Écrit le par dans la catégorie Coup de bordure, Culture.

Premier champion cycliste à triompher deux fois du Tour de France, Lucien Petit-Breton a récemment été exhumé dans une biographie mettant à l’honneur sa personnalité atypique. L’homme, figure d’une période intense de bouillonnement de la pratique vélocipédique, vaut certainement le détour.

Le sport cycliste a cette extraordinaire force de suggérer à son endroit la plume de l’écrivain. Le pouvoir d’attraction romanesque de ses sujets présents et passés continue d’œuvrer dans les esprits, plus encore lorsque l’on remonte le fil du temps jusqu’au carrefour du XXe siècle. Petit-Breton, gentleman cycliste s’inscrit dans ce perpétuel mouvement.

Pour son auteur David Guénel, le sujet du livre est aussi bien une affaire de passion que de curiosité : « Je suis passionné de cyclisme depuis gamin, je savais tout juste lire que j’apprenais le palmarès du Tour par cœur, et ce nom de Petit-Breton me titillait un peu. » Alors quand il apprit que, comme lui, le champion cycliste était originaire de la région nantaise, ce titillement devint de plus en plus intense. Le personnage qu’il découvrit fut trop intéressant pour qu’un article raconte tout ce qu’il souhaitait coucher sur le papier. Faute de littérature pertinente sur le sujet, un vide s’est créé. Cet archéologue du cyclisme s’y est engouffré avec gourmandise pour délivrer cette biographie à la fois romancée et factuelle.

Fruit d’un remarquable travail de documentation comprenant notamment des illustrations issues des archives familiales du coureur, l’œuvre nous fait voyager dans la grande époque anarchique du vélo. Pas de gestes barrières pour les passionnés d’alors qui allaient parfois directement se mêler à leurs champions lors des compétitions, sur des courses où le règlement du jour n’était pas forcément celui de la veille et surtout pas celui du lendemain. Le livre propose ainsi des résumés assez fournis des plus grandes épreuves disputées par son protagoniste, dont les scénarios furent souvent rocambolesques et encouragés par les organisateurs, Henri Desgranges figurant sur ce point précis bien en évidence dans le peloton de tête.

 

Il est ici question de Lucien, né « Mazan » dans les registres civils mais « Petit-Breton » sur la route (en passant d’abord par la case « Breton », nom qu’il dut abandonner à son retour en France pour une question d’homonymie avec un autre coureur). Sorte de cycliste masqué avant l’heure, c’est en dissimulant à son père Clément sa participation aux compétitions locales qu’il a pu être en mesure de faire ses gammes dans l’exigeant univers du sport vélocipédique. Après douze années de belle jeunesse passées à Buenos Aires où il mit un point d’honneur à dominer la scène nationale (champion d’Argentine professionnel en 1901), il repartit pour la France avec l’alléchante perspective de se frotter aux meilleurs cyclistes sur les vélodromes franciliens.

Inspiré des exploits de l’icône sportive noire américaine « Major » Taylor, ce pistard de culture et de cœur fit spectaculairement démonstration de ses capacités dans les épreuves d’endurance. Ces exceptionnels talents, dévoilés sur les pistes du monde entier, furent à jamais gravés dans les palmarès et noircis dans les feuilles de journaux. Premier double vainqueur du Tour de France (1907, 1908), recordman de l’heure (1905), lauréat du Milan-San Remo inaugural (1907) ou encore triomphateur du Bol d’Or (1904), le champion franco-argentin fut un véritable monument de résistance sur sa machine.

Adepte de l’offensive sans relâche, le natif de Plessé (Loire-Atlantique) aimait joindre à ses démarrages des hurlements bestiaux, moins pour surprendre ses adversaires que pour les épuiser mentalement. Un comportement étrange dont il sera pourtant coutumier en compétition, ce qui le révéla à la fois très anxieux et sujet aux crises de nerfs.

À son aise dans la société du Paris culturel et mondain, cet éducateur féru de travail technique et matériel fut également le premier consultant du sport cycliste en France. Curieuse et insaisissable, sa personnalité a permis d’éveiller les consciences des profanes sur la pratique vélocipédique et de révolutionner les méthodes d’entraînement de ses pairs.

Disparu comme tant d’autres au milieu de la Grande Guerre à la suite d’un accident de la route qui le vit fauché par le timon d’une charrette, ce champion d’exception a laissé derrière lui une empreinte considérable sur le sport cycliste, allant au-delà du simple palmarès. C’était là le pari du livre.

Petit-Breton, gentleman cycliste, par David Guénel

Éditions Publishroom Factory

275 p.

Par Alexandre Bardin (@AlexandreBardin)

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