme à sa saison. Mais il s’est remobilisé pour décrocher sa première victoire avec le maillot européen ! Déjà présents sur le podium de la première flandrienne de l’année à l’Omloop, Geldhof et Benoot le sont aussi sur la dernière.