Écrit le par dans la catégorie Courses, Les forçats de la route.

Sixième et premier Français de Paris-Roubaix 2019, Florian Sénéchal a réalisé à 25 ans sa meilleure performance sur « sa » classique, lui le Nordiste. Coéquipier du vainqueur Philippe Gilbert, le Français a joué un rôle prépondérant dans le succès du Belge. Au point désormais de viser lui aussi un jour un succès dans « l’Enfer du Nord » ? En attendant, Sénéchal raconte son édition 2019 pour LeGruppetto.

« L’équipe avait décidé de ne pas me mettre sur le Tour des Flandres. J’étais déçu, mais tout le monde marchait fort et il fallait faire un choix. Patrick Lefevere m’a dit que j’étais un peu gros et que je ne passerais pas les bosses. Mais pour le savoir, il aurait fallu que je le coure ! ». Ainsi, Florian Sénéchal fut privé du prestigieux monument belge, alors qu’il avait donné des gages de forme intéressants lors de la campagne flandrienne. Notamment en remportant le Samyn, course qui n’était pas prévue à son calendrier et sur laquelle il avait souhaité être aligné. Sans « Ronde » à l’horizon, il était temps de fixer le regard sur ce Paris-Roubaix 2019 : « J’étais bien, j’avais fait un entraînement de 250 kilomètres, dix jours avant Paris-Roubaix, deux fois le circuit Arenberg – Carrefour de l’Arbre. Presque huit heures de vélo. Mentalement, j’étais prêt ! » Prêt à affronter « l’Enfer du Nord ». 

« On voulait que la course soit dure »

Florian Sénéchal a prouvé en 2019 qu’il faudrait compter sur lui pour les prochains Paris-Roubaix.

Après un dernier briefing entre les coureurs, lors duquel Sénéchal renseigne son coéquipier Philippe Gilbert sur les premiers secteurs que le Belge ne connaît pas bien, la course s’élance sous le soleil. Une fois de plus, il ne pleuvra pas et ce seront des flots de flammèches de poussière sèche, balayées par un vent de face et la horde de véhicules, qui accompagneront les coureurs sur la course centenaire. Très vite les attaques fusent sur la route de Roubaix, au plus grand bonheur du coureur nordiste: « J’ai trouvé ça très sympa, ce n’était pas une course d’attente, ça s’est découvert dès le départ, sans temps mort, avec une sélection qui se fait par l’arrière en format rouleau compresseur. Pour moi c’est le Paris-Roubaix qui fut le plus facile en terme de stress et de fatigue ».  

Pour autant, c’est une bataille acharnée qui se livre entre le peloton et les groupes de fuyards qui se succèdent. Personne ne semble vouloir un scénario traditionnel. A ce petit jeu, l’équipe Deceuninck – Quick Step contribue : « personnellement, je devais gérer les échappées. L’idée, c’était que ne ce ne soit pas une course de routine, avec une échappée au long cours. On voulait que la course soit dure ». Cette année, la formation belge, pourtant si puissante collectivement, ne contrôlera pas la course comme à son habitude: « On savait qu’aucune équipe n’allait la maîtriser et on ne le voulait pas non plus. Avec le vent de face, si on avait voulu le faire, on aurait sacrifié deux coureurs dès le départ ». Cette tactique porte alors ses fruits, le peloton aborde les premiers pavés du secteur d’Inchy, déjà bien usé par tant d’efforts consentis à “bouffer” du vent. Le Cambrésien aborde les premières difficultés un peu comme à son habitude, timidement : « sur chaque Paris-Roubaix où j’ai été performant, les premiers secteurs, j’étais pas dedans, moyen, un peu bloqué par le stress de tomber ». Mais les sensations vont en s’améliorant au fil des kilomètres. 

C’est sur le secteur de Quérénaing que la course s’emballe. Les coureurs de Patrick Lefevere accélèrent, conformément à leur plan. Le peloton casse une première fois, avant d’aborder la trouée d’Arenberg et ses milliers de pointes acérées que composent les arêtes saillantes des pavés qui jalonnent cette longue ligne droite. Stijn Vandenbergh, l’ancien de la maison Quick-Step, tente alors une première accélération sans succès, tandis que les coureurs actuels de la Deceuninck laissent désormais faire : « il y avait vent de face et on savait que sur le secteur Marc Madiot, il y aurait du vent de côté et que la course s’y décanterait ». C’est sur ce secteur que Florian Sénéchal place une attaque, puis que Gilbert contre et s’envole vers une victoire pourtant alors bien incertaine, tant il reste de kilomètres à parcourir. Derrière ils sont peu à réagir : « Sagan semblait dans le dur. Il a attaqué avec, entre autres, Lampaert et moi j’ai fait la cassure. Avec Stybar, on n’avait plus qu’à contrôler, on avait fait une course parfaite pour le moment ». Sont alors piégés des coureurs de renom comme Greg Van Avermaet et Oliver Naesen. Des coureurs isolés, sans coéquipiers capables de les aider à boucher un écart qui ne cesse alors de croître pour atteindre la minute.  

 

«Stybar ne m’a rien dit, il m’a laissé sprinter»

Florian Sénéchal, face aux médias à l’arrivée de Paris-Roubaix, où il a été très sollicité en tant que coéquipier de Gilbert et auteur d’une 6e place, lui permettant de finir premier Français.

« Je suis toujours resté concentré, par rapport au vent, ou aux points stratégiques importants. Plus ça allait, plus je voyais les autres piocher, tandis que moi, j’allais bien et je ne sentais pas la fatigue venir. Un peu les courbatures mais la force était toujours là, la concentration également ». Cette concentration qui ne lui fait pas défaut lors de l’attaque de Greg Van Avermaet sur le Carrefour de l’Arbre, juge de paix traditionnel de l’épreuve. Sautant dans sa roue, Florian Sénéchal annihile là la dernière chance, si tant est qu’il en restait une, du champion olympique d’inverser la tendance. La victoire n’échappera pas aux cinq cyclistes en tête. Aux deux coureurs de devant, en fait, car Gilbert prend à nouveau la poudre d’escampette, accompagné de l’Allemand Politt : « j’entendais bien dans l’oreillette que Tom Steels restait calme. C’était bon signe parce que ça voulait dire qu’on avait la course en main. Phil, je savais qu’il était très motivé, qu’il avait bien analysé le parcours et le vent. J’étais assez confiant ». Et c’est plein de cette confiance que le Français pénètre dans le Vélodrome, théâtre du dernier acte de la course que se livre les deux hommes forts de ce Paris-Roubaix. 

Et c’est en témoin privilégié que Sénéchal assiste à la victoire de son coéquipier wallon au terme d’un sprint qui ne laisse aucune chance à son adversaire : « quand je suis arrivé dans le Vélodrome, j’ai vu Philippe, devant moi, lancer le sprint face à Politt. Après une course de 250 km ce n’est plus pareil, le sprint, donc même si Gilbert allait vite, il fallait être vigilant ». Sous un tonnerre d’applaudissements, Philippe Gilbert lève les bras et valide une nouvelle fois, deux ans après avoir remporté de main de maître le Tour des Flandres, l’audacieux pari qu’il fit en rejoignant la Deceuninck – Quick Step pour y jouer les Flandriennes, trois ans auparavant. Derrière, pour les places d’honneur, le travail collectif a fait son temps, place aux ambitions personnelles, sur les quelques mètres séparant les coureurs du second peloton, de l’arrivée : « au Vélodrome, je me suis dit “on va voir”. Stybar ne m’a rien dit, il m’a laissé sprinter et comme ça j’ai pu faire ma place (ndlr : 6e) et gagner le sprint du mon groupe. » Place à une once de regret inavouée, peut-être ? « Là, je me suis dit merde (sic), si on était arrivé pour la victoire, ça aurait peut-être pu le faire. Mais bon il y avait quand même Sagan donc ça n’aurait pas été facile. Mais si on avait rattrapé plusieurs mecs, il y avait peut-être le podium en jeu, ça aurait été différent. Mais ça me donne de la confiance pour la suite, car le sprint ça reste une bonne carte maîtresse quand on arrive dans le final d’une telle course. » 

Place désormais à la suite de la saison qui passera par le Tour d’Italie. Puis viendra le temps des nouvelles ambitions à venir : « l’année prochaine j’espère avoir un rôle différent. Je pense avoir passé un cap cette année avec l’équipe et j’espère pouvoir jouer ma carte personnelle dans les classiques dès l’an prochain. Je l’ai dit à Patrick, que j’avais prouvé ma valeur et que j’aimerais pouvoir ne penser qu’à moi pendant la course. Il m’a dit d’accord… » Ce qui passera donc par un régime minceur : « À condition que je perde encore, deux trois kilos (rires) ». 
 
Propos recueillis par Bertrand Guyot (@bguyot1982pour Le Gruppetto

Crédits photos : Cyrille Tauzin, Ronan Caroff et Matthieu Sirvent
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Re: Florian Sénéchal vous raconte son Paris-Roubaix 2019

Messagepar Gaz » 24 Avr 2019, 08:40

Comme toujours, encore un très bon entretien.
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Re: Florian Sénéchal vous raconte son Paris-Roubaix 2019

Messagepar Cyro » 24 Avr 2019, 08:51

Bien sympa oui :heureux:
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Re: Florian Sénéchal vous raconte son Paris-Roubaix 2019

Messagepar Varkana » 24 Avr 2019, 10:18

Très sympa. hate de le voir leader dans un monument
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Re: Florian Sénéchal vous raconte son Paris-Roubaix 2019

Messagepar paulok6 » 25 Avr 2019, 16:38

S'il doit être leader c'est forcément sur Roubaix.
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