Écrit le par dans la catégorie Courses, Les forçats de la route.

L’organisation d’une course cycliste requiert toujours un travail bien particulier, souvent méconnu du grand public. Pour en savoir plus, Le Gruppetto s’est penché sur les dessous du Grand Prix de Fourmies, expliqués par deux membres du comité d’organisation de la course nordiste : Jacques Thibaux (président du comité d’organisation) et Olivier Hairion (trésorier et responsable sportif).

Un an. Voilà le temps qu’il faut pour organiser une course comme le Grand Prix de Fourmies – même deux avec la course Hommes (niveau ProSeries) et la course Femmes (classe 2). Cette organisation s’axe toutefois en plusieurs moments clés, n’occupant pas forcément l’ensemble de l’année pour les organisateurs. Ainsi, à peine quelques semaines après la course, mi-septembre, un point est déjà fait pour préparer l’édition suivante. Il s’agit là avant tout d’un débriefing, en analysant la course par tous les prismes possibles (sportif, presse, sponsoring) pour se lancer vers la course à venir à partir du calendrier.

La machine se relance ensuite courant mars, avec le lancement de pré-accords avec les partenaires institutionnels et privés et une mise à disposition de personnel municipal. Côté sportif, c’est à cette période que sont envoyées les invitations aux équipes. Les organisateurs du GP de Fourmies ont fait le choix d’inviter presque toutes les formations Union Cycliste Internationale (UCI) qui peuvent l’être. En l’occurrence pour cette épreuve ProSeries, seules 70% des équipes World Tour maximum et les équipes Continentales françaises peuvent participer, sans restriction pour les équipes ProTeams. Chez les Femmes, la limite est de trois équipes World Tour. En fonction des réponses des équipes, un tri est ensuite à faire par les organisateurs, pour équilibrer le niveau des équipes mais aussi la balance financière, avec les frais de déplacements.

Cette phase de préparation prend quelques semaines avant d’avoir le plateau complet (22 équipes masculines et 22 équipes féminines en 2021). Dans le même temps, l’équipe d’organisation s’assure d’une bonne qualité de sponsoring. C’est alors la dernière ligne droite qui arrive, avec l’été et la prise de contact pour la diffusion télévisée. Tout cela pour que ne restent à gérer que les petits détails pour que tout se passe bien le jour J.

Les coureurs sur la ligne de départ pour le Grand Prix de Fourmies 2021.

Sportivement, la plus grande difficulté est la gestion du calendrier. Il faut en effet gérer avec la concurrence nationale et internationale de nombreuses épreuves pour un agencement pas facile des différentes épreuves. Au niveau international, il y a la Vuelta, le Tour de Grande-Bretagne, les classiques Canadiennes, les semi-classiques Belges, parfois les championnats d’Europe et un chamboulement plus grand les années olympiques. Au niveau national, il faut composer avec la Coupe de France, mais aussi avec le Tour d’Ardèche côté féminin. Ainsi, pour éviter la concurrence de deux épreuves Françaises au niveau féminin, une demande d’inversion a été faite aux organisateurs de la Classic Grand Besançon Doubs et du Tour du Jura, courses prévues mi-avril. Ce ne sera pas encore pour 2021 a priori.

Pourquoi a priori ? Non pas parce que des tractations sont encore en cours entre organisateurs de courses, ni entre eux et la Ligue Nationale du Cyclisme (LNC) ou la Fédération Française de Cyclisme (FFC), mais parce que tous ces organisateurs restent tributaires de la décision finale de l’UCI, qui a seule le pouvoir de faire le calendrier. Neuf fois sur dix, la demande sera acceptée et parfois il reste possible d’ajuster après coup, mais la décision finale vient uniquement de l’UCI et les organisateurs n’ont pas de pouvoir dessus.

Et pour compliquer la tâche, l’UCI même a délégué aux confédérations continentales le choix des dates des championnats continentaux, laissant à l’Union Européenne de Cyclisme (UEC) une grande liberté dans la date des championnats d’Europe. Les organisateurs du GP de Fourmies sont d’ailleurs unanimes par rapport à cette course : c’est pire d’être face aux championnats d’Europe qu’à une course World Tour, étant donné le côté tardif des sélections. Ainsi, des coureurs habitués peuvent être absents (tel Benoit Cosnefroy cette année), mais aussi des équipes habituellement présentes, mais dont la composition cosmopolite se trouve plus impactée par ces championnats (comme Trek, habituellement présente chaque année à Fourmies, mais absente cette année).

La Bora-Hansgrohe venait avec des ambitions, autour de son sprinteur Pascal Ackermann.

Une fois ce calendrier et ses contraintes connues, il faut gérer la venue des équipes. D’une part grâce au statut « ProSeries » (anciennement Hors Classe, le plus haut niveau sous le World Tour) et d’autre part grâce à une organisation de longue date et reconnue au sein du peloton, le GP de Fourmies réussit toujours à avoir un plateau de qualité, se vantant notamment d’avoir eu 14 de ses 22 équipes ayant participé au dernier Tour de France.

Le démarchage des plus grosses formations n’est cependant pas chose aisée et certaines équipes, en plus du minimum légal imposé par l’UCI, font marcher des enchères pour venir. C’est notamment le cas pour l’équipe Deceuninck-Quick-Step, réputée pour cela. Via son statut officieux de meilleure équipe du monde, elle monnaie sa venue au plus offrant entre diverses courses en concurrence. Les organisateurs reconnaissent avoir plus besoin d’une telle équipe que l’inverse. Si cette équipe est loin d’être la seule à avoir ce fonctionnement, elle reste une des plus chères du peloton.

Une fois les équipes présentes, il faut gérer la venue des coureurs. Après de nombreuses années avec des courses variées et mouvementées, le GP de Fourmies est devenu une course pour sprinteurs. Moins d’animation (on sent une forme de résignation sur les oreillettes), mais cela reste ressenti comme un mal pour un bien. En effet, les organisateurs reconnaissent que les grands sprinteurs sont plus connus par un grand public moins connaisseur, vu leur fréquence à gagner des courses (notamment de grandes courses). Et puisque même des courses difficiles comme l’Omloop Het Nieuwsblad s’achèvent au sprint, alors pourquoi pas Fourmies ?

La course est donc moins agitée, mais en plus d’un fameux « ce sont les coureurs qui font la course », nos échanges ont mis en avant une grande satisfaction devant le haut plateau de sprinteurs présent cette année et le podium de qualité, où Elia Viviani a devancé Pascal Ackermann et Fernando Gaviria). Après tout, les coureurs font tout pour que cela arrive au sprint, alors autant tout faire pour avoir un sprint royal. Surtout dans le cadre d’un cyclisme à deux vitesses où les épreuves n’étant pas dans le World Tour n’ont que quelques miettes à récupérer.

La Deceuninck Quick-Step était bien présente pour le Grand Prix de Fourmies 2021.

Côté féminin, la course n’en est encore qu’à ses balbutiements, avec seulement deux éditions pour l’instant. Si cela a inquiété au début, par les préoccupations supplémentaires que cela a donné, les retours très positifs du public et des sponsors ont vite encouragé les organisateurs à poursuivre en cette voie. Cela leur permet notamment de profiter (et de participer) au boom du cyclisme féminin. La course féminine donne aussi l’opportunité d’animer encore un peu plus la journée à Fourmies, ne laissant pas de temps mort lorsque la course masculine va vers le circuit des monts pendant près de trois heures.

Bien évidemment, l’organisation d’une double course a compliqué la tâche pour les organisateurs. De nombreux éléments se retrouvent en effet dédoublés (jury des commissaires, nombre de chauffeurs, nombre de motos, le logement et l’hébergement…), sans compter les habitudes à chambouler (organisation du départ, placement de la caravane publicitaire…). Mais, par un bon ajustement des deux tracés, il n’a pas été nécessaire de faire intervenir beaucoup plus de bénévoles. Les quelques 200 signaleurs (volontaires pour Fourmies ou faisant partie d’associations de signaleurs) sont juste présents sur place quelques heures supplémentaires.

Un point positif est cependant ressenti côté sportif, avec un grand nombre de candidatures qui arrive chaque année, tant du côté des équipes UCI que des équipes amateurs (l’épreuve étant classée 1.2, elle a la possibilité d’inviter ces équipes). De plus, les équipes se montrent satisfaites de l’organisation, notamment par le versement de 500 euros de frais de déplacements à chacune des équipes, ce qui n’est en rien une obligation à ce niveau et ce que peu d’organisations font.

Au-delà d’une mise en avant du sérieux de l’organisation, il y a ici une préparation à une montée en niveau d’un cran, avec un dossier déposé à l’UCI pour passer en classe 1.1 dès l’an prochain, ce qui est côté féminin le plus haut niveau en-dessous du World Tour. Il n’y a cependant pas d’ambition de monter en World Tour à terme, ni d’y accéder côté féminin. D’une part car l’UCI a fait comprendre que la ville de Fourmies ne disposait pas d’une aura suffisante pour être mis en avant au plus haut niveau, mais aussi par le constat d’un Grand Prix de Plouay défiguré en classique Bretonne. Réussite sportive, forcément, avec l’invitation automatique des plus grandes équipes, mais questionnement légitime sur le côté populaire perdu d’une course qui n’est plus la course de sa ville.

Et comme si tous ces questionnements et ces contraintes n’étaient pas suffisants, le contexte de la pandémie de Covid-19 est venu mettre une couche supplémentaire. L’an passé, la course a dû être annulée. Les chiffres n’étant pas bons, la décision avait été prise très tôt, pour éviter d’engager des fonds majoritairement publics et par crainte d’un cluster fourmisien qui découlerait de la course. Pour 2021, la préparation avait été différente. Déjà, la décision d’organiser coûte que coûte était là, même sans public. Il restait cependant la crainte d’un scenario comme les 4 Jours de Dunkerque, annulés au dernier moment par décision préfectorale.

Cependant, tout s’est bien passé, avec un taux d’incidence en chute et une vaccination générale suffisante, pour un accueil du public presque normal. Ainsi, les zones d’accès limité ont pu se faire via le pass sanitaire. Certains tests antigéniques avaient même été prévus au cas où, mais n’ont pas eu à servir. Côté grand public, on craignait quelques débordements par mécompréhension de la situation, mais aucun incident n’a été à déplorer. Un peu moins de monde était présent sur le site de départ et d’arrivée, notamment dans la grande tribune face à la ligne, mais cela a été nettement compensé par une présence de public bien plus dense tout le long du circuit final.

Les contraintes d’organisation ne concernaient pas que l’accueil du public. Le cahier des charges pour l’organisation sportive était ainsi bien plus complexe que par le passé, même s’il était allégé par rapport à ce qu’il aurait dû être en 2020. Il fallait notamment une bulle sanitaire forte et un isolement complet des coureurs, qui ne devaient avoir aucun contact avec le public à la sortie de leurs bus, ni sur le chemin entre ces bus et le car podium pour la signature, ni vers la ligne de départ et d’arrivée, ni vers le gymnase où les douches et les vestiaires sont mis à disposition.

En plus de cela, la présence de médecins supplémentaires était nécessaire. Le dispositif de sécurité devait être agrandi avec les barrières autour des zones réservées aux coureurs et du personnel gérant l’accès à ces zones. Pour compléter, un référent Covid était désigné sur la course et devait avoir libre accès pour circuler dans l’ensemble du site de la course afin d’inspecter tout ce qu’il souhaitait. Bon point pour l’organisation, tout s’est bien passé.

Le podium du Grand Prix de Fourmies 2021, remporté par Elia Viviani.

Tous ces détails ne sont qu’une petite idée de ce qui est à gérer dans le cadre de l’organisation d’une course. En plus de cela, on pourrait s’attarder sur le lien avec les bénévoles, sans qui le sport professionnel n’existerait pas, sur la gestion hôtelière pour l’accueil des coureurs, sur les liens avec les forces de l’ordre pour la bonne tenue de la course, sur les interactions permanentes avec les diverses collectivités locales (département, intercommunalités et communes notamment, et pas uniquement Fourmies), sur les liens sportifs avec la Coupe de France…

De quoi vraiment féliciter tous ceux qui œuvrent dans l’ombre du public (que ce soit les spécialistes ou le grand public) pour la bonne tenue des évènements sportifs.

Par Geoffrey L. (darth-minardi)

Un remerciement particulier à Jacques Thibaux (président du comité d’organisation) et à Olivier Hairion (trésorier et responsable sportif) pour le temps accordé et qui a permis la rédaction de cet article.

Photos: Quentin Jeanjacquot
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Re: Dans les coulisses de l'organisation du Grand Prix de Fo

Messagepar vino_93 » 21 Oct 2021, 09:16

:ok:

Je pensais que les équipes postulaient auprès de l'organisation, pas l'inverse :o Et les grosses formations qui se font monnayer :moqueur: :cry:
Après ça vient pleurer dans les chaumières que ça ne touche pas de droits TV, alors que ça force la main à des organisations qui peinent à joindre les deux bouts :stop
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Re: Dans les coulisses de l'organisation du Grand Prix de Fo

Messagepar didou18 » 21 Oct 2021, 10:46

vino_93 a écrit::ok:

Je pensais que les équipes postulaient auprès de l'organisation, pas l'inverse :o Et les grosses formations qui se font monnayer :moqueur: :cry:
Après ça vient pleurer dans les chaumières que ça ne touche pas de droits TV, alors que ça force la main à des organisations qui peinent à joindre les deux bouts :stop


C’est comme dans pcm où tu négociais la prime pour ta star invitée sur telle course. Tres réaliste. :niais:
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