haroldillon a écrit:Effectivement, avec les UAE, on est entré dans un très vilain truc qui ressemble à la concrétisation cycliste d'un fantasme de la Droite NRX (les technobros). On a des mercenaires au service d'une puissance étatique, technophiles à l'excès (les mecs se définissent comme prométhéens), indifférente à l'Histoire, aux traditions et à la culture (ici du sport cycliste), qui broie tout sur son passage, manquerait plus que le dopage comporte un aspect génétique pour que la comparaison gagne en précision (la droite dont je parle de manière spécifique est ouvertement eugéniste).
Tiens d'ailleurs, j'ai découvert Pierre Carrey l'an dernier, mais je ne le connais pas très bien et je me demande comment il concilie son amour du cyclisme d'antan et ses préférences morales et même politiques. En effet, une des composantes du cyclisme dit "romantique" repose sur les identités fortes d'équipes associées à un ancrage territorial. Autrefois, on avait des luttes épiques entre nations, notamment sur le Giro face aux italiens plutôt casaniers (sponsors locaux peu intéressés par le Tour de France), et parfois sur les classiques mais surtout les championnats du Monde (une des rares courses où tout le plateau était réuni). Ou encore les légendes sur les grimpeurs espagnols, la Kas ou plus près de nous Euskaltel. A titre personnel, j'aimais bien le côté nordiste de la Cofidis (des franco-belges) qui me rappelait l'équipe la Redoute d'antan (mon beau-frère franco-belge faisait une fixette sur elle). Et bien entendu l'irruption des colombiens au milieu des années 80, ou encore la Ti-Raleigh à dominante batave et qui concentrait pas mal de stéréotypes sur les néerlandais. Bref, ces identités marquées généraient un folklore comparable, toutes proportions gardées, à la Coupe du Monde de foot qui passionne tout le monde, tandis que le vélo contemporain avec ses équipes de mercenaires et de nomades tend à ressembler davantage au foot d'équipes de clubs post-arrêt Bosman (occasionnant à mon sens un net déclin dramaturgique).
UAE ne broie pas du tout la "culture" cycliste, elle se situe dans la tradition du milieu avec d'autres moyens certes. Gianetti est un personnage parfaitement intégré dans le système. Le dopage fait partie intégrante de cette culture, depuis longtemps. Suffit de voir le regard bienveillant des anciens sur Pogacar, il leur rappelle leur propre époque avec ses exploits épiques. Donc déjà le récit d'une rupture avec l'histoire et les traditions du cyclisme ne tient pas la route.
Ensuite tu expliques que la dramaturgie a diminué depuis que les équipes sont moins marquées par l'identité du pays qui accueille leur siège. Encore faut-il pouvoir apprécier tout le côté folklorique qui va avec des équipes qui ont une identité culturelle forte. Les Italiens sont ceci, les Espagnols sont cela, les Belges sont ceci etc. C'est juste de l'exotisme et réduire les équipes à des identités figées déterminées par des préjugés qu'on a sur leur culture nationale (on retrouve les mêmes clichés sur les mêmes équipes dans différents sports). Ça n'a aucun sens