Damien Touzé

Écrit le par dans la catégorie Analyses, Coup de bordure.

À une période où les annonces de transfert battent normalement leur plein et où certains coureurs voient la fin de saison approcher d’un bon œil, la tendance est toute inverse en cette année 2020 qui deviendra tristement mémorable et pourrait coûter une place dans le peloton à certains coureurs en fin de contrat. Quels sont ceux qui vont subir les dommages collatéraux de la pandémie ? Philippe Raimbaud, agent de coureur pour R’Sports Conseil, amène certains éclaircissements.

Il n’aura fallu que quelques jours au peloton pour nous faire passer par toutes les émotions suite à l’interminable attente de près de cinq mois après un Paris-Nice écourté. Un Strade Bianche dantesque en guise de reprise, l’admiration pour Remco Evenepoel à Burgos sur des ascensions de pur grimpeur puis au cours d’un effort individuel de 50km en Pologne « à la Merckx », la crainte d’un nouveau drame en Pologne après l’effrayante chute de Jakobsen, le plateau digne d’un Tour de France sur le Tour de l’Ain, le splendide duel entre Alaphilippe et Van Aert à Milan-San Remo avec la dose de panache que l’on aime… La reprise de la saison 2020 après cet arrêt forcé a débuté sur les chapeaux de roue avec des coureurs soucieux de se montrer à leur avantage très vite, surtout quand la fin de contrat pointe le bout de son nez et que personne ne sait de quoi demain sera fait au sein du peloton.

« Tout coureur va vouloir être à bloc tout de suite et tout le temps, mais les résultats des trois mois à venir ne seront pas les seuls facteurs qui permettront de prolonger un contrat ou de trouver un nouvel employeur dans le peloton. Les équipes disposent de nos jours d’un certain nombre de données à l’image des chiffres de puissance qui ne manquent pas… et ne mentent pas. Il est déjà arrivé que des coureurs blessés pour une longue durée soient renouvelés avant des coureurs qui effectuent de belles performances sur le moment », nuance Philippe Raimbaud.

Ce pourquoi des négociations ont continué à avoir lieu sans que les coureurs n’aient de terrain de jeu pour faire leurs preuves : « Des négociations en juillet et des signatures en août, c’est une fausse idée de ce qu’est véritablement notre travail. Les discussions sont continues de nos jours, des équipes se renseignent, essaient de savoir ce qui est envisageable déjà tôt dans la saison. Par décence au vu de la situation qui touche le monde entier, il était inopportun que ces discussions se poursuivent après quelques semaines de pandémie et les prochaines semaines vont être déterminantes pour certains. » La formation AG2R-La Mondiale n’a par exemple pas attendu de nouvelles références des coureurs pour qu’il y ait de l’activité dans son effectif à l’image des arrivées de Van Avermaet, Schär, Dewulf, Van Hoecke et des départs de Bardet, Latour et Geniez.

Jan Bakelants

Arrivé chez Circus-Wanty en janvier pour une saison, Jan Bakelants fait partie de ces coureurs en danger.

Certains profils de coureur seront probablement plus en danger que d’autres : « Un jeune coureur qui a rencontré des difficultés d’adaptation au cours de sa première saison professionnelle et qui devait donner des garanties cette année aura tout intérêt à réaliser des résultats dans ce calendrier remanié par l’UCI. » Mais ils ne seront pas les seuls à prendre le départ des courses avec la boule au ventre.

« Je pense que les stagiaires de cette année ont plutôt été engagés sans promesse et en guise de test pour août 2021. La situation est plus tendue pour les jeunes de 23-24 ans qui se trouvaient dans l’année ou jamais pour faire décoller leur carrière et vont se retrouver dans un contexte qui n’est pas un cadeau. Au lieu de rouler au côté d’un peloton cramé après six mois d’efforts, ils accompagneront 100% de morts de faim qui ne leur laisseront que très peu d’opportunités », explique Philippe Raimbaud.

Un scénario catastrophe existe

Si la saison s’achève sans embûche, les conséquences de la pandémie sur le cyclisme devraient être minimes sur le plan financier, mais l’incertitude règne. Les sponsors en quête de visibilité ont besoin du Tour de France et du retour sur investissement avant d’envisager l’avenir sereinement, ce qui force les équipes à faire preuve de patience également : « Les équipiers sont renouvelés tardivement alors que ce n’est pas le cas habituellement. Face à tant d’incertitudes, des équipes n’engageront pas immédiatement un 28e coureur alors que des partenariats restent à pérenniser pour maintenir un budget stable. D’autre part le cyclisme a montré qu’il était fort. L’UCI a fait preuve d’une grande capacité de réorganisation, une grande équipe a signé avec un grand sponsor (ndlr. AG2R avec Citroën) dans un contexte pourtant compliqué. Si retombées il y a, je pense que ce sera plutôt à moyen-terme. »

Pourtant une épée de Damoclès est suspendue au-dessus de la tête du peloton. « Si malheureusement la saison venait à ne pas s’achever normalement et que les grandes courses médiatisées passaient à la trappe, les retombées pourraient être catastrophiques avec un cercle vicieux fait de perte de visibilité marketing, de perte de contrat de sponsoring et de disparitions d’équipe et donc des places moindres pour les coureurs dans le peloton professionnel », craint Philippe Raimbaud.

Un intense combat et ce même pour les places d’honneur sera donc au programme de chacune des courses au cours des prochains mois et des coureurs seront plus à plaindre que d’autres jusqu’en octobre sans doute, alors que des disparités ont déjà frappé de plein fouet le peloton en terme de garanties salariales ces derniers mois.

Photos : Flore Buquet & Quentin Jeanjacquot

Guillaume Zaracas

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Modérateur: Animateurs cyclisme pro

Re: « Coureur en fin de contrat », un statut difficile à ass

Messagepar Carrefour de l'Arbre » 10 Aoû 2020, 18:31

Pour compléter l'article, voici la liste des coureurs présents dans les équipes françaises cette année et qui se trouvent en fin de contrat :

AG2R La Mondiale (7) :
- Chevrier
- Dillier
- Domont
- Frank
- Jaurégui
- Tanfield
- Vandenbergh

Cofidis, Solutions Crédits (13) :
- Claeys
- J. Hansen
- Lafay
- Lemoine
- Le Turnier
- Maté
- Mathis
- Morin
- Périchon
- Rossetto
- Sabatini
- Touze
- Vermote

Groupama - FDJ (11) :
- Bonnet
- Duchesne
- Frankiny
- Konovalovas
- Ladagnous
- Ludvigsson
- Reichenbach
- Roux
- Sarreau
- Scotson
- Vincent


Arkéa - Samsic (7) :
- Bonnamour
- Declercq
- Jarrier
- Le Roux
- McLay
- Vachon
- Welten

B&B Hotels - Vital Concept (11) :
- Boeckmans
- De Backer
- Garel
- Gautier
- Le Bon
- Lecroq
- Mottier
- Rolland
- Schönberger
- Slagter
- Vichot

NIPPO DELKO One Provence (15) :
- Beppu
- Combaud
- De Rossi
- El Farès
- Fedeli
- Fernandes
- Finetto
- Gonçalves
- Jules
- Minali
- Nakane
- Navardauskas
- Rochas
- Siskevicius
- Trarieux

Total Direct Énergie (10) :
- L. Bonifazio
- Burgaudeau
- Cardis
- Hivert
- Journiaux
- Lightart
- Sellier
- Soupe
- Taaramäe
- Terpstra

Groupama - FDJ continentale (10) :
- Askey*
- Davy
- Debesay*
- Jerman
- Moniquet
- Nonnez*
- Penhoët*
- Petrucci
- Stewart
- Van den Berg
* À confirmer pour ces quatre coureurs

Natura4Ever - Roubaix - Lille Métropole (12) :
- Antomarchi
- Centrone
- De Witte
- Dernies
- Ferasse
- Idjouadiene
- Leroux
- Levasseur
- Leveau
- Masson
- Picoux
- Vermeulen

Saint-Michel - Auber 93 (10) :
- B. Alaphilippe
- Bleier
- Constantin
- Guillonnet
- Hurel
- Louvet
- Maldonado
- Maurelet
- Paillot
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