Écrit le par dans la catégorie Coup de bordure, Edito.

C’était l’un des événements les plus attendus de cet hiver, et ce sera certainement l’un des plus suivis du printemps : la Doyenne des classiques délaisse son arrivée en côte à Ans et revient faire la cour à Liège pour une conclusion sur le plat. Un changement bienvenu dans l’espoir de redonner son clinquant à un Monument du cyclisme en mal d’affection.

Liège-Bastogne-Liège redeviendrait-elle Liège-Bastogne-Liège ? C’est, très concrètement, ce qu’a entériné la présentation du parcours de la 105e édition de la deuxième plus ancienne course encore inscrite au calendrier UCI (cet honneur revient à Milan-Turin). Avec une boucle qui part et se conclut dans la Cité ardente, la Doyenne revient à ses temps les plus glorieux. Et ce pour au moins les six prochaines années, dans le cadre d’une convention signée entre la ville de Liège et Amaury Sport Organisation (ASO), qui organise tous les ans la classique ardennaise. Si l’épreuve retrouve sur le papier une ligne de départ et une ligne d’arrivée conforme à son appellation, elle lui reste encore à finaliser le gros-œuvre : redorer le lustre d’une course qui ne fait plus vraiment rêver les foules.

Pour annoncer le nouveau parcours, Christian Prudhomme, directeur du cyclisme au sein d’ASO, s’est présenté au micro de la RTBF avec la formule suivante : « la société évolue et le monde du cyclisme évolue de la même manière.» À travers ces propos, une volonté manifeste : insuffler du charme à une course qui n’en propose plus vraiment. Trop longtemps, ces dernières années, le scénario concocté par les coureurs de la Doyenne a déçu suiveurs et spectateurs. Le sanctuaire de la Redoute, haut lieu des Ardennes, a été dévoyé de sa fonction et de son statut au fil des éditions. L’enchaînement des côtes de Saint-Nicolas et d’Ans qui constituait jusqu’alors le final de la course en est également devenu, de manière toute aussi problématique, son principal cœur de décision. L’inclusion en 2008 de la côte de la Roche-aux-Faucons n’a pas tenu toutes les promesses espérées suite à la remarquable victoire d’Andy Schleck l’année suivante, tandis que l’expérimentation de la côte de la Rue Naniot dans le final de l’édition 2016 a davantage contribué à cadenasser la course qu’à l’ouvrir.

Le peloton des favoris, dans la côte de la Redoute en 2018.

Ce constat d’une épreuve qui peine à décoller jusqu’à son terme, Christian Prudhomme l’établit sans détour, toujours auprès de la RTBF : « ces dernières années, sur Liège-Bastogne-Liège, quelle que soit la qualité des vainqueurs, on était un peu déçu par le scénario trop lancinant, et ça se décidait au tout dernier moment. » Si la liste des derniers vainqueurs rappelle à chacun que Liège-Bastogne-Liège est un Monument estimé comme tel, rares sont les éditions restées dans les mémoires des suiveurs. L’image populaire de la Doyenne s’accommode mal d’un peloton fourni, se lançant sur les difficiles rampes de Saint-Nicolas comme s’il abordait le Poggio di Sanremo. Sur les vingt dernières années, seuls les succès de Frank Vandenbroucke en 1999, d’Andy Schleck en 2009 et de Philippe Gilbert en 2011 demeurent ainsi dans la grande histoire de l’épreuve. Une rareté sur les Monuments récents que lui dispute seulement l’apparition de la pluie sur Paris-Roubaix.

Devant cet état de fait, ASO s’est retroussé les manches pour faire bouger les choses. Récemment située au milieu d’une avenue sans attrait d’une zone industrielle quelconque, la ligne d’arrivée a donc été déménagée au cœur de Liège, sur les bords de Meuse. Les derniers kilomètres ont été considérablement adoucis pour chatouiller les jambes des puncheurs et faire les yeux doux aux finisseurs les plus robustes. En ouvrant ainsi l’éventail des postulants à la victoire, l’organisateur espère inciter les plus aisés dans les côtes à se dévoiler plus loin de l’arrivée – à l’image du revirement couronné de succès opéré deux ans plus tôt sur le parcours de l’Amstel Gold Race. Délaissée depuis quelques éditions, la trilogie Wanne – Stockeu – Haute-Levée marque une réapparition bienvenue pour durcir la mi-course, même si nous aurions aimé encore davantage de côtes répertoriées pour jouer les essoreuses avant la dernière partie, celle censée livrer les leaders à eux-mêmes et à la vérité du jour.

Pour relancer la course et enrayer la timidité des stratégies d’équipe, ASO fonde ainsi beaucoup d’espoirs sur une nouvelle trilogie de difficultés situées entre 40 et 15 kilomètres de l’arrivée, qui constitue le nouveau final de l’épreuve : la côte de la Redoute, la côte des Forges et la côte de la Roche-aux-Faucons avant de plonger sur Liège. On saluera particulièrement ici le retour de la Redoute à un emplacement plus à même de peser sur la dynamique de course. Cependant, nous n’oublierons pas d’émettre une réserve sur l’utilisation de la très relevée Roche-aux-Faucons comme ultime obstacle qui pourrait, justement, mettre certains coureurs sur la réserve au moment d’aborder l’enchaînement décisif. Cette trilogie de côtes semble néanmoins cocher toutes les cases de ce qui fait l’attrait de ce sport : la ferveur, l’histoire et un terrain de jeu inhospitalier. Gage aux coureurs d’en faire bon usage, pour redonner à cette vénérable course un charme qui fait qu’on ne la quitte plus des yeux.

 

Par Alexandre Bardin (@AlexandreBardin)

 

Crédit Photo : Jean Housen 
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Re: Liège-Bastogne-Liège : retrouver l'ardeur

Messagepar gosso » 28 Jan 2019, 19:31

Excellente première contribution ;)
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Re: Liège-Bastogne-Liège : retrouver l'ardeur

Messagepar Alexandre B. » 28 Jan 2019, 19:53

J'en profite pour poster le profil.

On sait jamais, ça peut aider. :mrgreen:
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Alexandre B.
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Re: Liège-Bastogne-Liège : retrouver l'ardeur

Messagepar mazinho93 » 29 Jan 2019, 21:51

comme je l ai déjà affirmé je suis un peu déçu, aso ne va pas assez loin , j aurais préféré un final redoute forges comme en 1991

https://lasterketaburua.files.wordpress ... storia.png

sur ce parcours la redoute était situé à 26 km de l arrivée , véritable juge de paix pour moi la redoute risque d être désamorcé par la roche aux faucons..

autre erreur l approche de la redoute, le maquisard ne sert a rien, personnellement j aurais aimé un changement plus radical avec après stockeu une option sud via trois ponts les hezalles, thier de coo ? lorce , et niaster ....je trouve la haute levée et le rosier surcote...


autre enchaînement qui mériterait d être revu celui de 1992 avec une pentalogie :
wanne-hezalles-aisomont-stockeu-haute levée

https://lasterketaburua.files.wordpress ... storia.png
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