Écrit le par dans la catégorie Les forçats de la route, Portraits.

Retraité à 31 ans en 2019 et éloigné des pelotons depuis, Marcel Kittel est finalement revenu au premier plan, aux manettes du pôle sprint de la formation Unibet Rose Rockets. Depuis sa voiture, les yeux rivés sur un écran et la voix portée vers les oreillettes des « Rockets », il vit encore chaque mètre de l’emballage final comme s’il était sur le vélo. Entretien avec l’un des sprinteurs les plus dominants de sa génération, revenu au cœur du jeu pour retrouver ce qui l’a toujours animé : le frisson des derniers hectomètres.

En 2017, Marcel Kittel domine les sprints massifs du Tour de France, enlevant cinq des six arrivées promises aux hommes rapides avant d’abandonner à la 17e étape, laissant filer son rêve de maillot vert. La concurrence retrouve l’espoir d’un sacre sur les Champs-Elysées. C’est Dylan Groenewegen, dans le sillage de l’Allemand depuis le début du Tour, qui goûte à sa première victoire sur la Grande Boucle. Neuf années plus tard, Marcel Kittel cherche à ramener son rival d’antan vers les sommets au sein d’Unibet Rose Rockets. Cette reconversion, Marcel la vit comme une nouvelle aventure, bâtie sur ce qu’il a appris au plus haut niveau.

« Ma mission est de construire, avec les forces en présence, un train capable de placer nos sprinteurs dans les meilleures conditions de façon régulière. C’est un gros challenge de leur transmettre mon expérience sans imposer ma manière de sprinter », confie-t-il avec cette franchise qui le caractérise.

Marcel Kittel a rejoint le staff d’Unibet Rose Rockets pour cette saison 2026

De YouTube au haut niveau en un temps record

La formation Unibet Rose Rockets s’est construite une identité à part : un storytelling soigné, des réseaux sociaux alimentés de façon innovante, une réelle proximité avec les fans. Pourtant, Bas Tietema et ses cofondateurs n’ont rien sacrifié au professionnalisme : résultats solides, transferts probants (Victor Lafay et Wout Poels pour ne citer qu’eux), participation à de nombreux Monuments et un rêve de Tour de France postposé à 2027.

« Je me sens libre, sans restriction. L’amusement est roi ici et ça n’empêche pas d’être professionnel et ambitieux. C’est ce que je recherchais déjà comme coureur », assure Kittel.


« Le sprint n’est pas une science »

Avec Groenewegen en fer de lance, Tobias Müller en talent brut, Lukas Kubis ou Matyas Kopecky en puissants polyvalents capables de survivre à une course dure, Kittel dispose de nombreuses armes.
 À son arrivée, il a d’abord cherché à comprendre les hommes derrière les coureurs : « Je voulais connaître les facteurs qui influençaient leur bien-être, leurs objectifs personnels, et comment les aligner à ceux de l’équipe. »

La joie de Marcel Kittel le 25 janvier dernier, après la victoire de Dylan Groenewegen sur la Classique de la Communauté de Valence

Ce qui le motive avant tout, c’est le collectif : « Ce que j’aime le plus, c’est résoudre des problèmes ensemble, construire quelque chose dans la durée. Les émotions font partie du processus, dans la victoire comme dans la défaite. » 
À l’ère de la data, le sprint reste pour lui un art imprévisible. « Ce n’est pas une science exacte : c’est la puissance brute qui rencontre la confiance, l’instinct et la lecture des mouvements des coéquipiers et des adversaires. Aujourd’hui on parle énormément de l’aérodynamique du vélo, du coureur, de la nutrition… Certes, tout cela développe la performance physique, mais prenez Jonathan Milan : ce n’est pas le plus aérodynamique morphologiquement, et pourtant il gagne sans arrêt. »


Progresser pas à pas

Le début de saison a de quoi satisfaire l’équipe : trois victoires de Groenewegen, de nombreux podiums dont quatre secondes places consécutives sur l’Étoile de Bessèges, la formation fait preuve de régularité et monte dans la hiérarchie des Pro Teams. 
« Je suis très content des huit premières semaines. On ne doit pas oublier d’où l’on vient, on est une équipe en développement. Nos ambitions sont élevées, et tout le monde est impliqué. À l’heure actuelle, on ne peut pas demander plus », estime Kittel.

 Après la désillusion suite à la non-sélection au Tour de France, l’équipe s’est vu recevoir une invitation pour le Giro. Un premier Grand Tour qui fera office d’objectif assumé, mais qui n’est pas encore dans les esprits : « Nous devons nous concentrer sur notre situation actuelle, sur les courses qui arrivent. Nous avons des objectifs sur les classiques également. Il n’en reste moins que le Giro sera une belle opportunité de montrer où nous en sommes. »

D’ici là, le travail se poursuit au quotidien, dans les détails, pour optimiser les arrivées au sprint : « Le secret, c’est de réussir à transformer chaque sprint raté en un apprentissage pour le prochain. On compare notre plan initial à ce qui s’est passé, on regarde le contexte de chaque décision et ses conséquences. C’est comme ça qu’on progresse. »

Au fond, Kittel n’a pas changé de métier. Il ne sprinte plus, mais il retrouve les analyses et projections tactiques qui faisaient son quotidien de coureur. Et dans ce passage de témoin, c’est peut-être une autre forme de victoire qui s’écrit pour lui.

Par Guillaume Zaracas

Crédit photo : Joren Benjamins / Unibet Rose Rockets’
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Modérateur: Animateurs cyclisme pro