Écrit le par dans la catégorie Analyses, Coup de bordure.

Avec l’absence de nombreux favoris dont Chris Froome et Tom Dumoulin, et une équipe Ineos dont les leaders n’ont pas connu une préparation optimale, le Tour de France 2019 s’avère assez incertain quant à son achèvement. Alors plutôt que de parier sur des Bernal, Thomas, Fuglsang ou autres Pinot, nous avons décidé de mettre le focus sur des vainqueurs plus improbables.

Rohan Dennis

Dans le monde des spécialistes du chrono avec des capacités intéressantes dans les cols, il n’y avait guère plus que Rohan Dennis à ne pas avoir effectué sa transition vers les Grands Tours. Dès ses débuts chez les professionnels en 2013, l’Australien avait montré des prédispositions en terminant 8ème du Critérium du Dauphiné, et on s’imaginait alors une évolution à la Bradley Wiggins. Mais ses capacités en montagne n’ont guère évolué pendant quelques années, tandis que le chrono accaparait l’essentiel des efforts de Rohan Dennis. Avec succès, il faut le dire, lui permettant de remporter des étapes et de porter le maillot de leader sur les trois Grands Tours, d’établir un temps le record du monde de l’heure et d’enfin en 2018 devenir champion du monde du contre-la-montre.

En 2018 alors qu’il prenait le maillot rose sur le Giro lors de l’étape de Tel-Aviv, il donna aux médias un objectif sur 4 ans pour achever sa transition vers un coureur de courses par étapes de trois semaines. Un Giro relativement encourageant, terminé à la 16ème place mais qui montrait tout le chemin encore à parcourir. Et alors que son niveau en chrono a fortement reculé en 2019 après son arrivée chez Bahrein (en partie dû au matériel ?), il semble avoir enfin passé un cap sur lors du Tour de Suisse en étant le principal adversaire d’Egan Bernal, et le seul à l’accompagner lors de l’étape reine de Goms alors que lui et son équipe craignaient sa capacité à encaisser l’enchaînement des cols. Au sein d’une équipe Bahrein très solide mais où Vincenzo Nibali arrive sur le Tour en dilettante suite à sa lutte contre Carapaz au Giro, c’est bien lui Rohan Dennis qui pourrait porter les espoirs d’un bon classement général.

Emanuel Buchmann

Emanuel Buchmann, vainqueur du Tour de France 2019, sur la lancée de la très bonne saison des Bora ?

Personne ne parle vraiment d’Emanuel Buchmann. Au sein même de son équipe, les regards sont tournés vers Peter Sagan en quête d’un nombre record de maillots verts. Pourtant à 26 ans l’Allemand de la Bora vient de réaliser un début de saison de très haut niveau, sa plus mauvaise place cette année étant sa 7ème place au Tour de Romandie. On se souvient notamment de son raid solitaire incroyable au Pays-Basque vers Arrate où Ion Izagirre, Jakob Fuglsang et Adam Yates n’ont rien pu faire face à une démonstration pareille. Un exploit que paiera Buchmann dans l’étape du lendemain pour échouer à la 3ème place du podium.

Ce Tour du Pays-Basque donne le ton de ce que Buchmann est désormais capable de faire, et sa manière de courir : offensive. Dans la crainte d’une nouvelle course étouffée par la Ineox, ex-Sky, ce pourrait finalement être lui qui se révélera être l’étincelle attendue. Encore récemment sur le Dauphiné il n’a pas hésité à partir en échappée sur la route de Craponne-sur-Arzon, et après avoir été repris, à résister suffisamment dans le mur final pour rester dans la lutte au général, récompensé par un nouveau podium en World Tour. Avec à ses côtés un Maximilian Schachmann explosif et un Patrik Konrad récent 3ème du Tour de Suisse, la Bora a les cartes pour mettre un sacré bazar.

Wout Poels

Chez Ineos le scénario est finalement trop prévisible. Le doublé annoncé Geraint Thomas – Egan Bernal comprend trop de failles pour s’y laisser prendre. Comment croire que tout va se passer bien pour Geraint Thomas dont le Tour de France 2018 constitue le seul Grand Tour effectué sans aucun problème ? Comment croire que Egan Bernal va à 22 ans venir casser la baraque en étant encore plus précoce que les légendes du cyclisme, plutôt que comme à son habitude se retrouver embarqué dans une chute et un abandon ? Non, la vraie carte cette année chez Sky, le coureur qui a parfaitement respecté son calendrier et arrive dans la plénitude de ses moyens, c’est Wout Poels.

Avant même d’arriver chez Sky, Wout Poels était un des meilleurs grimpeurs du monde. Chez Vacansoleil il rivalisait avec Joaquim Rodriguez dans les repechos espagnols et devançait un Chris Froome à l’Angliru en 2011. Chez Quick Step encore c’est lui qui traînait Rigoberto Uran dans le Zoncolan pour tenter de faire vaciller Nairo Quintana. L’arrivée chez Sky n’a rien changé à ce titre. En revanche, Wout Poels a commencé à progresser sur ce qui lui manquait : la régularité.

En 2016 il remporta sa première (et pour l’instant unique) course par étapes sur la Communauté de Valence. Puis en 2017 son premier top 10 sur un Grand Tour, 6ème sur le Tour d’Espagne. Désormais Wout Poels est une valeur plus sûre, comme le montre encore sa saison 2019 (3ème du Down Under, 3ème du Tour d’Algarve, 7ème de Tirreno, 4ème du Dauphiné). Sa victoire récente à Pipay – Les Sept Laux confirme sa capacité à pouvoir devancer les meilleurs grimpeurs du peloton. Cette année le Sky qui va briser les espoirs de changement, ce n’est pas Egan Bernal. C’est Wout Poels.

Warren Barguil

Warren Barguil le 27 juillet après sa victoire d’étape à Val-Thorens lui permettant de remporter le Tour ?

Imaginez. Warren Barguil fièrement dressé sur les pédales, le maillot bleu-blanc-rouge flottant au vent, distançant irrémédiablement le train Ineos pour aller conquérir sous les hourras de la foule le premier Tour de France pour les Français depuis Bernard Hinault. Si ça fait pas rêver du monde ça !

Le Breton s’est retrouvé depuis le Dauphiné malgré ses multiples chutes, et prend le départ du Tour plein de confiance suite à sa victoire sur le championnat national. Si l’on peut imaginer que son objectif principal sera le maillot à pois, on peut se rappeler que ses exploits en 2017 l’ont malgré tout conduit à finir dans le top 10 à Paris. Alors que Thibaut Pinot et Romain Bardet seront fortement surveillés, Barguil aura une liberté de mouvement beaucoup plus grande, et pourra engranger de nombreuses minutes dans les échappées. De quoi faire encore mieux qu’il y a deux ans ?

Michael Woods

En 2017 nous avions mis Rigoberto Uran dans nos vainqueurs improbables du Tour de France. Ce qui s’était avéré un pari plus que réussi. En 2019, et alors que Rigoberto Uran s’annonce en bonne forme, nous allons malgré tout mettre une pièce sur un autre coureur de l’équipe de Jonathan Vaughters. Non pas Tejay Van Garderen qui amorce une énième résurrection avec son podium sur le Dauphiné, et qui se réjouira de l’absence d’étape décisive les lendemains de journée de repos, mais Michael Woods.

Après Primoz Roglic en 2018, le profil atypique qui va faire le bonheur des journalistes contraints à combler l’antenne pendant les longues heures de juillet sera Michael Woods, ancien recordman du Canada du 3000 mètres, et passé sur le tard dans le cyclisme. Et si en 2018 c’est dans le domaine des classiques que Woods est devenu une des références du peloton avec sa 2ème place à Liège et sa 3ème place au championnat du monde, il lui reste à s’accomplir dans le domaine des courses par étapes.

Sa 7ème place sur le Tour d’Espagne en 2017 est encourageante mais il lui reste un cap à franchir à l’image avant lui d’un Dan Martin dans le même genre de profil. Son Tour de Catalogne et encore plus son Tour de Romandie ont été très solides et laissent espérer de belles choses sur ce Tour de France où il ne sera pas l’homme surveillé dans son équipe et où le sens du collectif chez EF Education First lui laissera l’opportunité de s’exprimer.

Par Johann P.

Crédit photo: Flore Buquet
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Re: 5 vainqueurs improbables du Tour de France 2019

Messagepar bullomaniak » 21 Juil 2019, 21:30

Après Uran en 2017, cette année c'est Buchmann qui sera sur le podium.
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