Beau top 10 final en prime
Modérateur: Animateurs récits
HPRMP a écrit:La gagne !![]()
Beau top 10 final en prime

Saratar.
Je n’ai pas beaucoup de souvenirs d’enfance avec Ellande. Nous n'avons qu'un an de différence, on a grandi dans le même village, foulé les mêmes chemins, respiré le même air de Xareta mais sans jamais vraiment se rencontrer. Pas d’amitié, pas d’animosité non plus. Juste deux gamins qui s’ignorent sans raison, comme si leurs trajectoires savaient déjà, quelque part, qu’elles se croiseraient plus tard.
Même à l’école, nous échangions à peine quelques mots. Pourtant, une fois, je me souviens : un copain commun l’avait amené avec nous sur le chemin de Larraldeko. Je ne sais pas ce qui m’a pris ce jour-là, j’avais attaqué la côte comme si quelqu’un me menaçait et dans mon dos, j’avais senti qu'il n'avait pas le souffle haché des autres enfants. Non, lui pouvait me suivre. Pas facilement, mais assez pour que je le remarque.
Ellande n’avait pas, dans son enfance, ce lien viscéral avec le vélo qui m’animait déjà. Jusqu’à ses quatorze ans, sa vie tournait autour d’un ballon de handball. Puis le Covid a balayé les sports collectifs, et comme beaucoup d’autres, il a cherché ailleurs un moyen d’exister, de s’épuiser, de ressentir quelque chose. C’est sur un VTT, dans les chemins de Xareta, qu’il a trouvé son refuge. Tous les jours, il roulait avec sa mère et sa sœur. Parfois, on se croisait, sans vraiment se voir.
Avec ce copain que nous avions en commun, il avait pris une licence au SPUC Kirolak en 2022. "Juste pour essayer", disaient-ils. Pendant ce temps, moi je troquais le vert du maillot pour le noir et bleu de celui de Bizikleta Taldea. Et si c’est mon grand-père qui m’avait poussé vers la route, chez lui c’était son père (qui avait aussi été mon entraîneur au SPUC Kirolak) qui l’avait encouragé à s’y mettre sérieusement. Deux façons semblables de recevoir une impulsion.
C’est à partir de 2023 que nos chemins ont commencé à se recroiser un peu sur les routes. Rarement, mais suffisamment pour comprendre qu’il se passait quelque chose. Rarement car il avait misé sur la piste plutôt que la route, et il y brillait. Sans perdre son aisance dans les côtes, il avait façonné dans les vélodromes les qualités de rouleur-sprinteur qui allaient faire sa force. Quand je le voyais sortir d’un virage, tête basse, jambes puissantes, je me disais qu’il était en train de devenir un autre cycliste que moi. Pas meilleur, pas moins bon. Un autre.
En 2024, il a rejoint Urt Vélo 64. Il y a eu l’Abitibi, le Canada, les étapes, le général. Une révélation. Je me souviens très exactement de ce que j’ai ressenti en apprenant sa sélection en équipe de France pour cette manche de Coupe des Nations : une pointe de jalousie, la première vraie. Parce que pour la première fois, son succès venait m’atteindre directement. Pour la première fois, il y avait un gagnant et un perdant, et j’étais le second.
Quand les grandes équipes de développement du peloton ont commencé à s’intéresser à nous, il a décidé, comme moi, de rester au Pays basque. Caja Rural-Alea pour lui, d’autres chemins basques pour moi. Les mots de Xabier, l’ancien, n’étaient jamais loin dans nos têtes, même s’il ne le savait pas. Nous traçions nos routes sans vraiment oser nous affronter. Deux trajectoires parallèles, qui savaient qu’elles finiraient par se heurter.
Nous avions le même objectif : rendre fier Sare, rendre fier l’Iparralde. Deux parcours différents mais étrangement symétriques et plus les mois passaient, plus je me demandais comment tout cela allait finir. Est-ce qu’on ferait la fierté du village ensemble ? Est-ce qu’on échouerait tous les deux ? Ou est-ce que l’un de nous prendrait la lumière, laissant l’autre dans l'ombre ?
À cette époque, je n’avais aucune réponse. Seulement cette certitude silencieuse : nos destins continuaient à avancer côte à côte, sans jamais vraiment se toucher. Pas encore.
La course d'AbiAprès ma première victoire en Isère, le staff a gardé confiance en moi pour mener l'équipe sur ce Baby Giro. Les bookmakers m'attendaient surtout pour les sprints mais j'espérais aussi pouvoir rester concerné par le général jusqu'au bout. Le contre-la-montre ne m'a pas mis dans les meilleurs dispositions en terminant à plus 1'30'' du suédois. J'ai réussi à être au niveau des autres lors du sprint en côte de l'étape 4 grâce à un bon travail de Samuel notamment qui a pu me protéger jusqu'à la flamme rouge. Je me suis ensuite impressionné dans la montée d'Oropa en faisant partie des 12 derniers coureurs à pouvoir suivre Jarno WIDAR (LOD) avant sa dernière attaque puis à avoir encore les jambes pour disputer le sprint pour les places d'honneur. Voyant que le belge n'avait aucune ambition pour la dernière étape, j'espérais vraiment pouvoir m'imposer au sprint mais c'était sans compter sur Pau MARTI (ICA) cette fois qui m'a remonté avec beaucoup trop de facilités dans les derniers mètres… Pour les sprints de plaine, j'ai du également me débrouiller seul mais j'ai su prendre les bonnes roues à deux reprises même s'il me manque encore cette puissance nécessaire dans les derniers mètres.
En revanche, avec toutes ses placettes sur les étapes, j'ai obtenu une belle récompense avec ce maillot de cyclamen et les secondes de bonification accumulées m'ont permis d'intégrer le Top 10 au général !
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HPRMP a écrit:Giro très solide ! Et la petite rivalité qui s'en vient
J'ai du revoir mes plans mais c'est pas plus mal ! 
Garaitza.
En 2023, j’avais couru seize jours. En 2024, j’en ai couru vingt-cinq. Toujours avec le même maillot bleu et noir de la Bizikleta Taldea. J’avais choisi la continuité, rassurante, presque nécessaire, mais cette deuxième saison U19 a très vite pris une autre dimension. Elle a été faite de premières fois : de nouvelles courses, de premiers face-à-face avec Ellande et surtout ... de ma première victoire !
Date Épreuve Vainqueur Abi 25/02 Mapei Classic Dario GIULIANO 25ᵉ/122 12/03 Marmande Val de Garonne Classic Mathéo BARUSSEAU 23ᵉ/101 26/03 Uzarraga Igoera Unax ERRASTI 13ᵉ/61 15-16/04 Penn Ar Bed - Pays d'Iroise Seth DUNWOODY 8ᵉ/111 07/05 Classique des Pyrénées-Atlantiques Mathis GUERINEL 5ᵉ/77 18/05 Grand Prix de l'Ascension-Prix Roger Soulat Thibaud DURET 45ᵉ/77 28/05 La Bizikleta Fabien GALLO 168ᵉ/334 03/06 Classique des Alpes Juniors Jarno WIDAR 96ᵉ/126 18/06 Championnat régional de Nouvelle-Aquitaine Mathéo BARUSSEAU 5ᵉ/47 23-26/06 Gipuzkoako Itzulia Junior Hector ALVAREZ 27ᵉ/70 13-16/07 Bizkaiko Itzulia Joan GAMUNDI 8ᵉ/96 22-25/07 Vuelta a Pamplona Aimar ALARCIA 22ᵉ/74 19-20/08 Tour Junior Causses-Aigoual-Cévennes Adam RAFFERTY 54ᵉ/90 10/09 Prueba Liernia RR Gari UGARTE 3ᵉ/73 10/09 Prueba Liernia ITT Gari UGARTE 33ᵉ/40
La continuité d’abord. La saison a démarré comme la précédente, avec la Mapei Classic et la Marmande Val de Garonne Classic. Les résultats ont été un peu en retrait, mais je savais pourquoi : l’hiver avait été compliqué. Une grosse grippe en janvier avait freiné ma préparation, ralenti mon corps quand mon esprit voulait déjà aller plus vite. Je suis resté patient.
En mai, je retrouvais la Classique des Pyrénées-Atlantiques. Une course que je commençais à connaître, presque à apprivoiser. Comme l’année précédente, j’y ai décroché un top 5. Un repère, une confirmation. Il y a eu aussi la deuxième édition de La Bizikleta, organisée cette fois fin mai. Sans ambition de classement, j’ai décidé de tenter quelque chose de différent : la Pimentée, le parcours de 170 kilomètres. J’étais le seul U19 à m’y aligner. Trop long, trop dur, trop tôt sans doute. Mon corps a souffert, mais ma tête a appris. Après le fiasco du championnat régional l’année précédente, je voulais absolument revenir. Me racheter. Cette fois, la chance ne m’a pas abandonné. J’ai terminé cinquième du championnat régional de Nouvelle-Aquitaine. Un résultat simple, mais essentiel. Une page tournée. Enfin, si en 2023 le Tour Junior Causses-Aigoual-Cévennes avait marqué la fin de ma saison, en 2024 il a encore été mon dernier rendez-vous en France. Mais pas la fin de mon année. Il me restait un jour au Pays basque. Un jour important.
Des horizons nouveaux ensuite. En Bretagne, d’abord, à la Penn Ar Bed – Pays d’Iroise. Je me suis glissé dans le top 10 au milieu des Britanniques et des Belges, et surtout, j’ai enfin réussi un bon contre-la-montre lors de la deuxième étape. Premier Français. Une petite victoire intérieure. J’ai ensuite découvert le Grand Prix de l’Ascension – Prix Roger Soulat. Une journée où rien n’allait. Parfois, le vélo vous rappelle simplement que tout ne vous est pas destiné. Et puis il y a eu la Classique des Alpes Juniors. Ma récidive place lors de la Classique des Pyrénées-Atlantiques avait attiré l’attention de la région Nouvelle-Aquitaine, qui m’a sélectionné comme équipier de Mattéo Barusseau. Le niveau était immense. Jarno Widar y a été impressionnant. Mattéo a terminé loin, 71e à près de vingt minutes. Moi, j’ai surtout appris à être un équipier présent même dans les moments difficiles.
Ma première victoire maintenant. Et c’est en Hegoalde que mon année a pris une autre saveur. Je suis retourné à l’Uzarraga Igoera, libéré du poids de la première fois. Cette fois, j’ai réalisé une performance correcte, solide. Puis, entre juin et juillet, j’ai enchaîné trois courses par étapes. La Gipuzkoako Itzulia Junior d’abord, où j’ai terminé dans le même temps qu’Hector Alvarez lors de la dernière étape. La Bizkaiko Itzulia ensuite, où j’ai frôlé la victoire dès la première étape, dans le même temps que Markel Beloki. Et enfin, la Vuelta a Pamplona, où tout a basculé.
Lors de la première étape, je termine dans la roue de Gari Ugarte. Le lendemain, dans les rues d’Ororbia, je prends ma revanche. Je bats Gari au sprint. Je bats aussi Hector Alvarez et Ibai Irisarri. Je gagne. Ma première victoire. En Hegoalde. Comme un symbole. Dans le final, en montant l’Alto de Goñi puis Ulzurrun, j’ai senti quelque chose de nouveau. Une certitude. Une évidence. Après tant de courses à tourner autour, c’était enfin mon heure. Lever les bras a été une délivrance. Pour moi. Pour mon grand-père. Et sans que je le sache encore, un signal fort pour les équipes qui me suivaient déjà.
Ma saison s’est achevée à la Prueba Liernia. Gari Ugarte y a tout gagné. Sans surprise, j’ai encore souffert sur le contre-la-montre. Mais j’ai fait podium sur la course en ligne. Comme Maxime Diribarne en 2021, avant de signer chez Laboral Kutxa. Une autre promesse pour Iparralde restée en suspens.
Mes premiers face-à-face avec Ellande enfin. Cette année-là, il est apparu sur ma route, six fois. Il m’a battu trois fois. Je l’ai battu trois fois. Match nul. Uzarraga Igoera, Grand Prix de l’Ascension, Prueba Liernia ITT pour lui. Classique des Pyrénées-Atlantiques, championnat régional, Prueba Liernia RR pour moi. À chaque fois que je me retrouvais à ses côtés, j’avais une sensation étrange. Ni rivalité franche, ni camaraderie. Juste la conscience aiguë que nous avancions au même rythme, sur des trajectoires parallèles, sans pouvoir nous ignorer.
Ma première victoire, mes résultats, surtout en Hegoalde, ont attiré l’attention. Après mon podium à la Prueba Liernia, plusieurs membres d’ équipes sont venues vers moi. Je n’étais plus seulement un jeune qui progresse. J’étais un coureur à recruter avant qu’une autre équipe ne le fasse. Une équipe m’attirait plus que les autres. Mais avant toute chose, je devais en parler à ma famille. Nous devions décider ensemble. Et je savais déjà que ce choix-là ne serait pas anodin.
La course d'AbiComme tout le monde lors des deux premières étapes, je suis resté passif, en attente d'une réaction de Jarno WIDAR (LOD) qui n'est jamais venu alors que je suis certain que j'avais mes chances en cas de sprint. Bien sûr, j'y ai cru lors de l'étape 3, l'équipe avait tout bien fait mais j'ai fait l’erreur dans le final de miser sur mon train plutôt que de prendre la roue des belges. Grosse déception.. Vu que j'étais le leader du général, l'équipe a du assumer en tête du peloton lors de l'étape 4 et j'étais trop vite esseulé dans le final. Même si, avec un ou deux coéquipiers et des bonnes jambes, il était très peu probable quand même que je puisse suivre le rythme du belge. Le lendemain, j'ai complètement explosé, panne sèche.
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HPRMP a écrit:Faut bien des occasions d'apprendre

Odonata a écrit:HPRMP a écrit:Faut bien des occasions d'apprendre
là c'est un peu apprendre à ne pas faire confiance en ses coéquipiers

Et puis j'aime bien ce profil de puncheur/sprinteur/bon grimpeur atypique. 
Orodreth a écrit:Très bon récit ! Je viens rarement ici mais vu le coureur et l'équipe je ne pouvais pas passer à côté.Et puis j'aime bien ce profil de puncheur/sprinteur/bon grimpeur atypique.
Le tableau des championnats nationaux est l'occasion de connaitre le nom des pays en basque. Je n'avais jamais fait attention auparavant mais franche déconnade entre Ameriketako Estatu Batuak, Erresuma Batua et Herbehereak.
Aukeratu.
Septembre 2023.
Je suis rentre à Sare le soir même de ma troisième place à la Prueba Liernia. Les jambes lourdes, la tête encore plus. Sur le papier, c’était un bon résultat, un de ceux qui confirment. Mais ce soir-là, je ne pensais pas au podium. Je pensais aux paroles d’un homme venu me voir après la cérémonie protocolaire. Des phrases simples, dites sans détour, mais qui ont fait leur chemin en moi. Il m’a parlé de 2024, d’un projet, d’une possibilité.
Je n’en ai parlé à personne. Pas encore. Parce que ces mots-là engageaient trop de choses. Ils n’étaient pas seulement une proposition sportive. Ils touchaient à ce que j’étais, à ce que je refusais parfois d’admettre : que le vélo m’emmènerait peut-être plus loin que Xareta.
Les jours ont passé. Puis les semaines. J’ai roulé. Beaucoup. Sur la route, sur le VTT. J’ai essayé de fatiguer mon corps pour apaiser ma tête, pour oublier ou du moins retarder. Mais Novembre approchait, et avec lui les relances, de plus en plus insistantes. Il fallait répondre. Je ne pouvais plus faire semblant. Naturellement, j’en ai parlé d’abord à mon grand-père. Je n’ai pas dit le nom de l’équipe. Je n’ai pas dit l’endroit non plus. J’ai préféré poser les choses autrement. Comme une équation.
Il y avait ce que je pouvais perdre. Traverser la frontière. Même si elle n’est qu’une ligne sur une carte, je savais ce qu’elle représentait. M’éloigner des miens. Quitter la maison, vivre seul dans un appartement, changer de rythme, d’habitudes. Être loin de Sare, loin de Xareta. Et ça, pour moi, ce n’était pas rien.
Et puis il y avait ce que je pouvais gagner. Rester au Pays basque, malgré tout. Intégrer une structure plus reconnue, plus armée pour me faire progresser. Accéder à un calendrier plus relevé. Me faire connaître des grandes équipes basques, celles que je regardais de loin sans trop oser y croire. Ce n’était pas une fuite. C’était un pas de côté, peut-être un pas en avant.
Mon grand-père m’a écouté sans m’interrompre. Il n’a pas cherché à décider à ma place. Il a simplement posé une question, à la fin : "Je peux te dire ce que tu dois faire, mais qui mieux que toi peut décider de ce que tu veux faire ?"
Quelques jours plus tard, j’en ai parlé à ma famille. Mon frère a été le plus direct. Il m’a dit de partir. De sortir de "ce trou perdu qu’est Xareta". Pour lui, rester, c’était reculer. Mon père a encaissé la nouvelle en silence. Dépité, sans doute, à l’idée que ses deux fils quittent la maison. Mais il a compris. Ma mère, elle, n’a pas vraiment compris. Pas le besoin, pas l’urgence. Mais elle a tout de même accepté, résignée. Parce qu’elle savait que s’opposer à ça, ce serait s’opposer à mon bonheur et elle ne l’aurait jamais fait. Ils m’ont laissé faire et m’ont dit qu’ils respecteraient mon choix, quel qu’il soit.
Alors, j’ai pris encore quelques jours et ma première décision a été de rester. Rester à la Bizikleta Taldea, rester à Sare, rester à Xareta, un an de plus au moins. Parce que partir me paraissait impensable. Parce que je croyais encore que mon avenir ne pouvait pas s’écrire ailleurs que là où j’étais né. Mon frère l’a senti, il a compris que je m’apprêtais à choisir la continuité. Et alors, il m’a dit quelque chose, presque comme une dernière carte. Il m’a appris qu’Ellande resterait en Ipparalde, lui aussi. Qu’il avait signé à Urt Vélo 64.
Instantanément, cette information a tout changé dans mon esprit. Il venait de mettre des mots sur quelque chose que je refusais de regarder en face. Ce duel qu’on m’avait imposé, que je m’étais imposé moi-même. Cette comparaison permanente. Si je restais, nous resterions tous les deux. Deux gamins de Sare, à se regarder avancer à la même vitesse. Ce jour-là, j’ai su que je serais le premier à partir. Le premier à quitter Sare. Le premier à traverser cette frontière invisible entre Ipparalde e Hegoalde. Pas par fierté, ni par provocation, je ne crois pas. Mais parce que mon chemin devait se distinguer du sien.
Je sentais que je n’avais pas seulement choisi une équipe. J’avais décidé de m’éloigner des miens. En 2024, je roulerais avec le maillot de Grupo Eulen-NUUK.
Le bilan d'AbiAu moment de prendre le départ de cet Kreiz Breizh Elites, je comptais déjà 42 jours de course et je commençais à avoir besoin de souffler. Lors du prologue, je me suis lancé de la rampe avec déjà la sensation d'avoir les jambes lourdes. Cette baisse de forme m'a sanctionné dans cet exercice solitaire qui m'est toujours délicat. J'ai termine 60ème à plus de 1'45'' du vainqueur norvégien et c'est Aitor qui a fait le "meilleur" résultat de l'équipe, 35ème, un peu sous la minute. On n'avait donc plus rien à jouer pour le général. Lors des deux étapes suivantes, Asier et Ruben se sont glissés dans les échappées du jour, je suis resté avec Jorge pour le lancer dans les sprints, avec un beau résultat sur le deuxième.
Avec Aitor, nous sommes restés en Bretagne tout le mois d'Aout. Un véritable plaisir pour nous deux de rouler dans ces paysages, parfait pour reprendre du rythme et se ressourcer dans la tête. Samuel, Aimar, Gari et Luis nous ont rejoint pour le Grand Prix de Plouay et ils ont de suite compris que j'avais beaucoup d'ambitions avant de rentrer au Pays-Basque. Quand je suis bien physiquement et mentalement, je commence à devenir assez sûr de ma force et régulier ! J'étais très serein dans le final, j'ai pris la tête du groupe avant le dernier virage et personne n'a pu me remonter !
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Odonata a écrit:Orodreth a écrit:En tout cas, tout El Pistolero, comme n’hésite pas à me faire tes retours ici et en MP concernant l'ambiance basque que j'essaye de mettre ! J'y ai mis les pieds qu'une fois dans ma vie malheureusement (et récemment d'où cette idée de récit) donc potentiellement je vais trop aller dans la caricature![]()

HPRMP a écrit:Fallait le temps de remettre en route en Bretagne...
Mais un Basque qui y gagne, c'est un peu un cousin
Joli résultat au Danemark
Orodreth a écrit:Odonata a écrit:Orodreth a écrit:En tout cas, tout El Pistolero, comme n’hésite pas à me faire tes retours ici et en MP concernant l'ambiance basque que j'essaye de mettre ! J'y ai mis les pieds qu'une fois dans ma vie malheureusement (et récemment d'où cette idée de récit) donc potentiellement je vais trop aller dans la caricature![]()
Même si j'y suis allé régulièrement, je ne suis pas Basque donc je ne sais pas si je peux être d'une grande aide.

Bakartasun.
Quand j’ai signé chez Grupo Eulen-NUUK, j’ai voulu bien faire. J’ai pensé être malin en décidant de me rapprocher du siège de l’équipe, à Zarautz, plutôt que de rester à Sare. Sur le papier, c’était logique : profiter pleinement de la structure, des entraînements collectifs, du staff, de tout ce qu’une équipe comme Eulen pouvait m’apporter. Sauf que cette décision impliquait bien plus que du vélo : un appartement, un travail à côté, la solitude , l’éloignement. Loin des miens, loin de Xareta. Très vite, j’ai compris que je m’étais trompé. Pas sportivement, mais humainement. Moralement, c’était beaucoup trop dur à vivre.
Date Épreuve Vainqueur Abi Ellande 03/02 Boucles de l'Essor Ilan LARMET 130ᵉ/141 121ᵉ 04/02 Circuit de l'Essor Gari LAGNET 125ᵉ/135 123ᵉ 09/02 Tour de Basse-Navarre Jonas GEENS 68ᵉ/92 79ᵉ 10/02 Ronde du Pays-Basque Jack BROUGH 43ᵉ/54 - 11/02 Trophée de l'Essor Théo LEVEQUE 57ᵉ/105 71ᵉ 24/02 Zumaiako Saria Sergio ROMEO 18ᵉ/31 - 02/03 Etoile de Tressignaux Damien RIDEL 13ᵉ/111 - 10/03 Marmande Val de Garonne Classic Erwan LECLABART 49ᵉ/80 5ᵉ 16/03 San Gregoria Saria Haimar ETXEBERRIA Abandon - 21/04 Primevère Montoise Ellande LARRONDE 9ᵉ/48 1ᵉ 26-28/04 Bidasoa Itzulia Louis SUTTON 31ᵉ/72 - 01/05 Championnat de Nouvelle-Aquitaine Ellande LARRONDE 30ᵉ/41 1ᵉ 04/05 Memorial Valenciaga Lucas TOWERS 35ᵉ/119 - 17-20/05 Essor breton Jonas GEENS 8ᵉ/65 - 02/06 Premio San Pedro Ander GANZABAL 4ᵉ/81 - 08/06 Gedimat Junior Ellande LARRONDE Abandon 1ᵉ
Le cauchemar démarre avec l’Essor Basque. Cinq épreuves. Moi, le gamin de Sare, qui revient courir en Ipparalde, avec un nouveau maillot et ce sentiment étrange de devoir déjà prouver quelque chose. Prouver que je mérite ma place, que je n’ai pas fait tout ça pour rien. Mais ça tourne au cauchemar. Je suis envahi par le stress, paralysé, incapable de courir comme je sais le faire. Catastrophique. Le seul petit soulagement, presque honteux, c’est de voir qu’Ellande souffre lui aussi, malgré le fait qu’il soit resté à Sare. Comme si, chacun à notre manière, on portait le même poids.
Après l’Essor Basque, je rentre à mon appartement. Le moral est déjà bas. Je traverse la Zumaiako Saria comme une ombre, présent physiquement mais absent partout ailleurs. Je crois entrevoir un léger mieux à l’Étoile de Tressignaux. Une petite lumière au bout du tunnel. Mais elle s’éteint vite quand je vois Ellande performer près de chez nous, à la Marmande Val de Garonne, pendant que moi je passe encore à côté. Et là, le tunnel se referme complètement : San Gregoria Saria est le point de rupture. En larmes sur le vélo, je pose pied à terre. Plus de jus. Plus l’envie. Pour la première fois, je me demande sérieusement ce que je fais là.
L’équipe décide de me mettre au repos pendant un mois. Officiellement pour récupérer, officieusement pour me protéger. Je me renferme dans mon appartement. Je n’en parle à personne. Ni à ma famille, surtout pas à mon grand-père. Je trouve des excuses pour expliquer mes absences sur les courses prévues. La honte me ronge. La peur de décevoir aussi, surtout lui.
Le 21 avril, je n’ai plus le choix. Je dois me présenter à la Primevère Montoise. Ma famille a prévu d’y être, impossible de me défiler. Je fais croire à mes entraîneurs que ça va mieux. Mon résultat leur confirme ce mensonge : neuvième. Mais c’est trompeur, le niveau est faible, la malchance de mes adversaires m’aide. Je fais de la figuration, je ne suis pas vraiment là. À tel point que la victoire d’Ellande ne me fait même plus réagir.
Pour ne pas perdre la confiance du staff, je me force à replonger dans la compétition. Mais je manque cruellement de régularité. Aux trois jours de la Bidasoa Itzulia, je me surprends moi-même en retrouvant des sensations dans les échappées. Puis je replonge aussitôt en France, au championnat de Nouvelle-Aquitaine. Et là, la victoire d’Ellande me frappe de plein fouet. Cette fois, ça fait mal, très mal. Je doute vraiment. Pendant que lui réussit sa saison en restant à Sare, ai-je fait le bon choix en partant ?
Trois jours plus tard, loin de lui, au Mémorial Valenciaga, je retrouve à nouveau le plaisir de pédaler. Pas de résultat, mais du plaisir et c’est déjà énorme. En Bretagne, à la mi-mai, loin de tout le monde, je recommence à respirer. Je me rapproche même de la victoire sur l’étape 3. Je sens que quelque chose revient. Début juin, au Premio San Pedro, nouvelle manche du Torneo Euskaldun, je frôle le podium. J’y crois à nouveau, de plus en plus.
Mais comme rien ne se passe jamais comme prévu durant cette saison, tout s’écroule encore à la Gedimat Junior. La victoire d’Ellande, ma chute et mon abandon. Puis cette nouvelle qui me transperce : grâce à cette victoire, Ellande est sélectionné pour représenter la France au Tour de l’Abitibi. Leader en plus. Ma chute me laisse quelques contusions, mais ce n’est rien comparé au choc mental. Cette fois, c’en est trop. Je suis au bord du gouffre. Seul, dans mon appartement. Mes entraîneurs, mes équipiers me disent tous la même chose : "rentre chez toi".
La décision est terrible. Honteuse mais nécessaire. Si je reste, je sombre. Je rentre à Sare pour presque un mois, mettant le vélo de côté. Encore aujourd’hui, je me souviens de l’état de ma mère quand elle a retrouvé son fils aussi abîmé. Mais, plutôt que de proposer de tout arrêter, elle m’aide à me relever. Une idée lumineuse après coup, pourtant terrifiante sur le moment. Elle organise une rencontre avec quelqu’un qui peut me comprendre.
Le bilan d'AbiAprès ma victoire en Bretagne, l'équipe m'a fait confiance. Malgré la présence d'Alain, j'ai été désigné sprinteur de l'équipe. Le premier jour, j'ai accroché un beau Top 5 sous la pluie, avec l'aide et la protection d'Alain. Le deuxième jour, j'ai pu faire encore mieux, toujours avec l'aide d'Alain, en terminant sur le podium ! Avec ces deux bons sprints, je me suis retrouvé par le plus grand des hasards leader du général au soir de la deuxième étape mais, ayant toujours autant de mal en contre-la-montre, je savais qu'il m'allait être très difficile de rester en tête. Aucun regret !
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HPRMP a écrit:Au moins le présent se passe mieux

Lehengusu.
Juin 2024, mon équipe m'a mis au repos forcé. Mon quotidien à Sare, à ce moment-là, est simple, presque trop banal. Je me lève sans objectif précis. Je cours parfois, sans envie, juste pour dire que je m'entretiens encore. Je traîne au village, je regarde Larrun depuis les fenêtres, celle de ma chambre ou celle du bar du village. Je retrouve les miens, mais même là, je ne suis jamais complètement présent. Mon corps est rentré à la maison, mais ma tête est restée coincée sur mon vélo, sur toutes ces courses ratées, sur toutes ces occasions manquées, sur Ellande aussi.
Je fais semblant d’aller mieux, comme toujours. Pour rassurer, pour ne pas inquiéter. Mais à l’intérieur, ça bouillonne. Un soir, ma mère me parle. Calmement, comme elle sait le faire. Elle me dit qu’elle a peut-être une idée. Quelqu’un avec qui je pourrais discuter. Quelqu’un qui pourrait m’aider à voir plus clair. Je me braque tout de suite. Dans ma tête, c’est évident : Ellande.
Je sens mon cœur s’accélérer. Je coupe presque la conversation. Je lui dis non. Un non sec, définitif. Je ne suis pas prêt. Pas du tout. Je ne veux pas le voir en face. Pas maintenant. Pas comme ça. Je n’ai pas envie de me comparer, pas envie d’entendre ses réussites, pas envie de voir dans ses yeux qu’il réussit à devenir ce que je devais devenir. Ma mère me regarde, un peu surprise. Et là, elle me dit : "Ce n’est pas Ellande". Je reste silencieux. Elle ajoute : "C’est Oier Lazkano".
Je ne comprends pas. Oier Lazkano. Le coureur pro, portant le maillot de la Movistar. Le mec que je vois à la télé, sur les classiques, en train de réaliser une grande saison : vainqueur de la Clásica Jaén, troisième de Kuurne-Brussel-Kuurne, neuvième du Critérium du Dauphiné, vice-champion d’Espagne. Je ne comprends pas, elle m’explique que nous avons un lien de famille très éloigné, perdu quelque part dans son arbre généalogique. Une branche qui m'est inconnue mais sur laquelle elle espère que je puisse me raccrocher. Dans son besoin viscéral de me venir en aide, elle ose le contacter. Et lui, sans hésiter, a accepté de me rencontrer. Je suis partagé, gêné aussi, impressionné et surtout très intimidé.
Quelques jours plus tard, on se retrouve à Hendaye. Juste avant qu’il s’envole pour Florence avec toute son équipe, pour le grand départ du Tour de France. Le timing est fou. Lui est proche au sommet. Moi au bord du gouffre. Impossible pour moi de retranscrire ici l’ensemble de notre discussion, de ses paroles mais je peux dire une chose : il a trouvé les mots. Pas des phrases toutes faites, pas des discours de champion : des mots simples, vrais. Sur les doutes, les galères, les périodes noires, les choix qu’on regrette parfois mais qui construisent quand même.
Il ne m’a pas promis la lune. Il ne m’a pas dit que tout allait s’arranger. Il m’a juste rappelé pourquoi je fais du vélo. Pourquoi je suis monté sur un vélo la première fois, pour le plaisir, pour la liberté. Il m’a parlé de son parcours, des moments où lui aussi a douté, où il a cru que ça n’irait jamais plus loin. Et puis il m’a dit quelque chose qui m’a marqué : "Si tu veux un jour rouler avec moi, ce serait un honneur. Mais avant ça, tu dois te relever tout seul". Rouler un jour avec Oier Lazkano, rien que l’idée me paraissait irréelle. Mais ça me donnait un objectif, un vrai. Pas un rêve flou, un cap.
Je n'étais pas guéri. Je n'étais pas devenu un autre. Mais je savais une chose : je devais trouver commentn redresser la barre sur cette fin de saison 2024. Pour moi, pour ma mère, pour Oier. Je devais finir la saison en beauté et prouver au village qu’il pouvait aussi bien compter sur Ellande que sur moi.
Le bilan d'AbiJe ne vais même pas revenir sur la Ruota d'Oro, il y a trop à dire du Lombardia U23 ! Quelle joie immense !! J'ai bien senti que le belge n'avait pas les mêmes jambes que d'habitude dans la dernière côte. Et je crois que tous mes adversaires étaient dans le même cas. Inutile de se cacher, j'étais un cran en dessous des tout meilleurs durant toute l'année donc ici j'ai profité de leur baisse de forme et moi d'un regain depuis la Bretagne, c'est certain. Mais quand même, je suis fier d'avoir su bien lire la course : attaquer au bon moment, insister dans la descente, ne pas les attendre, ne pas se relâcher à l'approche du sprint, ne jamais se retourner, lancer de loin, y croire jusqu'au bout, se faire mal et finalement battre Jarno WIDAR (LOD). La plus belle victoire de ma saison, inoubliable. Je n'aspire qu'à une chose maintenant, remporter Il Lombardia, le Monument. Je prends rendez-vous.
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