par Leinhart » 30 Sep 2026, 15:49
Visionnages récents depuis le dernier bilan. Côté sorties
Resident Evil (Zach Cregger – 2026) : Je ne suis pas un grand amateur de la série de jeux, n'ayant joué qu'au 4 et au remaster du premier. Je me suis aussi globalement tenu à l'écart des films, sauf le premier, même si une curiosité malsaine me donne envie d'y jeter un oeil. Autant dire que seul le nom de Zach Cregger m'a convaincu d'aller voir celui-ci en salle (alors même que j'ai été globalement déçu par son dernier film).
Je dois dire que le résultat est étonnamment plaisant, parce que Cregger arrive à faire un film d'horreur tout à fait honnête, efficace, avec la bonne dose d'humour introduite par un personnage gauche et quelques exécutions bien bourrines. Il parvient aussi à reprendre l'essence des jeux sans verser dans le fan service et l'exposition d'un bestiaire. Bref, c'est pas mal.
Ceci étant dit, j'ai des réserves sur l'utilisation des codes du jeu vidéo dans un film. Ça fait des clins d’œil sympa pour les joueurs mais ça n'apporte pas grand chose qu'un peu de fun en termes de grammaire cinématographique. Malgré ça, c'est propre et ça fait le boulot en termes de frisson, sans trop abuser des jump scares. Visuellement, c'est parfois joli mais parfois très laid (notamment dans la forêt ou les plans larges sur la ville). Quelques regrets sur la fin, qui s'embourbe dans une surenchère pour annoncer un second épisode dont on pourrait sans doute se passer.
Les Éléphants dans la brume (Abinash Bikram Shah – 2026) : Un surprenant thriller népalais qui réussit à présenter une forme de folklore sans verser dans l'exotisme, en se rattachant à des thématiques très universelles (émancipation, identité, famille...). Au delà de cette histoire de disparition et de recherche, le réalisateur questionne surtout l'acceptation de l'autre en montrant comment la moindre contrariété peut déliter une apparente harmonie communautaire. C'est en plus très beau, avec ces recherches en forêt qui donne à l’œuvre un ton quasi mystique et surréaliste. Petite réserve sur la toute fin, au symbolisme un peu trop appuyé.
Raison et sentiments (Georgia Oakley – 2026) : Je n'ai pas lu le livre (mais maintenant, j'en ai envie) ni vu l'adaptation d'Ang Lee. Pourtant, j'ai le sentiment évident au visionnage du film que le projet est un peu vain et qu'il n'apporte pas grand chose à l'existant. Et pourtant, j'ai pris beaucoup de plaisir pendant deux heures, parce que le texte d'Austen est comme souvent aussi délicieusement désuet qu'étonnamment moderne, en réussissant à parler de condition féminine, d'amours contrariés, d'héritages iniques... En plus, c'est beau, classique sans être trop poussiéreux, globalement bien interprété (avec une ou deux réserves). C'est sans doute inutile mais on peut aussi avoir des plaisirs inutiles.
Malgré ces réserves, le film me reste bien en tête, ce qui est positif !
A la cinémathèque :
House by the River (Fritz Lang – 1950) : Avec House by the River, Fritz Lang arrive à sublimer un polar à la trame classique, pour en faire un très élégant film noir et un film psychologique (presque psychanalytique) réussi. Les personnages sont un peu caricaturaux mais on a un beau portrait de l'humanité et de toutes ses "saletés" qui flottent sur la rivière. J'ai pas mal de réserves sur la fin, très expédiée comme trop souvent chez le Lang US. Ça gâche un peu la fin de séance mais on l'oublie vite pour se concentrer sur les qualités du film.
Man Hunt (Fritz Lang – 1941) : Film de propagande, contribution de Lang à l'effort de guerre, Man Hunt est un thriller d'espionnage qui souffre un peu de son "ventre mou" plutôt banal. La phase d'exposition, en revanche, est aussi tendue que ludique et permet à Lang de travailler l'aspect psychologique de ses personnages de son intrigue. La conclusion est aussi réussie en ce qu'elle imagine une menace invisible qui roderait autour d'Hitler. Malgré ses défauts, c'est une belle réussite, compte tenu des contraintes de production.
Et à la maison, suite et fin du cycle Godzilla proposé par Mubi (c'est un cadeau que je faisais au moi adolescent qui n'a pas pu voir tout ça à 9 ou 10 ans), entre autres visionnages
Godzilla vs Biollante (Kazuki Ômori – 1989) : Ce film de la deuxième ère Godzilla a ses qualités et ses défauts. Parmi les points négatifs, il faut noter l'augmentation de la durée (20 minutes de plus) qui nuit totalement au rythme en permettant de "développer" l'arc narratif humain qui aurait largement pu être un peu plus ramassé. Par contre, visuellement, ça a vraiment de la gueule. C'est toujours très artisanal mais tout est plus convaincant : les costumes, les maquettes, les effets pyrotechniques, les chorégraphies. Si on aime le genre, c'est un vrai plaisir pour les yeux, qu'on ne retrouve pas avec les films récents en CGI. Si on ajoute un antagoniste au design original, ça donne un film très imparfait mais agréable à regarder.
Godzilla contre Destroyer (Takao Okawara – 1995) : Peut-être que le fait d'avoir enchaîné plusieurs Godzilla (et plusieurs films de Kaiju si on ajoute les Gamera) dernièrement me rend plus tolérant vis à vis des limites de ces films. Il n'empêche que j'ai passé un excellent moment devant celui-ci, qui termine la période Heisei avec une maitrise formelle rendant le visionnage ultra satisfaisant. C'est une sorte de film somme qui reprend des éléments narratifs des précédents, qui crée un enjeu dramatique maximal (la survie de l'humanité entière) et qui offre des séquences de bagarre très réussies. On pourrait faire mieux côté scénario et acting mais ce n'est pas ce qu'on retient au final.
Godzilla, Mothra and King Ghidorah : Giant Monsters All-Out Attack (Shûsuke Kaneko – 2001) : Au début du XXIe siècle, la franchise Godzilla s'est offert son "Super Smash Bros" avec cette réunion de monstres qui vise essentiellement à générer des scènes de baston. Rien que le titre envoie du lourd.
Hélas, on a tous les codes de la fin des années 90, début 2000, pour le meilleur et pour le pire. Si quelques effets sont réussis, d'autres ont instantanément vieilli et donne un côté très kitsch à l'ensemble (on est parfois plus proche du catch que du combat de kaiju). Ça se regarde sans déplaisir néanmoins. C’est d’ailleurs réalisé par celui qui venait de faire ses gammes Kaiju sur la dernière trilogie Gamera.
Sur l'aspect scénaristique, je n'ai pas été particulièrement convaincu par l'écriture même si j'ai bien aimé la façon dont on rattachait les événements à ceux du premier volet, pour questionner ce qui peut rester dans la mémoire collective 50 ans après un événement traumatisant, une fois qu'on a réécrit l'histoire. C'est passionnant d'un point thématique mais ça aurait mérité un meilleur traitement.
Le Chat (Pierre Granier-Deferre – 1971) : N'ayant jamais rien vu de Pierre Granier-Deferre, je ne savais pas trop à quoi m'attendre à la lecture du synopsis du Chat. Au final, j'ai été bouleversé par ce film mutique d'1h25 qui économise ses effets pour rendre chaque ligne de dialogue et chaque son extrêmement fort. C'est une œuvre âpre mais très sensible sur l'érosion amoureuse, sur la vieillesse, la fin de vie, le changement d'époque (parfaitement imagé par ce quartier en voie de démolition et de reconstruction, avec cette petite maison qui tient debout tant bien que mal). Et puis, la prestance de Jean Gabin et Simone Signoret, parfaits en vieux acariâtres et alcooliques, finit de donner au film tout son cachet.
Barking Dog (Bong Joon-Ho – 2000) : Je me souviens avoir vu une interview dans laquelle BJH était gêné de parler de son premier film, qu'il reniait presque. Pourtant, je l'ai trouvé bien plus réussi que la plupart de ses films américains récents (Okja ou Mickey 17 notamment). Barking Dog montre déjà les prémices du cinéma à venir de Bong Joon-Ho, en particulier ce ton grinçant pour dépeindre un monde où des petits s'entretuent pour, in fine, "nourrir la bête" des classes supérieures (comme dans Parasite, plus tard). Un mélange des genres étonnant pour un film fauché mais réussi.
The Hole (Tsai Ming-Liang – 1999) : J'avais adoré les Rebelles du Dieu Néon mais, depuis, j'ai beaucoup de mal à accrocher aux films de Tsai Ming-Liang malgré toutes leurs évidentes qualités. Ici, il y a une histoire d'épidémie, de ville évacuée victime d'une pluie infinie, de survivants dans un environnement hostile. Au milieu de tout ça, on raconte les relations humaines entre deux voisins. C'est plutôt ma came sur le papier et ça me paraît globalement réussi mais j'ai encore eu du mal à rester pleinement concentré et investi émotionnellement.
Le Monde de Narnia – Le Prince Caspian (Andrew Adamson – 2008) : J'ai trouvé ça moins indigent que le premier, mais c'est quand même nul. Au moins, on échappe à l'interminable séquence d'exposition, l'histoire est plus simple et plus ramassée et l'ensemble se tient pour un film pour enfants. Malheureusement, le casting est toujours aux fraises (que fait Pierfrancesco Favino dans cette galère ?), l'ensemble pompe maladroitement dans toute la fantasy pour en faire un truc lisse, la musique est insignifiante, la bataille finale interminable et, comme dans le premier, rien de négatif n'arrive ou ne peut arriver, limitant l'implication émotionnelle...