Écrit le par dans la catégorie Analyses, Coup de bordure.

Terriblement dominatrice il y a peu sur le Tour de France, l’équipe Sky, devenue Ineos aujourd’hui, a bien évolué en quelques années. Le retour de Richie Porte, parti fin 2015, donne l’occasion d’évaluer ce changement.

Six ans après, Richie Porte est de retour dans l’équipe de Dave Brailsford, là où il s’est révélé. Difficile pourtant de dire que l’Australien a signé dans la même équipe en 2021 qu’en 2015. Une équipe qui a changé de nom, Ineos Grenadiers succédant à Sky. Une équipe où Porte ne retrouve que cinq coéquipiers déjà présents en 2015 (Sebastian Henao, Puccio, Rowe, Swift et Thomas). Mais surtout une équipe qui a beaucoup évolué avec le temps.

La fin de l’ère Froome

Parmi les coureurs présents en 2021 comme en 2015, une absence se fait particulièrement remarquer : celle de Christopher Froome. Le Britannique, successeur de Bradley Wiggins, incarnait la réussite du Team Sky. Avec quatre Tours de France, deux Tours d’Espagne et un Tour d’Italie, Froome a tout gagné sur les Grands Tours. Chaque année, le grand objectif de la saison était sa victoire sur le Tour de France, avec une équipe entièrement construite autour de lui. Et, excepté 2014 où il a abandonné avant même d’arriver sur les pavés, cela a été une réussite.

Mais depuis 2018, cette période est révolue. Lancé sur le Giro pour décrocher le dernier Grand Tour qui manquait à son palmarès, Froome a ensuite transmis le flambeau à son ancien lieutenant Geraint Thomas sur le Tour. Avant de s’éclipser brutalement, la faute entre autres à une grave chute sur le Dauphiné 2019.

Sans oublier le bouleversement lié au décès brutal de Nicolas Portal il y a un an. Cerveau tactique de l’équipe, il était de ses grandes victoires. Chris Froome avait pu se rendre compte de son absence durant la folle étape de Formigal sur la Vuelta 2016, avant de l’exiger à ses côtés pour l’emporter l’année suivante.

Moins de domination en course

Sur ces courses par étapes et notamment le Tour de France, le comportement de l’équipe Ineos a également évolué ces dernières années. Le rouleau-compresseur qui lançait en orbite le leader vers l’arrivée au sommet n’est plus aussi efficace qu’avant, si tant est que l’équipe puisse encore effectuer une telle tactique. Car ses adversaires, Jumbo-Visma en tête, peuvent désormais rivaliser voire écraser la formation britannique en reproduisant ses schémas. Les courses de l’été 2020 l’ont bien prouvé.

Le train Sky a fait des émules, au point que l’équipe britannique se retrouve de plus en plus battue sur ce qui faisait sa force

Là aussi, 2018 peut être une année charnière, car passée entre deux eaux. Le Tour a été remporté comme à l’accoutumée, malgré une lutte plus difficile. Mais il a fallu une incroyable offensive solitaire de Christopher Froome pour s’imposer sur le Giro, après avoir souffert en début d’épreuve. 2019 a vu Egan Bernal s’imposer en solitaire sur le Tour de France, sans cette fameuse puissance collective. Puis 2020 a donné lieu à une faillite par le leader sur la Grande Boucle, rattrapée par un Tao Geoghegan Hart impressionnant lors d’un un Giro hors normes.

Il y a quelques semaines, Dave Brailsford résumait cette nouvelle approche en présentant l’équipe 2021 : « Les grands Tours, en 2020, se sont déroulés de façon totalement imprévisible et ont été fantastiques. Les coureurs de l’équipe ont beaucoup apprécié cette façon de courir. » « On veut gagner de façon plaisante, excitante », ajoutait le boss d’Ineos Grenadiers. Reste que lorsqu’ils se retrouvent en position de force, la stratégie du bulldozer est la plus simple et la plus efficace ; le Tour de la Provence vient encore de le montrer.

Une équipe densifiée par le haut

Si la formation britannique a plus souvent été habituée au costume de proie insaisissable que de chasseur, elle a probablement une équipe plus que jamais taillée pour ce nouveau rôle. Cela grâce à un recrutement qui s’est accéléré, tout particulièrement avec l’arrivée d’Ineos comme sponsor-titre. Avec le plus gros budget du World Tour (50 millions d’euros en 2019, plus du double des équipes françaises), Dave Brailsford s’est fait plaisir. Arrivés lors de cette intersaison, Adam Yates, Richie Porte, Daniel Martinez, Laurens De Plus et Tom Pidcock s’ajoutent à une longue liste de leaders potentiels ou d’équipiers très reconnus.

Geoghegan Hart, Moscon et Sivakov sont passés pros chez Sky. Les pépites Bernal et Sosa que tout le monde s’arrachait y ont atterri. Kwiatkowski, Castroviejo, Ganna, Carapaz et Dennis ont été démarchés à la concurrence, sans oublier Landa, Rosa ou De La Cruz, déjà repartis. A défaut de s’arracher les cheveux qu’il n’a plus, Dave Brailsford doit désormais bien réfléchir au moment de répartir ses leaders sur les Grands Tours. Où Ineos sait qu’elle peut désormais gagner partout à la fois.

Premier vainqueur de grand Tour à rejoindre Ineos, Richard Carapaz incarne ce recrutement plus agressif de l’équipe britannique

Seule ombre au tableau, l’équipe britannique se fait un peu moins présente sur les classiques. Au milieu des courses par étapes, Wout Poels avait pourtant décroché le premier Monument avec Liège-Bastogne-Liège en 2016. Plus spécialiste, Michal Kwiatkowski avait suivi en décrochant Milan-San Remo en 2017. Mais depuis, le Polonais s’est englué dans un rôle d’homme à tout faire, Ian Stannard a filé jusqu’à la retraite, l’espoir Gianni Moscon cherche son second souffle et Dylan van Baarle est passé des pavés à la montagne.

Reste que l’équipe Ineos Grenadiers a largement de quoi réussir, et encore bien de quoi surprendre. Dans la continuité, elle s’est déjà bien métamorphosée.

Par Matthieu Sirvent

Photos : Flore Buquet, Awen Le Gall et Vincent Lefèvre
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