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À 22 ans, Valentin Madouas, néo-professionnel au sein de l’équipe Groupama-FDJ n’a pas fait de complexe. Avec une victoire sur Paris-Bourges, neuf top 10 en ligne, notamment sur Paris-Tours (5e) ou à Plouay (8e), celui qui poursuit toujours ses études en parallèle, a impressionné. Retour sur une première année réussie.

« Je suis encore en mode découverte »

Comment s’est déroulée votre intégration au sein de la Groupama-FDJ ?

Ça s’est très bien passé. Le fait d’avoir pu courir en tant que stagiaire l’année précédente, ça m’avait permis de connaître quelques coureurs et de m’intégrer plus facilement au groupe. C’était bien de pouvoir connaître le fonctionnement de l’équipe pour être opérationnel plus rapidement. Après, ça s’est fait un peu tout seul, avec les stages et les courses, on a commencé à bien se connaître.

Vous appréhendiez cette étape ?

Non, je n’avais pas de crainte là-dessus parce que je suis dans une équipe qui forme et qui recrute beaucoup de jeunes. J’ai bien travaillé cet hiver pour être en forme au plus vite, car je voulais savoir si c’était vraiment l’équipe, si c’était vraiment le sport que je voulais faire et l’équipe m’a vraiment aidé sur ce point. Si j’ai passé un cap, c’est en partie grâce à elle.

De quels coureurs vous êtes-vous rapproché, cette saison ?

J’ai toujours été très proche de David Gaudu, car on a beaucoup couru ensemble depuis qu’on est tout petit. Il a été, au début, un bon point d’appui qui m’a permis de m’intégrer plus facilement. Sinon, j’ai beaucoup été en chambre avec des coureurs comme Bruno Armirail ou Benoît Vaugrenard.

Quels coureurs de la Groupama-FDJ vous ont le plus impressionné ?

Forcément, les leaders de l’équipe comme Thibaut Pinot ou Arnaud Demare. Courir avec eux, c’est quand même impressionnant, ce sont des grands champions et on apprend beaucoup à leurs côtés, en observant la manière de les voir courir lors de leurs grands objectifs .

Et dans le peloton ?

Valverde. Il est vraiment atypique comme coureur, il arrive à être performant du début à la fin de saison et conserve toujours le même poids de forme. Impressionnant.

Leur niveau vous apparaissait-il inatteignable ?

Au début de l’année, je me le suis dit, en effet. Mais au fur et à mesure de la saison, je me suis mis à performer sur des courses en World Tour, à un niveau mondial et la fin d’année m’a donné de très bonnes perspectives pour l’avenir. J’espère pouvoir jouer le plus vite possible dans la cour des grands.

Avec le départ d’Arthur Vichot, lequel a un profil qui semble assez similaire au vôtre, pensez-vous qu’il y a une place à prendre ?

Une place à prendre, oui, car dans ce genre de courses, l’équipe n’a pas de grands leaders. En plus, ce sont des courses que j’apprécie. Pour autant, moi, je serai là pour l’équipe et je remplirai le rôle qu’on me demandera. Si je dois rouler pour Anthony (Roux) ou pour David (Gaudu) je le ferai. Je suis encore en mode découverte, avec l’envie de performer, mais encore en recherche de mieux définir mon profil, afin de voir quel genre de courses peut me convenir.

« Je ne ressens pas de stress au départ des courses, mais de l’excitation »

Avant d’arriver chez les professionnels, Valentin Madouas s’était fait connaître en devenant champion de France amateurs en 2016.

 

Vous avez découvert le World Tour et ses scénarios parfois attentistes. N’avez vous aucun regret, lorsque vous repensez à vos années en amateur ?

Non, aucune nostalgie. J’ai pris beaucoup de plaisir à courir dans mes équipes en amateur,  mais ce milieu, pour moi, c’est plus un milieu de copains et de rigolade, tandis que le milieu professionnel et le World Tour, c’est une toute autre ambiance. Pouvoir être acteur dans le final de ce genre de courses, c’est tout aussi bien que de courir en amateur, c’est tout aussi amusant. Il faut juste s’adapter.

C’est important pour vous, de vous “amuser” ? C’est un mot qui ressort beaucoup dans vos propos en interview.

C’est vraiment important pour moi. J’aime bien m’entraîner et j’adore mon sport, m’amuser avec des amis tout en trouvant un bon compromis avec la performance. J’ai gardé le même caractère, je ne ressens pas de stress au départ des courses, mais de l’excitation. J’ai toujours pris le vélo pour de l’amusement et ça ne changera pas.

D’un point de vue sportif, vous avez remporté votre première course professionnelle à Bourges. Pensiez-vous le faire dès cette année ?

Je ne dirais pas que ça a été une surprise, car c’était l’un de mes objectifs personnels, c’était quelque chose que j’espérais en début de saison. Au fur à mesure de la saison, j’ai eu des opportunités, mais malheureusement, je n’y suis pas arrivé. Pourtant, à Paris-Bourges, c’était une course plutôt typée pour sprinteur et même si c’est vrai qu’au départ j’espère toujours gagner, l’emporter a été une vraie surprise.  C’est sûr que ma fin de saison m’a donné des ambitions à la hausse pour la saison prochaine.

Avez-vous connu, dans cette saison riche, des périodes de galères ?

Je suis tombé malade avant les Ardennaises, sur la Flèche et à Liège. J’étais vraiment en souffrance. J’ai aussi galéré lors des Championnats du Monde, je n’ai pas trop compris pourquoi ça n’allait pas ce jour-là, j’étais vraiment dans une très mauvaise journée. C’est d’autant plus étrange que 5 jours avant, ça allait super bien et 5 jours après je remporte ma première course. J’ai pourtant fait tout ce qu’il fallait en terme de nutrition et d’entraînement mais voilà, c’était un jour sans.

« Je pense qu’un profil sortira d’ici quelques années »

Valentin Madouas, ici à l’œuvre lors de la sa première course professionnelle, au Grand Prix de la Marseille, qu’il a terminé en 7e position.

 

Avez-vous désormais une idée assez précise de votre potentiel et des courses que vous aimeriez cibler plus tard ?

Non je n’ai pas encore de profil clairement identifié. En plus, je n’ai pas pu faire toutes les courses présentant des profils différents. Un moment dans la saison, je me suis plus vu comme un puncheur-grimpeur, mais ma fin de saison, à Plouay ou à Paris-Tours, qui sont plus des courses d’un jour, m’ont plu également. On verra bien, je pense qu’un profil sortira d’ici quelques années quand j’aurais pris un peu plus de force et je ne me mets pas de pression, je prends les courses comme elles viennent. Même si leur profil ne me correspond pas forcément.

On vous a vu à l’aise sur les pavés de Cassel, cette année. Dans un registre un peu différent, les Flandriennes peuvent-elles vous tenter ?

Un jour je serai au départ de ces courses ; D’ici deux à trois ans, sans doute. J’y ferai un tour pour voir comment ça se passe car bien sûr, elles me tentent, tellement elles sont atypiques. Mais il faut sans doute y aller vraiment, pour pouvoir voir si on peut y performer ou pas.

Quel sera votre programme pour la saison prochaine ?

Pour l’instant rien n’est défini, je ne sais même pas encore si je serai au départ d’un Grand Tour. Mon programme risque tout de même de se rapprocher de celui effectué en 2018, avec des courses françaises essentiellement, mais peut-être un peu plus de courses World Tour derrière pour continuer ma formation.

Du fait de vos bons résultats vous allez être plus attendu l’année prochaine par les amateurs de cyclisme. Ressentez-vous cette attente positivement, ou cela vous met-il la pression ?

C’est un petit peu un mélange des deux. Ça me flatte car on fait du sport aussi pour être heureux et donc, le fait d’avoir des regards positifs sur soi, c’est vraiment super. En revanche j’essaie aussi de faire mon chemin de mon côté sans trop non plus regarder les critiques positives ou négatives car j’essaie de rester concentré sur ma saison.

Où en êtes-vous au niveau des études ?

J’ai doublé ma quatrième année avec cette année-là et celle à venir. En ce moment, je suis en stage. Je l’ai commencé le lendemain de ma course à Paris-Tours, dans un laboratoire de Rennes, spécialisé dans la recherche dans le milieu sportif. J’y resterai jusqu’à fin janvier, jusqu’au début des cours. Et après, on verra avec l’école pour le reste de l’année, notamment pour valider mon année d’école d’ingénieur. il me restera alors un an que je doublerai sans doute encore une fois.

Ce n’est pas trop dur, d’enchaîner stage et cours, après une saison sportive ?

Si, au début c’était un peu dur. C’est forcément différent que de ne rien faire pendant cette période, mais j’aime bien. Peut-être qu’à la fin de mes études je continuerais à faire des formations sur quelques mois pour faire passer le temps parce que ça ne me dérange pas forcément d’être en cours pendant cette période. L’année dernière à la même période je n’ai pu faire que du vélo, mais dans ces périodes où on est en coupure, le fait de pouvoir faire autre chose, c’est pour moi un équilibre.

 

Propos recueillis par Bertrand Guyot (@bguyot1982) pour Le Gruppetto

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Re: Valentin Madouas : « J'ai toujours pris le vélo pour de

Messagepar Max1304 » 18 Déc 2018, 22:12

Très sympa cet interview :ok:
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Re: Valentin Madouas : « J'ai toujours pris le vélo pour de

Messagepar Warren Barguil » 18 Déc 2018, 23:04

Max1304 a écrit:Très sympa cet interview :ok:

Je confirme :up
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Re: Valentin Madouas : « J'ai toujours pris le vélo pour de

Messagepar thor_husvod » 18 Déc 2018, 23:42

Valentin :love:

Ca a l'air d'être un mec sympa. :love:
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Re: Valentin Madouas : « J'ai toujours pris le vélo pour de

Messagepar Gaz » 19 Déc 2018, 09:32

Merci Mania.

J'ai beaucoup aimé les dernières questions, sur la gestion des études en parallèle du sport. Ca change un peu des questions uniquement centrées sur le sport.

edit : par contre, je trouve dommage de ne plus poser la question sur une anecdote sur le Gruppetto (gruppetto peloton, pas nous).
Modifié en dernier par Gaz le 19 Déc 2018, 16:25, modifié 1 fois.
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Re: Valentin Madouas : « J'ai toujours pris le vélo pour de

Messagepar rthomazo » 19 Déc 2018, 15:11

Encore une excellente interview de ta part Mania :ok:
Et ce mec a l'air vraiment sympa.
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Re: Valentin Madouas : « J'ai toujours pris le vélo pour de

Messagepar cat4g » 19 Déc 2018, 21:26

Super, merci :up
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