Écrit le par dans la catégorie Histoire, Les forçats de la route.

Grand habitué des classiques flandriennes, souvent placé, parfois vainqueur, Nick Nuyens a eu le malheur de courir au temps de l’écrasant duopole Boonen-Cancellara. Jusqu’à la conquête, devenue presque inespérée, de la plus grande course de son pays. Alors que se dispute ce dimanche la 105e édition du Ronde, retour sur ce jour béni d’avril 2011.

Nick Nuyens, Tour des Flandres. Tour des Flandres, Nick Nuyens. L’association sonne bien à l’oreille, et porte en elle de précoces promesses. Déjà 3e de l’édition juniors du Ronde, l’aspirant champion s’impose sur la course espoirs en 2002 avant de remporter le championnat de Belgique de sa catégorie – devant Philippe Gilbert. Stagiaire au sein de la Domo – Farm Frites de Patrick Lefevere, tout semble destiner le jeune Nick aux plus grands honneurs sur les classiques du Nord.

Les années néo-professionnelles du talent belge sont couronnées d’un franc succès. Il enlève à tour de rôle Putte-Kapellen, le Ster Elektrotoer, Paris-Bruxelles, le Grand Prix de Wallonie ainsi que le GP Industria & Commercio di Prato. Problème : si son étoile scintille, celle de son coéquipier Tom Boonen brille plus fort encore. Vainqueur du Het Volk en 2005 et de Kuurne-Bruxelles-Kuurne en 2006, Nuyens est le précieux équipier d’un Boonen à qui rien ne résiste quand vient le temps des Monuments pavés. Conscient de sa valeur mais plus encore de celle de son leader (avec qui il conquiert le titre mondial dans les rues de Madrid en 2005), le natif de Lier prend la délicate décision de quitter le giron de Patrick Lefevere.

Nuyens met ainsi les voiles en 2007 pour la formation française Cofidis, qui fait de son acquisition la figure de proue d’un secteur classiques à l’accent belge marqué (le fiable Staf Scheirlinckx et le vieillissant Rik Verbrugghe viennent l’accompagner). Régulier sur l’ensemble de la campagne flandrienne sans pouvoir trouver l’ouverture, il termine 7e d’un Tour des Flandres plus indécis qu’attendu, avant d’échouer l’année suivante sur la deuxième marche du podium… devancé par l’un des plus sûrs lieutenants de Boonen, Stijn Devolder.

Toujours mû par le désir de remporter le Graal des cyclistes belges (du moins ceux de la partie flamande), Nuyens poursuit son voyage et rejoint en 2009 la Rabobank de Juan Antonio Flecha, qui peut lui aussi ambitionner de faire la nique aux favoris et à leurs équipiers. Mais Devolder persiste et signe un nouveau succès sur le Ronde, perpétuant la domination des hommes de Patrick Lefevere (quatre victoires en cinq ans). La saison suivante, elle, est un échec sur toute la ligne. Bien que l’objectif demeure, l’heure est à la reconstruction des ambitions.

Elles seront portées chez Saxo Bank, désormais orpheline d’un Fabian Cancellara hégémonique sur le circuit des classiques depuis ses exploits de 2010 (triplé Grand Prix E3, Tour des Flandres, Paris-Roubaix). Et avant que le Suisse n’assomme à nouveau la concurrence sur le GP E3, répétition générale du Ronde, le Belge montre sa forme en remportant À Travers la Flandre aux dépens de Geraint Thomas et d’un peloton venu mourir à quelques hectomètres de ses roues.

Nick Nuyens vainqueur d’A Travers la Flandre en 2011

Le jour du départ donné de Bruges, c’est encore un immense défi qui se dresse devant les adversaires de Boonen et Cancellara. Entre le premier sacre de l’icône flamande sur le Tour des Flandres 2005 et la victoire opportuniste de son équipier Terpstra sur Paris-Roubaix 2014, seuls trois Monuments pavés sur vingt ont échappé à l’un des deux géants ou un membre de leur cercle. Vertigineux.

Cancellara, la clé pour gagner pour la partie

Classique dans son déroulement, la course prend une toute autre allure à 86 bornes de l’arrivée jugée à Ninove. Sylvain Chavanel s’extrait du peloton dans le Vieux Quarement, rejoint plus tard par Simon Clarke, Edvald Boasson Hagen et Lars Boom. Supérieur à ses adversaires, le Français profite du Molenberg pour s’isoler en tête à moins de 45 kilomètres du final. À l’arrière, son coéquipier Tom Boonen initie une attaque dans le même mont, mais son rival Cancellara le contre instantanément.

L’épouvantail suisse rejoint l’échappée de Chavanel à 32 kilomètres de l’arrivée, assumant seul les efforts pour distancer un peloton désormais conduit par la BMC Racing Team de Ballan, Hincapie et Van Avermaet. Compte tenu de la forme montrée par Cancellara ces dernières semaines, c’est contre toute attente que l’avance du duo fond comme neige au soleil, jusqu’à être revu sur les pentes mythiques du Mur de Grammont. Tout est à refaire, alors qu’il ne reste plus qu’un mont à franchir.

Philippe Gilbert joue son va-tout dans le Bosberg, mais n’arrive pas à capitaliser sur l’écart créé pour s’envoler définitivement. En difficulté dans la dernière bosse du parcours, Cancellara n’est alors plus qu’en mesure de neutraliser la tentative du puncheur et voir revenir dans le jeu Boonen, Nuyens et consorts. Fait rarissime sur le Ronde, ils sont encore 12 coureurs en tête de la course à quatre kilomètres de l’arrivée : Ballan, Boonen, Cancellara, Chavanel, Flecha, Gilbert, Hincapie, Langeveld, Leukemans, Nuyens, Scheirlinckx et Thomas.

La machine helvète plante sa dernière banderille, violente, la bannière des trois kilomètres bien en vue. Nick Nuyens aurait pu être une nouvelle fois ce prétendant éconduit, spectateur privilégié des coups qui s’en vont pour de bon. Mais il trouve en ce jour les ressources pour tenir la roue de Sylvain Chavanel, ombre insubmersible du Suisse.

Sur le retour vers Ninove, Cancellara n’en est désormais plus à compter ses coups de pédale. Sa puissance développée tient quasiment à elle seule en respect un groupe de poursuivants affolé et désorganisé. Cette activité profite à ses deux compagnons d’échappée, qui économisent le jus nécessaire pour aborder le sprint final dans les meilleures conditions. C’est la gestion de celui-ci qui va sceller le destin des protagonistes. Les yeux rivés devant, Nuyens utilise la longue accélération du Suisse comme d’un tremplin pour y lancer son démarrage. Trop concentré sur l’arrière d’où Boonen est sorti, Chavanel réagit à contretemps et peine à trouver la bonne trajectoire pour réaliser son effort. Le Français manque l’occasion d’une vie, le Belge lui l’a saisie.

Enfin arrivé au sommet de la hiérarchie, ne fut-ce que pour un jour, Nuyens ne sera plus jamais le même coureur au sortir de la première étape du Paris-Nice 2012. Victime d’une mauvaise chute, il se fracture la hanche droite. Une blessure qui ne cessera de le gêner tout au long de ses dernières années dans le peloton professionnel. Pour ajouter à son infortune, une alerte contractée sur le Tour de Belgique l’oblige à subir une opération cardiaque en juin 2014. Fragilisé physiquement et en manque criant de résultats, son contrat n’est pas renouvelé par l’encadrement de la Garmin-Sharp. C’est sans gloire ni fanfare que l’éphémère roi des Flandres mit un arrêt définitif à sa carrière.

Par Alexandre Bardin (@AlexandreBardin)

Crédit photo : Lieven De Cock

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Re: Nuyens, le champion que l’on n’attendait plus

Messagepar Geraldinho » 04 Avr 2021, 10:09

Top comme d'hab :ok:

Petite coquille néanmoins lorsque tu parles de son transfert chez Cofidis. C'est Kevin De Weert qui l'accompagne en provenance lui aussi de chez Quick Step. Scherlinckx (arrivé en 2004) et Verbrugghe (arrivé en 2006) étaient déjà chez Cofidis à son arrivée.
Tu aurais pu souligné qu'il a formé cette année là (2008), un très beau duo avec sa principale victime du Ronde 2011 : Sylvain Chavanel au sein d'une superbe équipe flandrienne chez Cofidis (Verbrugghe, Scherlinckx, Hoj, Valentin, Minard et De Weert)
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Re: Nuyens, le champion que l’on n’attendait plus

Messagepar Alexandre B. » 04 Avr 2021, 10:29

Merci.

Je me suis focalisé sur Scheirlinckx et Verbrugghe parce qu'ils me semblaient être les deux principaux atouts à ses côtés. Mais tu as raison, l'équipe Cofidis avait de belles cartes à jouer, y compris Chavanel. :ok:
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Re: Nuyens, le champion que l’on n’attendait plus

Messagepar Nathan7945 » 04 Avr 2021, 15:42

Il a réussi à bien jouer tactiquement face à Cancellara et dire que pour la dernière à Ninove on aurait pu avoir Chavanel vainqueur d’un monument, ce qui aurait été la consécration de sa carrière et de ce qu’il a fait chez Quick Step ..

Et dire que dans l’histoire en effet le podium était constitué de 2 Ex-Cofidis de Francis Van Londersele, qui est aussi un grand directeur sportif
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