La 15e étape arrive à St Gervais.
Kevin est maintenant suffisamment loin au général et se glisse dans un groupe de 16 qui part à la pédale. On y retrouve les Leknessund, Bagioli et autres MA Lopez. Mais Kevin se fait surprendre dans un sprint en cote où les leaders ne se relèvent pas et les coureurs restés à ses côtés refusent de collaborer. Il se relève alors. La course est intense et au sommet de la Croix Fry, Nixon n’a plus que Kevin à ses côtés dans un groupe maillot jaune réduit à 30 unités et qui compte 3’ de retard sur la tête de course. Dans le dernier col, Ayuso attaque avec Pogacar et Nixon dans la roue, le trio avale les derniers échappés. Il reste un peu moins de 4 km quand Nixon craque et doit laisser filer le duo. Il finit 8e à 35’’ d’Ayuso qui a aligné Pogacar au sprint et glisse à la 4e place du général.
Evidemment, en ayant décidé de changer de leader, je redoute tout particulièrement ce contre-la-montre même si l’arrivée à Combloux et son profil alpestre pourrait permettre à Nixon de limiter la casse.
Lucas s’élance dans les premiers et signe le meilleur temps provisoire, ce qui me donne confiance dans notre stratégie de course : partir fort sur la 1er bosse, qui est la plus pentue, et gérer le final. Pourtant quand Kevin passe au sommet de cette même bosse, il n’est que 17e ! Il reprendra du temps sur les 2 intermédiaires suivants avant de flancher dans la dernière section et finir à 56’’ de van Aert, étonnant leader provisoire. Nixon finit, lui, à presque 2’ du leader belge. Ayuso va lui aussi se casser les dents sur ce chrono en signant le 2e temps à 13’’. Pogacar s’arrache pour finir dans le même temps que son rival. Gaudu limite bien la casse en finissant dans le même temps que Kevin. Au général, il garde le maillot jaune mais voit Pogacar revenir à seulement 30’’. Nixon conserve sa 4e place mais Vingegaard, Landa et Hindley sont tous à moins de 40’’. Il reste encore 2 étapes de montagne à commencer par le col de Loze demain.
Voilà donc cette 17e étape mythique.
Voyant Vlasov, le principal concurrent de Nixon pour les pois, mal placé, Kevin attaque dès le km 0. Cela fonctionne et un groupe de 15 se forme avant le pied du col des Saisies où ne figure pas Vlasov. MA Lopez qui compte un peu plus de 50 points de retard sur Nixon constitue la plus sérieuse menace. En haut du Cornet de Roseland, plus personne ne veut rouler car tous les grimpeurs de l’échappée ont maintenant perdu leurs domestiques. Dans le peloton cela temporise aussi car la Groupama a cramé toutes ses ressources. L’écart reste autour des 2’30. Cela se regroupe à l’avant comme à l’arrière mais à ce petit jeu, l’arrière dispose de davantage de ressources et l’écart des échappées au pied du col de la Loze, à 35 km de la ligne, ne sera pas suffisant pour leur permettre de jouer un rôle quelconque dans la suite de cette étape.
L’explication finale va commencer. Ça roule à bloc dès le pied sous l’impulsion des Ineos : Carapaz veut faire craquer Gaudu et Nixon. L’écrémage se fait par l’arrière et après la petite descente de mi-parcours, le groupe maillot jaune ne compte plus que 12 coureurs. Nixon est accompagné de Kevin, Gaudu est isolé. Dès la reprise de la pente, Uijtdebroeks attaque suivi de Carapaz et de tous les autres favoris et du maillot jaune. Tous les domestiques encore présents s’écartent. Seul Nixon décide de ne pas suivre et demande à Kevin de monter au train. Devant, Carapaz contre et s’isole en tête de course tandis que Gaudu craque et Kevin le reprend. Il n’a pas besoin de beaucoup accélérer pour le lâcher : le leader de la Groupama risque de perdre très gros aujourd’hui ! Nixon fait ensuite l’effort pour faire le jump sur le groupe des favoris. Il se retrouve dans un groupe de 7 à 36’’ de l’équatorien qui caracole toujours en tête. Quelques kilomètres plus loin, Pogacar profite du mauvais placement d’Ayuso pour sortir seul en contre et comble rapidement le gap jusqu’à Carapaz. Ayuso doit alors se découvrir et personne ne roule avec lui. A 5 km du sommet, les écarts sont déjà monstrueux. Nixon semble au bord du précipice, le maillot jaune est très très loin, il a payé cash son accélération pour suivre les meilleurs.

Comme Ayuso hausse le rythme à l’approche du sommet, Hindley est le premier à lâcher, rapidement imité par Uijtdebroeks et quelques mètres plus haut, Nixon. A l’avant Pogacar attend littéralement Carapaz. Je ne sais pas si l’aide de l’équatorien dans la descente l’aura servi mais il s’impose en patron à Courchevel et pose plus qu’une option sur la victoire finale.

Nixon finit 7e en s’accrochant à la roue de Uijtdebroeks, à 1’26 de Pogacar. Au général le slovène compte 1’03’’ d’avance sur Ayuso mais Nixon remonte d’une manière totalement inattendue sur le podium même si la marge sur ses poursuivants est minime : 12’’ sur Carapaz et Landa classés dans le même temps. Vingegaard pointe 7’’ plus loin. La lutte pour le podium lors de l’étape du Markstein sera palpitante. L’autre excellente nouvelle de la journée est que Nixon a marqué quelques points de la montagne et compte encore 33 points d’avance sur MA Lopez son nouveau dauphin.
La 18e étape semble promise aux sprinteurs.
En fin de Tour les trains sont fatigués aussi décidons-nous de tenter le coup dans la dernière cote à moins de 10 km de l’arrivée. Cela fonctionne : Jhonatan parvient à créer un petit gap avec Kevin et Nixon dans sa roue. Notre trio avale puis dépose les rescapées de l’échappée matinale mais Politt mène la chasse en tête de peloton et revient petit à petit. Alors que la ligne approche, les forces viennent à nous manquer. Mais Politt, en tête de peloton, faiblit lui aussi et personne ne le relaie. Jhonatan puis Kevin s’écarte, cela va se jouer à rien car les sprinteurs ont lancé de loin.

Nixon remporte une deuxième victoire d’étape et s’offre 10’’ de marge supplémentaire sur Carapaz et le reste de la meute avant l’ultime explication dans les Vosges.
La 19e étape semble aussi pour les sprinters mais après la mésaventure d’hier certains baroudeurs pourraient vouloir leur jouer des tours.
Une échappée de 14 prend le large. Le plus dangereux au général pointant à plus de 50’, les UAE se contentent logiquement d’un tempo. Les équipes de sprinteurs laisseront faire et Quinn Simmons s’impose au sprint depuis l’échappée avec plus de 7’ sur le peloton.
La 20e étape doit sceller le général et le classement de la montagne.
Pour nous, c’est l’étape de tous les dangers. En plus, Nixon nous a avoué une baisse de forme, bien compréhensible en cette fin de Tour après avoir bouclé le Giro en équipier modèle. Ils sont 14 à constituer l’échappée du jour Leknessund le mieux classé pointe à plus de 12’ du maillot jaune. Vlasov et MA Lopez sont avec nous. Parmi les hommes de tête, seul Bagioli pourrait menacer Nixon mais pour cela il lui faudrait passer en tête de toutes les difficultés du jour sans exception ! Bref, jusqu’ici tout va bien.
UAE roule plutôt tranquillement et Bagioli passe en tête du Balon d’Alsace avec 6’ d’avance ! Bagioli passe encore en tête avec 8’30 en haut du col suivant et Nixon commence à s’impatienter tant pour son maillot à pois que pour son podium. Je tente de le calmer et nous poursuivons notre course d’attente. En haut du 3e col, Bagioli passe en tête et l’écart atteint 9’. En haut du 4e col, Bagioli passe en tête et l’écart est monté à 9’20. Le peloton est toujours emmené par les UAE qui roulent à un rythme de sénateurs.
Changement de physionomie dans le petit Ballon : les Ineos roulent à bloc en tête de peloton et Carapaz attaque à 5 km du sommet ! Ayuso comble le gap et avec Gaudu, le trio compte 20’’ sur le peloton, Pogacar semble manquer de main d’œuvre et les autres favoris laissent faire. Heureusement pour Poggi, Fisher-Black revient et se dépouille pour réduire le gap. Jefferson puis Kevin donnent le dernier coup de rein pour recoller en haut du petit ballon, où Bagioli est passé en tête avec encore 7’30 d’avance. Encore un col et il gagnera le maillot à pois aux dépends de Nixon.
Dans le col de Platzerwassel, Bagioli s’isole en tête de course. Cela temporise dans le groupe maillot jaune désormais réduit à 25 unités alors Ayuso en profite pour ressortir. Il est rappelé à l’ordre et cela temporise à nouveau, pas pour longtemps puisque les Ineos reprennent le manche. Kevin craque le premier à 1 km du sommet rapidement Ayuso qui à tout tenter pour aller chercher le maillot jaune mais s’y est brulé les ailes. A 500m, c’est au tour de Nixon de lâcher alors que Geoghegan Hart emmène toujours Carapaz.

C’est terrible car il reste encore 5 km de plat et Nixon se retrouve seul. Ayuso revient avec Kevin mais tout le monde est à bout et les secondes continuent de filer.
Devant Bagioli s’impose et gagne donc le maillot de grimpeur pour 1 seul point. Nixon abandonne finalement 45’’ sur les autres favoris et glisse à la 6e place du général. Il lui aura manqué 500m pour le podium du Tour. Plus anecdotique, Leknessund chasse Kevin du Top 10.
L’équipe rentre terriblement abattu à l’hôtel. « On a tout perdu » semble être le tube du moment. Je profite du diner pour tenter de leur rendre le sourire :
- « Les gars, c’est notre premier Tour de France et regarder ce que nous avons réussi en 20 jours de courses : nous avons remporté 2 étapes, porté le maillot jaune pendant près d’une semaine et nous devrions terminer 6e du général. J’insiste : 6e du classement général du Tour de France. Pour ceux qui étaient avec nous il y a 2 ans, qui aurait pu y croire ? Et même en début d’année, même en début de Tour, on nous aurait dit : Nixon va terminer 6e, y aurait-on vraiment cru ? J’ai eu la chance de participer à 9 Tours de France dans ma carrière et en terminer 3 dans le Top 10. Pourtant je n’ai jamais fait mieux que 8e en 89 et 90. Il ne faut pas galvauder un Top 10 sur la plus grande course du monde et dans le Top 10 chaque place est terriblement difficile à aller chercher. Ne soyez pas déçus car aujourd’hui vous avez tous donné le meilleur de vous-même. Si c’était à refaire, je ne changerai rien. On ne pouvait pas faire mieux. Regarder les noms du Top 5, ils sont simplement plus forts. On reviendra et on tentera de faire mieux. Mais pour cette fois, ne ruminez pas votre déception. Souriez, vous êtes filmés. Et vous faites une publicité incroyable à notre sponsor. Et profitez pleinement de la dernière étape de demain où nous n’avons plus rien à jouer, juste éviter les chutes. »
La dernière étape du Champs Elysée sera un grand moment pour tout le monde.
A 700m de la ligne, en profitant du tunnel et du parcours un peu sinueux, Jhonatan a pris plusieurs longueurs d’avance sur Milan et Jakobsen. Mais il craque et se fait avaler, nous aurons donc bien un sprint royal
Jakobsen devance Philipsen et Milan à qui il aura manqué 50m pour s’imposer.
Aucun changement au général.
Pogacar aura donc pris sa revanche sur Ayuso et remporte son 4e Tour de France. Jakobsen remporte le maillot vert pour quelques points et donc Bagioli nous prive des pois pour 1 petit point.
Pour autant avec 2 victoires d’étape, le port du maillot jaune et la 6e place de Nixon au général, notre premier Tour est une réussite. Evidemment on s’était pris à rêver de mieux, mais il faut savoir se contenter de ce que l’on a car beaucoup d’équipe avec des budgets plus gros que le nôtre aimeraient être à notre place.





PCM France






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