par Leinhart » 10 Mar 2026, 16:02
En tout cas, Marty Supreme n'est pas un film qui vieillit bien dans mon esprit. Même la photo que je trouvais plutôt belle, j'ai l'impression de n'avoir plus que le souvenir d'un truc jaunâtre et marron sans saveur...
Visionnages récents avec trois sorties ciné :
Pillion (Harry Lighton – 2026) : Premier film singulier et impressionnant qui immerge sans filtre le spectateur autant que le personnage, un jeune gay introverti, au sein d'un groupe de bikers gay bdsm. Pillion a l'intelligence de ne rien expliquer à son public, de seulement montrer, sans jugement ni morale facile, des relations complexes. Il en ressort quelque chose de brut, mais aussi de très sensible, jamais manichéen (notamment pour représenter les parents de Colin, la mère à l'aise avec l'homosexualité de son fils, tant qu'il la "pratique" selon sa vision). Une réussite et l'une des très belles sorties de ce début d'année.
Is This Thing On ? (Bradley Cooper – 2026) : Troisième réalisation de Bradley Cooper, ce film a autant de grandes qualités de que de défauts. Cooper lorgne du côté du cinéma indépendant new yorkais, de la comédie de remariage, pour peindre le tableau d'un couple en phase de séparation avec beaucoup de justesse et des ellipses bien senties. J'ai beaucoup aimé toutes les scènes entre Will Arnett et Laura Dern, qui sont la grande réussite du film. Et puis il y a tout l'aspect stand up qui sert de psychanalyse au personnage masculin, pas désagréable mais qui paraît être un élément de scénario très artificiel, occasionnant des péripéties un peu forcées. Il en résulte un film maniéré mais qui est traversé par quelques beaux moments, notamment grâce à ses deux interprètes impeccables. La voix profonde de Will Arnett m'a notamment rappelé au bon souvenir de Bojack Horseman et rien que ça m'a donné envie de revoir cette série.
Alter Ego (Nicolas Charlet & Bruno Lavaine – 2026) : J'ai passé un très bon moment devant cette comédie mettant en scène un double Laurent Laffite, mêlant habilement l'humour, la gêne et l'étrange. C'est l'histoire d'un loser qui voit s'installer dans la maison d'à côté son double, chevelu et meilleure personne en tout, en étant le seul à percevoir cette ressemblance. C'est un point de départ parfait qui offre un boulevard à Laffite, excellent dans les deux rôles principaux. Je me suis bien marré pendant 1h15 face à ce festival grotesque qui lorgne un peu du côté de la caricature satirique. Hélas, comme souvent avec les films à concept, c'est compliqué à conclure et j'ai trouvé le dernier acte un peu poussif et nettement moins intéressant que le reste.
Et à la maison, deux trilogies dans un style très différent (un très grand documentaire chilien sur le coup d'Etat de Pinochet et le concurrent de Godzilla dans le genre Kaiju), la fin du revisionnage des films Star Wars, le spin off de la saga John Wick et un film féministe culte de 1970
La Bataille du Chili – 1ère partie : L’Insurrection de la bourgeoisie (Patricio Guzman – 1975) : Je voulais voir ce film depuis des années, mais je suis finalement content, avec le recul, de l'avoir vu après les dernières élections au Chili ayant ramené, par les urnes, l'extrême droite tendance Pinochet au pouvoir.
La première partie présente le contexte chilien depuis des élections législatives qui serviront de point de départ à une insurrection bourgeoise, jusqu'à une première tentative de coup d'Etat manquée. On nous présente le gouvernement d'Allende comme la seule expérience de socialisme véritablement pacifiste, arrivée au pouvoir par l'élection, et le côté insupportable que cela représente pour la droite capitaliste et les propriétaires. On suit alors pendant 1h40 les tentatives de déstabilisation, de décrédibilisation, de contournement des institutions, de manipulation de l'opinion populaire, de retourner une partie de la classe ouvrière contre l'autre...
C'est passionnant, avec une voix off pas trop envahissante. Le "miracle" de ce film, c'est surtout que Guzman ait pu se trouver là, avec sa caméra, à ce moment là, permettant de saisir sur le vif l'insurrection naissante, alors qu'il filmait au départ un tout autre projet. Un documentaire historique fait a posteriori à partir de témoignages aurait été sans doute moins fort. S'il fallait émettre une réserve, ce serait sur certaines lignes de la voix off qui assène des phrases fortes sans pédagogie, obligeant le spectateur à croire sur parole (par exemple, quand on dit : "la droite a fait ceci, c'est contraire à la Constitution", sans vraiment nous expliquer pourquoi). Mais c'est globalement un document passionnant, et malheureusement assez anxiogène à regarder dans le monde actuel.
La Bataille du Chili – 2e partie : le Coup d’Etat militaire (Patricio Guzman – 1976) : Après un premier coup d'Etat raté, Guzman raconte, toujours "en direct", les semaines précédant le putsch décisif ayant conduit à la mort d'Allende et l'arrivée au pouvoir de Pinochet. Toujours passionnant, toujours très anxiogène. On y voit surtout que la bourgeoisie est toujours encline à sortir de la démocratie quand celle-ci ne sert plus ses intérêts, et préfère vivre sous un régime totalitaire et autoritaire d'extrême droite qu'une démocratie socialiste.
La Bataille du Chili – 3e partie : le Pouvoir populaire (Patricio Guzman – 1979) : J'ai été légèrement moins convaincu par cette troisième partie, qui revient en arrière, avant le coup d'Etat, pour montrer comment les classes populaires ont tenté de s'organiser pour faire face aux tentatives de déstabilisation de l'économie par l'opposition, en faisant tourner les usines et assurant une distribution alimentaire pour les citoyens. C'est évidemment intéressant, mais il y a une sensation que ça arrive trop tard, quand la 2e partie a déjà conclu l'affaire.
Je sais que cette partie a été montée plus tard et qu'elle est sortie quelques années après les autres, mais il aurait sans doute été plus pertinent, à mes yeux, d'intégrer tous ces éléments dans les épisodes précédents pour en faire deux parties de 2h.
Gamera (Noriaki Yuasa – 1965) : Gamera, c'est le concurrent de Godzilla lancé par la Daeï pour ne pas manquer le wagon du Kaiju ega. Il y a quelques années, j'aurais trouvé ça nul parce qu'un peu ringard dans ses effets et piètrement écrit. Aujourd'hui, je regarde ce genre de film avec beaucoup plus d'affection car j'y vois un amour sincère pour les créatures à l'écran et la création d'effets pratiques à base de costumes et de maquettes miniatures. Le film est assez bête, naïf et très premier degré dans son scénario (ça s'adresse clairement à des enfants et j'aurais sans doute adoré à 8 ans). Par contre, il y a un vrai savoir faire à l'image, une photo plutôt jolie, un travail impressionnant sur les effets pratiques et spéciaux.
Le dispositif a terriblement vieilli mais c'est justement ça qui donne un côté intemporel à l'oeuvre. Un bon moment dans l'ensemble, si on a envie de voir de la grosse bagarre entre le Japon et une tortue géante, volante et cracheuse de feu.
Gamera contre Barugon (Shigeo Tanaka – 1966) : Dans la foulée d'un premier épisode plutôt enfantin, la Daeï semble avoir cherché à donner un soupçon de légitimité et de respectabilité à sa tortue géante Gamera dans un second film plus cher et plus sérieux. J'ai franchement bien aimé le résultat même si l'ensemble souffre d'un rythme par toujours maîtrisé (une scène de fin interminable notamment) et de ruptures de ton étrange (scénario sérieux mais avec de gros raccourcis et des features du nouveau monstre, un lézard géant qui balance des arcs en ciel explosifs et un souffle givrant, grotesques). Il reste malgré tout un film qui utilise ses monstres comme une métaphore écolo, pour montrer que la cupidité de l'homme et sa faculté à jouer avec la nature mène inévitablement à la catastrophe. C'est banal en 2026, mais on est ici dans les années 60.
Côté visuel, comme c'est l'épisode le plus cher de la franchise, on est bien servis si on aime les acteurs dans des costumes de monstre qui fracassent des grandes maquettes.
Gamera contre Gyaos (Noriaki Yuasa – 1967) : Après l'échec du 2e épisode, la Daeï revient aux fondamentaux : un film fait pour les gosses, avec un gosse criard comme personnage quasi-principal, plus court, avec un scénario fonctionnel qui ne sert que de prétexte à des bastons contre les monstres et entre monstres. Si j'ai bien compris, ça deviendra ensuite le cahier des charges de la franchise et c'est un peu dommage. Surtout qu'avec des moyens en baisse, le film commence sérieusement à accuser le coup en termes de costumes, d'effets pratiques et spéciaux, cette fois franchement ringards, a fortiori quand on a quand même l'ambition de vouloir faire, cette fois, un monstre volant. Pour peu qu'on aime le Kaiju, ça reste quand même pas trop désagréable à regarder, surtout que ça ne dure qu'1h20.
Sur ces trois Gamera, j'ai été par ailleurs assez étonné de les découvrir dans une édition 4K UHD impeccable visuellement. Il y a quelques années, je n'aurais pas parié qu'on nous proposerait un jour ce type de films avec une telle qualité d'image.
Star Wars – L’Ascension de Skywalker (J. J. Abrams – 2019) : Suite et fin du revisionnage des Star Wars. Sur la dernière trilogie, j'aime bien le VII, j'ai très légèrement réévalué le VIII qui a quand même d'énormes défauts, par contre cet episode IX m'a paru encore pire qu'au premier visionnage. J'ai rarement vu une suite de blockbuster à ce point incapable de prolonger un univers, avec autant de raccourcis, d'incohérences d'écritures, avec aussi peu d'idées au point qu'on est obligé de ressusciter les vieilles figures... Tout ça pour servir des révélations finales nulles et sans intérêt, à la fin d'un film inintéressant à regarder. Même d'un point de vue visuel, j'ai eu l'impression d'une régression entre le VII (très joli) et le IX (plutôt moche, notamment pour les effets "marins"). Finalement, après trois épisodes, on sait que deux camps s'affrontaient mais on n'aura eu aucun véritable aperçu du système politique de cette galaxie 30 ans après la chute de l'Empire, signe que Disney n'avait vraiment rien à dire ni à raconter.
Il était temps que la mascarade se termine.
Ballerina (Len Wiseman – 2025) : Vouloir faire un spin-off de John Wick avec un personnage féminin, une intrigue originale tout en respectant absolument tous les codes de ce qui est devenu une franchise balisée était une gageure, surtout quand on remplaçait Chad Stahelski par le tâcheron Len Wiseman. Au final, le pari est manqué, sans surprise. A part quelques séquences d'action bien foutues, c'est d'une pauvreté absolue, tant dans l'écriture que dans la mise en scène. Le scénario n'a absolument aucun intérêt, ni au 1er, ni au 2nd degré ; la plupart des scènes sont filmées sans idée, sans saveur ; le film est truffé d'effets numériques dégueulasses et trop visibles (notamment à Hallstatt, on a quand même un réverbère qui freeze dans le plan large où l'héroïne arrive en voiture pour la 1ère fois) ; et en plus il prend son spectateur pour un con (mention spéciale à ce moment où un personnage regarde sa montre à aiguilles en gros plan et qu'on a une grosse incrustation de l'heure en chiffres au cas où ce serait compliqué de voir qu'il est 23h35)
Bref, pas grand chose à sauver. En parlant de sauvetage, il parait que Stahelski a été appelé à la rescousse pour retourner des scènes vu le résultat catastrophique du premier montage. En même temps, si les producteurs voulaient un premier montage propre, il fallait peut-être commencer par ne pas demander à Len Wiseman (Underworld ou Die Hard 4 à son actif) de réaliser le film...
Wanda (Barbara Loden – 1970) : J'aurai mis du temps à enfin voir ce film dont j'entends parler depuis presque 10 ans, systématiquement cité parmi les grands films de femmes aux USA. Je dois avouer avoir un peu de mal à rentrer dans ce film fauché, au personnage pas forcément très sympathique de prime abord. J'ai fini par accrocher, au fil des rencontres et des péripéties, à ce road trip désenchanté assez singulier dans le paysage du cinéma américain des années 1960-70.