Écrit le par dans la catégorie Courses, Les forçats de la route.

Le début de saison 2025 a été marqué par deux incidents similaires, avec des coureurs qui se trompent de route dans les derniers hectomètres, empruntant la dérivation réservée aux véhicules suiveurs. En marge de Paris-Nice, LeGruppetto s’est penché sur le sujet auprès des coureurs et des régulateurs.

19 février 2025, Lagos, Portugal. À la sortie du dernier virage de la première étape du Tour d’Algarve, Jarrad Drizners (Lotto) s’engouffre dans la dérivation pour les véhicules suiveurs, entraînant avec lui l’immense majorité du peloton de l’épreuve. Après un sprint improbable du mauvais côté des barrières, Jordi Meeus (RedBull-Bora-Hansgrohe) jette son vélo sur un passage piéton, pendant que sur la route parallèle, Filippo Ganna (Ineos Grenadiers) lève les bras sur la (vraie) ligne d’arrivée. L’étape est alors annulée et l’organisation reconnaît « ne pas avoir fait assez pour éviter ce dénouement ». La situation semble invraisemblable et rappelle simplement une erreur du peloton sur la Vuelta en 2011, qui avait permis la victoire de Juan José Haedo. Une simple frayeur en somme.

Mais dix jours plus tard, en France cette fois, rebelote. Lors du sprint du groupe de tête sur la Faun-Ardèche Classic, les Movistar et UAE Emirates suivent la moto TV vers la dérivation… alors qu’ils sont passés deux fois dans la journée sur la ligne d’arrivée. Une « erreur professionnelle des coureurs » pour Aurélien Paret-Peintre (Decathlon AG2R), 13e ce jour là. « Tout le monde sait très bien que ce rond-point est à 300 mètres de la ligne et après c’est le sprint », ajoute Warren Barguil (Picnic PostNL), qui avait terminé dans le groupe de son compatriote. Et cette fois, en plus des regrets de l’organisateur, le conducteur de la moto suivie par les coureurs a été sanctionné d’un carton jaune.

Le rôle des organisateurs pour éviter le pire

Deux incidents au niveau de la dérivation en dix jours, c’est une situation exceptionnelle. Mais comment les éviter l’immense majorité du temps ? Du côté d’ASO, Arthur Thévenot, commissaire à l’arrivée sur Paris-Nice, explique travailler sur la clarté de la dérivation : « La majorité des véhicules ne passent pas sur la ligne d’arrivée, donc on doit être vigilants à ce que la dérivation soit en évidence. Elle ne doit pas sembler être un passage naturel pour les coureurs, c’est pourquoi de notre côté nous faisons en sorte qu’elle soit le plus souvent en angle droit. » 

En plus de cela, les organisateurs peuvent compter sur les régulateurs, ces hommes en rouge qui indiquent la voie à suivre aux véhicules suiveurs. Chez ASO, ce sont d’anciens cyclistes professionnels qui assurent cette mission, à l’image de Franck Perque. Depuis 2013, il fait partie des quatre régulateurs de l’organisateur français. Et son expérience est cruciale pour la sécurité des coureurs : « On repère le parcours la veille de chaque course pour anticiper les points de vigilance à avoir. La dérivation à l’arrivée en fait partie, même si ce n’est qu’une petite partie de notre journée. »

« Les coureurs doivent connaître le final »

Si des dérivations peuvent être imparfaites, ce qui ressort des témoignages recueillis est que la faute incombe aussi aux coureurs. “Les coureurs doivent connaître le final, l’organisateur doit assurer la sécurité”, confie Arthur Thévenot. “Pour ce qu’il s’est passé en Algarve, c’est principalement de la faute des coureurs et pas du parcours, même si l’organisateur aurait peut-être pu mettre des panneaux plus grands”, lâche de son côté Neilson Powless. Même son de cloche pour Warren Barguil, pour qui la reconnaissance des arrivées avec les roadbooks est indispensable : “Le Tour de l’Avenir, je l’ai gagné parce que lors de l’arrivée à Valloire, les autres sont allés tout droit alors que je savais qu’on devait tourner à gauche après avoir étudié le roadbook. Je prends l’étape pour une seconde et c’est ce qui me fait gagner le général.”

Une chose est sûre : ces deux erreurs de dérivation en 2025 semblent être davantage un concours de circonstances que le symptôme d’un problème plus profond dans le peloton. Ainsi, d’après Aurélien Paret-Peintre, la situation est plutôt vue de manière anecdotique par les coureurs. Même si les courses ne sont “jamais à l’abri” de telles évènements selon Franck Perque, il reste que l’enchaînement d’erreurs de parcours ce début de saison relève plutôt de « la malchance, du hasard » pour Arthur Thévenot. De quoi être rassuré pour les courses à venir… si les roadbooks sont bien étudiés.

Par Titouan P.

Crédit photo : Titouan P. sauf image à la une, Kakoula10 via Wikmedia
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