La 17e étape du Tour de France 2025 entre Bollène et Valence a souri aux sprinteurs ce mercredi 23 juillet, avec la victoire de Jonathan Milan. Quatre coureurs ont pris l’échappée, offrant tout de même une belle résistance. De manière plus globale, comment expliquer les scenarii un brin stéréotypés sur ces journées cochées par les hommes rapides ? Éléments de réponse avec plusieurs directeurs sportifs croisés au départ.
Depuis le début du Tour de France, beaucoup d’équipes boudent les « échappées du jour » en plaine. Beaucoup l’ont déploré en première semaine, notamment en direction de Dunkerque où aucun prix du combatif n’a été décerné face à l’apathie du peloton. Une première. Et ce mécontentement ne vient pas seulement des suiveurs. Du côté de l’organisation, Thierry Gouvenou a déclaré être « triste de voir un peloton défiler pendant 180 kilomètres », menaçant même les équipes sur l’avenir des parcours. « Les équipes de sprinteurs sont en train de couper la branche sur laquelle elles sont assises », déplorait le directeur technique de la Grande Boucle à Eurosport avant l’étape de Châteauroux le 13 juillet. « On ne pourra pas continuer d’avoir un tel spectacle (…) Il n’y aura plus d’étapes dites ‘de sprinteurs’, à terme. » Mais ces scenarii sont-ils uniquement à incomber aux équipes de sprinteurs ? Est-ce que le parcours, le niveau global du peloton, les façons de courir du moment peuvent aussi l’expliquer ? D’autant que l’étape du jour, entre Bollène et Valence, pouvait sur le papier convenir à des baroudeurs avec la fatigue accumulée en cette troisième semaine.
« On n’a jamais eu la mentalité de montrer le maillot parce qu’on est invités »
Pour expliquer ce phénomène, Le Gruppetto est allé voir plusieurs directeurs sportifs (DS) de formations n’ayant ni top sprinteur, ni prétendant au podium. Comme l’équipe suisse Tudor, évoluant en ProTeams et invitée sur ce Tour 2025. Venue avec son sprinteur Alberto Dainese, arrivé sur le Tour sans aucune victoire cette saison, l’équipe de Fabian Cancellara ne s’est pas portée à l’avant sur les étapes vouées aux hommes rapides. D’après son DS Sylvain Blanquefort, sur les étapes de plaine, « on sait qu’il y a très peu de chances d’aller au bout, donc on se concentre sur celles où c’est le cas ». Et ce même s’ils ne sont pas qualifiés d’office : « Depuis que l’équipe existe, on n’a jamais eu la mentalité de montrer le maillot parce qu’on est invités. On veut se montrer par les résultats et notre façon de courir, sinon c’est qu’on part défaitiste. »
Un argument qui résonne du côte de la Lotto, dont la tête d’affiche sur ce Tour est son sprinteur Arnaud De Lie… qui a connu un début de saison 2025 compliqué. Et qui ne fait donc pas non plus office de grand favori sur les sprints massifs. Aucun des coureurs de la formation belge ne s’est porté à l’avant sur les étapes de plaine, et c’est finalement le sprinteur de l’équipe qui s’est retrouvé le plus souvent à l’avant avec trois échappées sur des terrains plus vallonnés. « Sur les étapes pour sprinteurs, on sait que ça va être cadenassé. Plus beaucoup d’équipes ne sont intéressées par de la publicité », explique Tony Gallopin, au volant d’une des voitures de la structure belge, où il a couru pendant quatre ans. L’ancien maillot jaune met aussi en cause le parcours : « La dernière semaine est dure, donc on ne va pas demander à nos coureurs de se lancer dans des batailles dès le début du Tour. Il faut rouler à l’économie, mais en dernière semaine il y a plus d’équipes qui vont laisser leurs coureurs aller devant. »

L’échappée sur la 17e étape du Tour de France 2025 avec Quentin Pacher, Vincenzo Albanese, Jonas Abrahamsen et Mathieu Burgaudeau.
« Aujourd’hui, tout le monde peut être dangereux au général »
Et au-delà de la question de la difficulté du tracé, qui donne de moins en moins de chance aux sprinteurs, incitant ainsi leurs équipes à leur assurer la victoire en verrouillant les quelques opportunités, le niveau global du peloton a augmenté. Et s’est homogénéisé. « Le niveau général est plus élevé qu’avant, les équipes ont davantage de moyens de contrôler », souligne Sylvain Blanquefort pour Tudor. Un propos appuyé par Dmitriy Fofonov, DS chez XDS-Astana, une équipe qui a obtenu son premier top 10 au sprint sur le Tour ce mercredi à Valence, avec Davide Ballerini et Yevgeniy Fedorov. « Le peloton roule de plus en plus vite, donc les écarts en plaine sont moindres, et c’est plus facile de se faire rattraper dans le final », confirme le Kazakhstanais. Ce qui expliquerait aussi, selon lui, le fait que les échappées fleuves qui prennent plus de 10 minutes au peloton deviennent exceptionnelles. « Aujourd’hui, tout le monde peut être dangereux au général. Avec la professionnalisation, les équipes ne peuvent plus se permettre de laisser trop de temps à quelqu’un qui peut finalement bien s’accrocher au général. »
S’échapper en plaine semble désormais vain pour beaucoup d’équipes. Pas question de laisser filer les quelques étapes propices au sprint, et donc propices à des top 10 pourvoyeurs de points UCI. « Les équipes qui ont un sprinteur tentent de faire la meilleure place possible parce que mine de rien ça ramène des points », souligne le DS de la Tudor. Mais ces étapes de plat sans échappée ne sont pas une fatalité. Malgré le défaitisme, des solutions existent. Mais ce sera peut-être aux directeurs sportifs et aux coureurs de se réinventer pour animer ces étapes de plaine.
Par Titouan P.
Crédit photo : ASO/Charly Lopez