Écrit le par dans la catégorie Analyses, Coup de bordure.

La période des flandriennes est déjà bel et bien entamée, mais deux monuments restent au programme et font saliver tous les passionnés de la Petite Reine. Place au Tour des Flandres ce dimanche : son histoire, son palmarès et son parcours suscitent l’admiration de tous… car ce n’est pas une classique comme les autres. L’équipe Wanty-Groupe Gobert en a fait l’expérience depuis plusieurs saisons et revient pour son cinquième Ronde avec la volonté de se présenter à nouveau dans le top 20.

Le Tour des Flandres sera sans aucun doute l’animation sportive de ce week-end pascal. Déjà centenaire, le Ronde est un mythe à lui seul, fort d’une histoire unique avec ses éditions durant la seconde guerre mondiale et son émulation intacte depuis plus d’un siècle. « Le Ronde, c’est l’apogée de la saison de courses pavées. L’atmosphère, le nombre de personnes massées tout au long des routes, l’ensemble des monts pavés sur son parcours et son histoire en font un jour singulier », insiste Yoann Offredo, impatient d’en découdre.

Cette admiration des coureurs peut pourtant paraître incompréhensible tant ils terminent la course sur les rotules, parfois meurtris dans leur chair, le visage méconnaissable sous une couche de poussière ou de boue masquant à peine la fatigue extrême avec laquelle ils franchissent la ligne d’arrivée. « Dès mes premières flandriennes en tant que néo-pro, j’ai su que ce type de course me plairait, que c’était en adéquation avec mon tempérament. Quand on est au départ du Tour des Flandres, on sait qu’on va souffrir et qu’une simple chute peut nous faire perdre six mois de préparation… C’est ce qui ajoute une dimension mythique et mystique à la course. On le termine avec le sentiment de l’avoir fait, mais aussi, souvent, avec la déception d’avoir commis l’une ou l’autre erreur. Au fil des saisons, on apprend à aimer la souffrance », dévoile-t-il à cœur ouvert.

Le Français, blessé suite à une chute massive sur l’E3, ne voulait pour rien au monde manquer ce Ronde 2018 et compte mordre sur sa chique pendant plus de 250km : « J’ai une entorse des ligaments internes de la cheville et donc de fortes douleurs. Quelqu’un qui n’est pas coureur cycliste devrait se reposer 15 jours, mais je ne veux pas renoncer à des mois de préparation. L’adrénaline du Ronde peut me transcender au-delà de la douleur. Je serai bel et bien au départ avec l’envier d’être acteur de la course et de donner le meilleur de moi-même. »

PEU DE COUREURS PEUVENT PRÉTENDRE À LA VICTOIRE

La victoire sur les classiques flamandes, est réservée à une petite caste de coureurs.

Ce terrain de jeu pour une partie du peloton est la hantise des grimpeurs par exemple. « Les pavés nécessitent un système musculaire particulier. Il va de soi que la morphologie d’un coureur a une influence directe sur les profils de courses qui vont lui convenir. Les coureurs à même de remporter un monument pavé sont généralement proches des 80kg, bien qu’un Nibali, au vu de son talent et ses capacités physiques, serait à mon sens capable de le faire également malgré sa constitution différente », nous précise Joost de Maeseneer, médecin de la formation wallonne, qui souligne le chemin du combattant réalisé par le peloton sur ces classiques : « Paris-Roubaix reste la course la plus dure de la saison. C’est comme une guerre. On ne se rend pas compte de l’impact physique qu’elle peut avoir sur les coureurs. Certains l’achèvent avec de micro-traumatismes musculaires. »

Quick-Step domine largement les débats actuellement sur les pavés et au sein de ses frontières. En dix épreuves sur les routes belges, la formation de Patrick Lefevere a signé sept succès… avec six vainqueurs différents. Mais le Ronde est une course à part. Avec son enchaînement de monts pavés et ses 266,5km, elle semble prédestinée à un coureur expérimenté.

« La meilleure préparation pour un Tour des Flandres, ce sont les années d’expérience. Il est rare d’y faire une performance dès sa première saison, tant cette course demande d’en connaître les moindres difficultés, de gérer parfaitement ses efforts et d’être arrivé à maturité physique et psychologique. Pozzato en est la preuve. La connaissance du terrain et de son corps lui ont permis d’y réaliser de belles performances malgré un potentiel physique en diminution (ndlr. 8e en 2017). J’étais déçu après ma 14e place la saison dernière, car je réalisais la course parfaite jusqu’au Paterberg, mais l’euphorie d’être dans le bon coup avec Sagan et Van Avermaet a mené à une erreur qui coûte cher sur une course aussi longue… Je ne me suis plus alimenté et j’en ai payé le prix », détaille Offredo, critique face à ce qui reste la meilleure performance de sa carrière sur la « Vlaanderens Mooiste » (la plus belle des classiques flamandes).

Chaque saison, des coureurs perdent l’illusion d’une victoire avant même les moments décisifs de la course, car chaque mont est un point stratégique du Ronde où tout peut basculer. « Le placement est primordial, car les équipes font le forcing pour être en tête, ne pas imposer une vitesse excessive dans les monts afin de pousser les coureurs à mettre pied à terre. Une fois au sommet, elles accélèrent nettement et c’est ainsi qu’on peut rapidement se retrouver avec des écarts de deux minutes. Dans les derniers secteurs, la donne est différente. On est à bout de force, les jambes pleines de toxine et de lactate, les mains et les épaules souffrantes. Il faut être capable de remettre du braquet à la sortie des monts tout en économisant ses dernières ressources », partage-t-il de son expérience.

UN MATÉRIEL ADAPTÉ DANS LES MOINDRES DÉTAILS

Yoann Offredo, en arrière-plan, en compagnie de ses coéquipiers de la Wanty au matin de Kuurne-Bruxelles-Kuurne.

Cet amour porté par une partie du peloton pour le Tour des Flandres mène à un perfectionnisme extrême en matière de réglages du vélo. « Les coureurs sont plus pointilleux en matière de pression des boyaux que sur les autres courses. Nous veillons aussi à ce que les réglages du dérailleur soient parfaits afin de limiter les risques de sauts de chaîne », relate Yves Lessens, mécanicien de Wanty-Groupe Gobert.

Et d’ajouter au sujet des spécificités des vélos utilisés sur les courses pavées : « On évitera évidemment les cadres destinés aux sprints ou aux classiques pour puncheurs. Sur les pavés, on doit limiter la rigidité du vélo et tendre vers un cadre plus souple qui absorbera les chocs et permettra une meilleure maniabilité du vélo. Les flancs des boyaux sont renforcés pour une meilleure accroche et certains coureurs demandent une seconde guidoline ou un gel sous la couche de guidoline. »

Dernier paramètre et pas des moindres : la météo. Plusieurs éditions ont été marquées par leurs conditions météorologiques exécrables synonymes de spectacle pour le téléspectateur… et de course interminable pour le peloton. « Plus la course approche, plus nous sommes accrochés aux applications de prévisions météorologiques afin de régler notre alimentation et notre approche de la course. Dans le froid, on a les mains tellement gelées que mettre la main à la poche pour s’alimenter peut être compliqué. Heureusement, nous devrions bénéficier d’un temps sec ce dimanche », concluait Yoann Offredo.

Par Guillaume Zaracas

 

Crédit Photo : Flore Buquet

 

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Modérateur: Animateurs cyclisme pro

Re: Yoann Offredo : « On apprend à aimer la souffrance »

Messagepar Mania » 01 Avr 2018, 11:44

Top, il a toujours un discours toujours super intéressant, Offredo ! Bel article, merci !
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Mania
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Re: Yoann Offredo : « On apprend à aimer la souffrance »

Messagepar Kornrat » 01 Avr 2018, 12:06

On sent qu'Offredo est vraiment passionné et c'est un plaisir de le lire.
Sinon vraiment top cet article ! Ça montre bien la difficulté et le tout le charme des flandriennes.
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Kornrat
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Re: Yoann Offredo : « On apprend à aimer la souffrance »

Messagepar Warren Barguil » 02 Avr 2018, 12:40

Offredo :love: Sympa cet article :ok:
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Warren Barguil
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Re: Yoann Offredo : « On apprend à aimer la souffrance »

Messagepar Tyler » 03 Avr 2018, 15:19

Passionnant cet article, ça se lit tout seul et j'adore le style ;)
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