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Lors de la 20ème étape du Tour de France, les coureurs du peloton franchiront le Col de Braus puis le Col du Turini, avant de filer vers la Colmiane et la Couillole, pour la dernière étape de montagne de cette édition 2024. Mais si ces deux cols ont une réputation internationale, ce n’est pas grâce au cyclisme, mais plutôt grâce au rallye automobile. Ils font partie des temps forts réguliers du Rallye Monte-Carlo, l’épreuve la plus mythique de la discipline. L’occasion de se pencher sur les liens existant entre deux disciplines qui sont, sur le papier, assez opposées…

Un même terroir

 

Cyclisme sur route et rallye automobile… Instinctivement, on pense plutôt à une opposition. Peu d’entre vous sont sans doute fans des deux disciplines. L’une est une pratique relativement vertueuse vis à vis de l’environnement (même si c’est largement débattable à haut niveau, mais c’est un autre sujet), alors que l’autre est tout l’opposé. Pourtant les deux sports partagent de nombreux points communs. Le premier déjà est celui de s’inscrire dans les même lieux. Cyclisme sur route et rallye automobile sont deux sports « ruraux », deux disciplines qui animent les petites villes et gros bourgs, à l’exception de quelques événements majeurs qui réussissent à prendre place dans les métropoles. Deux disciplines qui, en dehors de quelques grands événements majeurs, sont peut-être un peu marginalisées, car loin des yeux des grands médias. Deux disciplines difficiles à suivre aussi pour le néophyte : le cyclisme sur route est long, les temps forts sur les courses ne sont qu’une infime partie du temps de compétition. Le rallye automobile lui présente les concurrents seuls face au chronomètre, les concurrents s’élançant face au temps tel les cyclistes lors d’un contre-la-montre. 

Et de cette ruralité des deux sports naît le second point commun : l’amour des belles routes. Les fans de cyclisme redécouvriront le très visuel Col de Braus (plus emprunté sur le Tour depuis 1961, alors qu’il était un classique d’avant-guerre) que les fans de rallye connaissent bien. Que ça soit sur le Rallye Monte-Carlo en championnat du monde ou le Rallye d’Antibes en championnat de France, le Col de Braus est une habitude de la discipline. Cela n’est rien toutefois par rapport au mythe du Turini : sur ses pentes souvent enneigées s’est écrit l’histoire du rallye mondial. Le Turini est au Rallye Monte-Carlo ce que le Carrefour de l’Arbre est à Paris-Roubaix. Le juge de paix ultime, celui où tout peut basculer. Et ils sont nombreux encore les lieux à avoir une histoire commune : le Col de Joux-Plane par exemple, haut lieu du Rallye du Mont-Blanc; le Petit Ballon, qui a marqué le Rallye de France-Alsace. Et nos voisins ne sont pas en reste : on peut citer le Kemmelberg, qui est un des juges de paix du Rallye d’Ypres, la principale épreuve Belge; ou Champex-Lac, où Thibaut Pinot brilla en 2015, qui est un des hauts lieux du Rallye du Valais en Suisse.

 

Le sommet du Turini, lieu mythique du Rallye Monte-Carlo !

Le sommet du Turini, lieu mythique du Rallye Monte-Carlo !

 

Cet amour des belles routes, on le retrouve même dès l’origine des deux disciplines. En 1898, le Touring Club d’Autriche organise une course à travers les Alpes, franchissant notamment le Stelvio (alors au sein de l’Empire Austro-Hongrois), où cyclistes et automobiles disputaient le même parcours. Les grands cols alpins vont alors devenir le terrain de jeu des premières grandes épreuves routières automobiles. En Autriche (Alpenfahrt), en Italie (Coppa delle Alpi), en France (Coupe des Alpes), et à travers tous ces pays (Coupe Internationale des Alpes), les grands événements rallystiques allaient ouvrir la voie des grands cols. Les épreuves aussi vont se décliner dans les deux disciplines : le premier Tour de France Automobile est créé en 1899. Son histoire sera plus chaotique que celle du Tour cycliste, mais le journal L’Auto l’a brièvement organisée avant la première guerre mondiale. L’épreuve apparaîtra et disparaîtra à plusieurs reprises, connaissant toutefois son apogée pendant les années 50 à 80. Paris-Nice a d’abord existé en version automobile aussi : coorganisée par le journal L’Auto, l’épreuve est recréée en 1921, et passe notamment par le Col d’Eze; l’épreuve cycliste suivra quant à elle en 1933.

 

Des champions au volant

 

Des cyclistes se sont essayés au rallye. Avec leur sens des trajectoires, la transition n’est pas si incongrue que ça. La plus belle reconversion (la seule ayant réellement fonctionné à très haut niveau) est celle de Nicolas Vouilloz. On s’éloigne un peu du cyclisme sur route, mais impossible de ne pas mentionner ici le septuple champion du monde de VTT de descente. Après son septième et ultime titre en 2002, il décide de passer à plein temps en rallye (il s’était déjà frotté à quelques reprises à la discipline, participant ponctuellement à quelques épreuves). Engagé dans le Volant Peugeot (une formule de promotion visant à dénicher des talents organisée par le constructeur français), il s’impose dès sa première saison. Ce titre lui permet d’entrer dans l’Equipe de France FFSA (Fédération Française du Sport Automobile) tout en ayant le soutien de Peugeot. Il dispute ainsi 7 épreuves mondiales sur une 206 WRC, obtenant quelques bons résultats sur asphalte. Toutefois insuffisant pour vraiment percer, il revient au niveau national, décrochant un premier succès au général lors du Rallye Lyon-Charbonnières 2005, puis le titre de champion de France en 2006. Cela lui permet de réintégrer les rangs de Peugeot, qui engage alors des autos dans l’Intercontinental Rally Challenge (un championnat concurrent au championnat du monde, se disputant avec des autos de la catégorie S2000). Vice-champion en 2007, il remporte le titre intercontinental en 2008. Il disputera une troisième campagne en 2009, avant de revenir vers le cyclisme (et l’enduro) à partir de 2010.

Nicolas Vouilloz

Nicolas Vouilloz, lors de son titre IRC en 2008 (ici lors du Rallye Sanremo)

 

Nicolas Vouilloz n’est pas le seul à s’être essayé derrière le volant. En 1965, avec le soutien de Ford France, Raphaël Geminiani et Jacques Anquetil disputaient le Rallye Monte-Carlo sur une Ford Mustang ! Il s’agissait alors d’une opération à vocation commerciale, la présence du duo médiatique faisant parti du deal pour la reprise du sponsoring par Ford France de la structure de Geminiani, anciennement sponsorisée par Saint-Raphaël. Les deux hommes seront contraint à l’abandon, mais Ford France a réussi son opération marketing ! Un autre immense champion s’est essayé quelques années plus tard au rallye : Eddy Merckx lui-même ! Il est engagé au Safari du Zaïre en 1985, redoutable épreuve centre-africaine, sur une Toyota Corolla. Une opération montée avec le soutien de Toyota Afrima, l’importateur en Afrique Centrale, en compagnie de son ami, ancien pilote et homme d’affaire Willy Braillard. Un one-shot peu concluant qui n’aura pas de suite.

L’un des premiers champions à participer avec assiduité à la discipline sera l’Irlandais Stephen Roche. Encore en activité, il s’essaye au rallye dès 1988 sur une 205 GTI. Vainqueur de catégorie sur des épreuves du Nord de la France pour ses premières participations, il va ponctuellement participer à des épreuves en France, Irlande et Belgique jusqu’à la fin de sa carrière. Libéré de ses contraintes professionnelles, il participe en 1994 au Rallye Monte-Carlo sur une Seat Ibiza (56ème au final, 13ème de catégorie), avant de s’essayer au volant de plus grosses autos pendant deux saisons (Ford Escort RS Cosworth et Toyota Celica), sans connaître toutefois de grand succès. 

Une nouvelle génération va s’essayer en nombre à la discipline au tournant des années 2010. Malheureusement, cela a coûté la vie à Franco Ballerini… L’ancien coureur de la Mapei, et sélectionneur de la Squadra Azzura, s’était essayé au rôle de copilote. Il commence en 2007 lors du Monza Rally Show (une épreuve organisée sur le circuit de Monza), avant de partager sa passion avec Paolo Bettini. Le double champion du monde est lui aussi passionné de vitesse, et il se lance sur des petites épreuves italiennes en 2009 à bord d’une Abarth Punto S2000. Un poil ambitieux sans doute de commencer sur une auto de grosse catégorie, les résultats ne suivent pas trop, mais les deux amis prennent du plaisir. Bettini fera quelques courses de son côté sur une plus modeste Clio R3, avant de revenir avec Ballerini au Monza Rally Show sur une Peugeot 207 S2000 aux couleurs de Mapei. Mais en début d’année 2010, le drame intervient pour Franco Ballerini : copilote lors d’une petite épreuve italienne, il est victime d’une sortie de route et est tué sur le coup… comme un symbole, c’est Paolo Bettini qui prendra sa suite à la tête de la Squadra Azzura. 

Paolo Bettini, aux couleurs d'un sponsor bien connu aussi dans le cyclisme !

Paolo Bettini, aux couleurs d’un sponsor bien connu aussi dans le cyclisme !

 

Moins dramatiques furent les expériences de deux champions cyclistes espagnols ! Oscar Pereiro, vainqueur du Tour de France 2006, se lance dès sa retraite. Participant au Rallye de Madrid en fin d’année 2011, il obtient une plutôt encourageante 15ème place, assortie d’une victoire de catégorie. Il s’implique dès lors à fond dans la discipline, participant à la Coupe Suzuki Espagne en 2012, puis monte sur une Mini Rallye N2 l’année suivante en championnat d’Espagne. Avec 4 participations, il obtient une 10ème place comme meilleur résultat, et met là un terme à son aventure. Quelques années plus tard, c’est le triple champion du monde Oscar Freire qui s’essaye à la discipline. Soutenu par un concessionnaire Kia de sa région natale de Cantabrie, il prend part à plusieurs épreuves entre 2016 et 2018. En 2019, il passe aux choses sérieuses, disputant 4 épreuves sur une Citroën C3 N5 en compagnie du très bon copilote Candido Carrera. Avec deux douzième place comme meilleur résultat, ses prestations furent honnêtes mais sans plus. 

Aujourd’hui, c’est un autre champion du monde qui porte le flambeau des cyclistes en rallye : Tom Boonen ! Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le Belge ne fait pas les choses à moitié. Après quelques participations au volant de voitures anciennes en début d’année 2023, le Flamand se lance en championnat de Belgique avec une Skoda Fabia R5 avec le très expérimenté copilote Erwin Mombaerts à ses côtés. D’emblée il obtient de très bons résultats pour un néophyte, rentrant dans le Top 10 au général. Après une première saison partielle réussie, il se relance pour une nouvelle saison en 2024, disposant de l’ultime version de la Fabia. Si ses résultats bruts sont un poil moins bons que l’an passé pour le moment (deux 10ème place comme meilleurs résultats, mais avec un plateau plus relevé qu’en 2023), ses prestations au volant sont en nettes améliorations. Il a ainsi largement réduit l’écart le séparant des meilleurs, passant de 3 à 4″ au kilomètre à 1 à 2″ au kilomètre des meilleurs Belges. Bien entouré avec le soutien de Freddy Loix et Pieter Tsjoen, deux champions belges de la discipline, Tom Boonen semble avoir les atouts en main pour réaliser une belle aventure !

Tom Boonen

Tom Boonen porte aujourd’hui l’étendard des cyclistes en rallye !

 

par Thomas B. (vino_93)

 

 

Crédit Photo : ewrc.cz (Thibault Lefebvre, Ivo Nevrosnal, Tadej Pisek, Jérôme Deskeuvre)
Helena El Mokni (wikimedia)
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Re: Cyclisme et Rallye : deux univers pas si éloignés

Messagepar friton01 » 20 Juil 2024, 14:43

La publication millimétrée de l'article 8)
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Re: Cyclisme et Rallye : deux univers pas si éloignés

Messagepar Loiloi29 » 20 Juil 2024, 14:46

friton01 a écrit:La publication millimétrée de l'article 8)

Tel le pic de forme de Pogacar 8)
(bon lui c'est toute l'année :niais: )
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