CR du Grand Trail des Chamois
67 km - 3500 m D+
https://www.strava.com/activities/17730703948
Contexte :Après avoir repris la course à pied et plus spécifiquement le trail l'an dernier et participé à quelques épreuves locales, je décide de m'investir réellement pour 2026, notamment dans l'objectif de réaliser un premier 100 km dans l'année. Pour bien faire, j'essaye de planifier intelligemment ma montée en puissance en programmant le Grand Trail des Chamois (67 km - 3500 m D+) dans mon calendrier. C'est une belle course régionale et qui est tracée sur les sentiers que j'arpente régulièrement à l'entraînement.
Ainsi, depuis la mi-décembre, tous mes entraînements sont centrés autour de cet objectif uniquement.
La prépa se passe plutôt bien même si une douleur récurrente à l'ischio gauche m'handicape quelques fois. Celle-ci s'estompe début février où je me vois passer un cap et enchaîner des entraînements exigeants sans douleurs ou fatigue particulières. Je finis cette prépa par la participation au semi-marathon de ma ville à 2 semaines de la course et que je réussis plutôt bien, me donnant encore plus de confiance pour le jour-J. Néanmoins, j'ai de nouveau une douleur musculaire assez gênante (au quadri droit cette fois-ci) qui se réveille dès le début de mes quelques sorties que j'effectue la semaine suivante. Pour prévenir toute surcharge, j'allège fortement la dernière semaine avec un seul entraînement d'1h à J-3 où la douleur reste présente mais tout de même diminuée.
Quelques doutes donc avant de prendre le départ surtout que celui-ci intervient un dimanche à 5h du mat' après avoir enchaîné 2 journées intenses au boulot. Je finis ma "journée" du samedi à 23h45, mange en rentrant et me couche à 00h30 pour une nuit programmée de 3h (je m'étais déjà mis en situation avec un lever très matinal lors d'une sortie de 50 bornes sans que ça crée de difficulté particulière). Mais là, problème, impossible de m'endormir alors que je suis explosé, le petit vélo s'installe dans ma tête et je pense m'endormir vers 2h30. Une petite heure plus tard, le réveil sonne et il faut y aller ! Petit dèj' très frugal, 25 minutes de route où j'arrive à rester éveillé et j'arrive à Coligny. Là, la fatigue part, l'excitation monte, tous les doutes s'estompent, on va faire la course !
La course : La course proprement dite. 67 km annoncés pour 3300 m de D+. Connaissant le parcours, je sais que ça sera un peu plus (tous les coureurs auront plutôt autour de 3600

). Le terrain est annoncé boueux avec la météo exécrable de la veille, avec même un peu de neige sur les sommets mais ça sera finalement très correct, excepté dans 1 ou 2 raidards particulièrement glissants.
Côté liste de départ, la course gagne en notoriété d'année en année et on a un joli plateau avec une dizaine de coureurs avec un index UTMB à plus de 700. Là, où mon temps visé m'aurait assuré un top 5 les autres années, intégrer le top 10 serait déjà une belle performance en 2026.
Mon plan de course initial était de boucler la course en 7h15. Après mon semi réussi, je décide d'abaisser mon temps sur certaines sections pour envisager les 7h. L'objectif est d'arriver vidé et de ne pas avoir de regrets tout en gérant la première partie où on peut vite s'enflammer. La nutrition est aussi calée (je pars sur environ 60-70 g de glucides par heure) avec ma sœur et mon beau-frère qui me feront l'assistance au km 29 et 46, royal, comme un pro.
Le départ :Départ donné et je m'applique à prendre mon rythme sans être influencé par celui des autres mais invariablement, je vais un poil trop vite dans les premiers faux-plats. Je sens une légère gêne dans le quadri droit mais rien d'inquiétant. Ça part vite devant, mon beauf (présent sur toute la course dès 5h du mat'

) m'indique que je suis 12e quand je le croise au km 3. Après une première petite bosse, un petit groupe se forme autour de la 8-9e place mais ça relance fort sur un chemin large et très roulant, je laisse un peu filer pour recoller facilement dans les descentes où je me sens très à l'aise dans la nuit. On attaque alors la 1e vraie bosse du parcours jusqu'au 1er ravito (km 10). Je sors les bâtons et je me retrouve en compagnie de Noah Huard, solide coureur vosgien, avec qui je monte bien mais sans excès. Je pointe 7e en 52' au lieu des 54' prévues, trop rapide même en faisant gaffe. Je me sens très bien mais la course est encore longue.
Au ravito, je prends soin de manger, de boire un peu d'eau, de m'arrêter pisser pendant que le petit groupe avec lequel j'étais file dans la descente. Je reviens sur 2 d'entre eux au pied du plus gros morceau du parcours avec la montée du Mont Myon, droit dans le pentu (330 m D+ en 1 km). Premier endroit clé où une montée trop rapide peut me flinguer ma fin de course. Je lâche tout de même les 2 coureurs avec qui j'étais eu pied (l'un avait déjà des crampes

) mais je pense bien gérer dans le chrono que je m'étais fixé. Je pointe 7e au sommet (km 15) en 1h29' (estimation initiale en 1h32') avec 2 coureurs en vue juste devant moi. Je remplis une flasque au sommet et bascule dans une descente très roulante où tout va toujours très bien pour moi.
La montée suivante se trottine bien avant de finir par le raidard immonde de la Grotte à l'Ours dans la boue, je m'aide de la corde mise à disposition et des bâtons en même temps pour pointer en haut (km 20) toujours 7e en 2h pile (2h03 prévues à la base). Ça commence légèrement à tirer dans les jambes tout de même. Les 5e et 6e passent 20" juste avant moi et je n'ai personne derrière moi à proximité. C'est déjà bien décanté.
L'enflammade :Je connais par cœur la descente suivante, pas trop technique mais dans la neige au début, et allonge la foulée pour revenir rapidement sur le 6e que je dépasse à toute allure. Je me sens en confiance et j'avais prévu de ne pas calculer dans les descentes, sur de ma force et du fait que je n'ai jamais eu de problèmes liés à ça dans ma prépa même après une grosse séance spécifique. Je lap un km en 3'35" puis le suivant en 3'45", c'est quand même un peu vite

. J'attaque donc la suite dans les pas du 5e, le fameux Noah Huard qui a l'air de gérer parfaitement sa course. Le coureur doublé dans la descente n'est plus derrière nous et je me dis que le top 5 est jouable dans une grande journée, ça sera une très grosse erreur de jugement

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Je reste derrière Noah dans la montée suivante où je sens qu'il progresse un poil trop vite pour moi. C'est vraiment là que je me trompe puisque j'oublie mon pacing prévu pour me retrouver à "faire la course" avec des mecs beaucoup plus forts que moi. Néanmoins, je ne suis pas dans le rouge, musculairement, je n'ai pas l'impression de forcer mais je ne suis pas en gestion totale. On arrive en haut, puis descente sur la magnifique crête de la Cabatane où on kiffe le lever de soleil. Dans ces moments-là, on ne sent plus ses jambes et tout parait facile.
La réalité :On arrive ensemble 5e et 6e au ravito (km 29) en 2h50' (estimation haute de mes temps de passage en 2h53'). Je retrouve ici une bonne partie de ma famille venue m'encourager, c'est très appréciable surtout qu'ils me voient passer dans les premiers. Je me décharge de la frontale, change mes deux flasques et ma bouffe, tout en indiquant que je vais laisser filer le 5e qui repart très vite après un ravitaillement express. Retour à la réalité, il faut que je prenne ma gestion de course à moi, peu importe le classement final si je veux réaliser mon objectif.
La portion suivante d'une dizaine de kilomètres est assez facile sans grosse montée et majoritairement descendante. C'est là où le premier problème arrive avec de grosses tensions qui se réveillent dans les deux quadris quand je descends, on est même pas à mi-course et je ne pensais pas avoir ce genre de douleur aussi tôt, ça met un petit coup au moral. Surtout qu'un troupeau débaroule derrière moi, je suis surpris de voir autant de coureurs me doubler mais rien de grave, c'est simplement la tête de course du 42 km qui vient de débuter. Néanmoins, le coureur que j'avais doubler comme un avion 15 km avant dans la grosse descente du parcours, me repasse devant vers le km 37, signe que mon allure se dégrade gentiment.
Je pointe donc de nouveau 7e à Treffort (km 39) en 3h43' (3h46' pour mon estimation). Je suis toujours largement dans les temps mais je sais que la suite s'annonce compliquée car le tracé va devenir extrêmement vicieux avec une succession de montées / descentes raides et techniques. L'objectif initial était d'arriver le plus frais possible ici pour pouvoir rester efficace mais ça ne sera pas le cas. Je sais que je vais subir et que la perte de temps sera rédhibitoire pour le moins de 7h.
L'illusion : La suite est simple, je réalise de belles montées où la douleur des cuisses ne m'handicape pas tant que ça puisque je sollicite les mollets et m'aide des bâtons. Par contre, les descentes sont très difficiles surtout quand c'est très raide. Lorsque je peux dérouler un peu la foulée, ça reste convenable mais c'est très douloureux quand je dois "maîtriser" mes pas dans le technique. Il reste 25 bornes dont pas mal de portions scabreuses notamment dans la boue, j'y vois mauvais comme on dit ici

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Néanmoins, je passe au ravito de Cuisiat (km 46) en 4h38' au lieu des 4h40' prévues, je n'ai perdu qu'une minute sur mon allure ciblée sur la portion. Je change pour la seconde et dernière fois mon ravitaillement et repart sans trop tarder pour m'éviter de trop douter.
La portion qui suit est surement la plus difficile puisqu'on a 7 km pour 700 m D+ en 3 montées et 2 descentes. La 2e montée, vers le Mont Châtel, est un vrai mur (200 m de D+ en 600 m de distance

). J'avance quand même convenablement quand ça grimpe et me surprend à pouvoir "en mettre" autant après 5h de course. Par contre, les descentes tournent au supplice dans le raide et la boue. Je lance des grands cris de douleur dans la forêt mais ça ne m'apaise pas tant que ça

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Le parcours repasse au Mont Myon qu'on atteint par l'autre versant et j’aperçois un coureur avec un dossard noir (donc du 65 km) un peu devant moi (beaucoup de coureurs sont désormais sur le parcours depuis une vingtaine de kilomètres avec les concurrents du 42 et du 32 mais avec des couleurs de dossard différentes). Il s'agit de celui qui m'a doublé plus de 2h plus tôt. Je sens un petit regain de force et finit l'ascension le plus fort possible. Un collègue traileur du coin me hurle dessus et je me sens revivre. Je fonce pour faire un ravito express et repartir devant lui au sommet (km 53) en 5h46' (contre les 5h35' prévues !). 7 km en 1h08' donc, vraiment compliqué mais je gagne une place, ça aide à continuer !
La souffrance :Je descends plutôt correctement et retrouve mes supporters en bas, mon beauf m'accompagne un petit km jusqu'au ravito suivant et on trottine à 6' du kil en faux-plat montant. Je lui dis que je viens de repasser 6e pile au moment où ce coureur me redouble avec une allure impossible à suivre pour moi, bon d'accord

. Je reperds 2' sur mon temps de passage sur cette courte portion mais je sais depuis un bon moment que je ne serais pas sous les 7h. Je change mon fusil d'épaule et espère terminer sous les 7h15' et garder ma place au classement. Mon beauf m'apprend en effet que le 8e était passé 4' derrière moi au pointage du km 37 et comme je n'ai pas envoyé du rêve depuis, le doute est permis.
S'en suit un long faux plat montant dans un champ et une descente assez raide. On est désormais sur le parcours commun au 20 km et je double beaucoup de coureurs qui marchent en montée et ne sont pas les plus à l'aise en descente. En bas, on attaque la dernière section raide jusqu'au dernier ravito (km 61) où je passe en 6h33' à 10' de mes projections, pas si pire. La fin de la bosse sera par contre très difficile et je passe en mode "finir pour arrêter d'avoir mal", peu importe le chrono. Je descends encore pas trop mal puisque la douleur est plus vive si je retiens ma foulée, mais je souffre quand même à chaque impact.
La fin de parcours est légèrement modifiée (et rallongée !) pour éviter un single trop boueux et on finit par beaucoup de route. Au moins, je n'ai pas à réfléchir où poser mes pieds, juste serrer les dents pour ne pas hurler de douleur sur le public présent

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Je franchis la ligne
7e en 7h09'45", très content mais avec une toute petite pointe de regret sur ma gestion de course. Néanmoins, je ne pense pas que j'aurais pu faire moins de 7h car j'avais sous-estimé la difficulté de la fin de parcours avec des temps de passage pas vraiment réalistes même avec une meilleure forme.
Le coureur finissant 6e termine 4'30" devant moi. En étant moins joueur au tiers de course, j'aurais peut-être pu terminer devant lui.
Le 8e est 6' derrière moi, on a fait quasiment la même course en terme d'allure mais sans jamais se croiser.
Par contre, le top 5 est à plus d'une demi-heure (et le premier, Bastien Gueguen, à 50'). Même en progressant et en étant au top de ce que je peux donner, je ne pense pas avoir ce genre de niveau un jour donc très peu de regrets sur mon classement final. Noah Huard avec qui j'étais au km 29 termine 3e en me mettant plus de 40 minutes sur les 38 derniers kilomètres. Impressionnant !
ConclusionGrosse satisfaction d'avoir planifier une préparation exigeante, de s'y être tenu et d'avoir réalisé à peu près ce dont je me pensais capable sur une belle course, à côté de chez moi. Avec un emploi du temps mieux calibré, notamment lors de la dernière semaine avant la course, je me sens capable de progresser mais bon, on a les contraintes professionnelles qu'on mérite !
La suite, c'est du repos bien sur avant d'attaquer la prépa pour le 110 km de la Transju' Trails début juin. J'ai le droit à une semaine de vacances juste avant, de quoi arriver dans de meilleures conditions au départ.
Pour finir ce pavé, je tiens à remercier ceux qui participent à cette section du forum. C'est un plaisir de suivre vos entraînements et courses ici ou sur Strava et de se sentir soutenu également quand je partage mes sorties. Ça fait toujours avancer un peu plus vite quand on sait qu'on ne courre pas uniquement pour soi

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