Écrit le par dans la catégorie Les forçats de la route, Portraits.

Ces dernières saisons, le peloton professionnel s’est habitué à voir émerger des talents capables de gagner presque immédiatement. À peine passés chez les pros, certains s’imposent déjà, bousculant les hiérarchies et redéfinissant les attentes autour des jeunes coureurs. Dans ce contexte, chaque début de carrière se retrouve scruté, comparé, parfois précipité. D’autres formations choisissent la voie de l’apprentissage, de la patience et en récoltent parfois de bonnes surprises.

Une victoire sur le Tour de Luxembourg alors qu’il n’était encore que stagiaire, puis un succès d’entrée sur l’Étoile de Bessèges avec son statut de néo-pro, ce sont les débuts rêvés de Mathieu Kockelmann sous les couleurs de Lotto Intermarché. De quoi installer immédiatement une forme de légitimité, mais pas forcément changer l’approche de cette première saison professionnelle.

Avant même son passage chez les professionnels, le Luxembourgeois de 22 ans avait déjà laissé entrevoir son potentiel en remportant une étape du Tour de l’Avenir en 2025, une épreuve qui sert souvent de révélateur au plus haut niveau. Il s’y était également montré régulier dans les arrivées rapides, avec deux autres cinquièmes places. « J’aime les courses qui se terminent par un sprint, mais où il y a déjà une sélection avant. Aujourd’hui, les sprinteurs doivent être capables de passer les difficultés. Les courses sont plus dures, les parcours sont faits pour favoriser les coureurs agressifs. Un sprinteur ne peut plus exister s’il ne tient pas quand ça monte », commente-t-il à propos du cyclisme moderne.

Mathieu Kockelmann après sa victoire sur la 2e étape de l’Étoile de Bessèges, le 5 février 2026.

Varier les terrains d’apprentissage

Plutôt que de se spécialiser trop tôt, il choisit d’ouvrir le champ des possibles : « J’essaie de développer plusieurs qualités, d’être le plus polyvalent possible. Une spécialité viendra peut-être plus tard. » C’est d’ailleurs ainsi que son calendrier a été construit, l’emmenant le mois dernier sur les pavés de Nokere, puis, quelques jours plus tard, sur les ascensions du Tour de Catalogne : « Je n’ai pas cherché à négocier énormément mon programme de course. Mon objectif principal, c’est d’accumuler de l’expérience, même sur des courses qui ne me correspondent pas forcément aujourd’hui. C’est ce qui va me permettre de progresser sur le long terme. Au final, la charge physique impliquée par le calendrier n’est pas si différente de celui d’un coureur en fin de catégorie espoirs dans une équipe de développement. »

La vraie différence se situe ailleurs, dans les exigences de la course elle-même. Il ne dira pas le contraire après sa première participation aux Strade Bianche. Une première immersion sur les routes blanches, dans des conditions loin d’être idéales : « Je sortais d’une semaine de maladie, donc la préparation n’était pas parfaite. Mais j’avais vraiment envie de découvrir cette course. » Son rôle y est différent, plus discret, mais tout aussi formateur. « Mon objectif était d’aider au placement des leaders en début de course. À la télévision, on ne se rend pas compte de la vitesse dès le départ. Le niveau est tellement élevé qu’on est déjà dans le dur rien qu’en essayant de se placer. C’est indescriptible », commente-t-il à propos de sa première épreuve World Tour.

Mathieu Kockelmann en reco des Strade Bianche, sa première épreuve World Tour.

Un succès tient souvent à peu de choses

Revenons-en aux succès et aux ingrédients qui composent une victoire dans le peloton professionnel. « J’ai déjà une bonne connaissance de mon corps. Je sais comment il réagit, quand il faut gérer. Mais je dois rester prudent et continuer à l’écouter. L’objectif reste d’apprendre, de saisir les opportunités quand elles se présentent, comme à Bessèges, mais sans perdre le plaisir de courir », souligne Mathieu Kockelmann. Cette victoire, justement, dit beaucoup de sa manière d’aborder la course : « Ce jour-là, je ne devais pas sprinter. Mon rôle était de faire le jump sur la dernière échappée pour Matys Grisel. Mais j’ai senti qu’il n’était pas dans ma roue. »

Dans ces moments-là, tout se joue à l’instinct et aux décisions prises en une fraction de seconde, car l’hésitation ne pardonne pas. « À force, on ressent ce genre de choses sans même regarder derrière soi. Quand j’ai vu la ligne se rapprocher, j’ai compris que je devais continuer mon effort. S’adapter tactiquement en un dixième de seconde, c’est difficile. Là, il n’y avait plus rien à calculer. Je suis resté à bloc », se remémore-t-il.

Un climat favorable pour acquérir de l’expérience

 

Avec le recul, il voit dans cette victoire plus qu’un simple résultat : « C’est une preuve d’expérience, déjà et c’est surtout la confirmation que j’ai bien travaillé ces dernières saisons. Ça m’a donné confiance dans le fait que je peux jouer un rôle, mais ça n’a pas ajouté de pression particulière. Je suis prêt à tenir plusieurs rôles, à faire le travail pour l’équipe dès le début d’une course. Je dirais même que c’est nécessaire pour encaisser les courses, car ce n’est pas du tout la même chose que d’être présent dans le final ou de jouer la victoire. L’effort, la récupération, tout change. »

Dans cette phase d’apprentissage, l’environnement joue un rôle déterminant. Chez Lotto Intermarché, il trouve un cadre qui correspond à son rythme. La différence avec l’équipe de développement reste finalement minime. « Honnêtement, à part le logo WorldTour sur le maillot, il n’y a pas une énorme rupture. Je suis très content des conditions de travail. Il y a un vrai climat de calme et de confiance pour les jeunes », conclut le coureur luxembourgeois. Dans un peloton où tout pousse à aller plus vite, cette continuité n’est pas un détail. Elle lui permet de construire sans précipitation, et peut-être, à terme, de durer là où d’autres brûlent les étapes et arrêtent prématurément.

Par Guillaume Zaracas

Photos via Lotto Intermarché
Partagez
Venez lire les derniers articles des rédacteurs du Gruppetto et profitez-en pour donner votre avis sur les sujets évoqués dans ces articles.

Modérateur: Animateurs cyclisme pro