Écrit le par dans la catégorie Cyclo-Cross, Edito, Hors-catégorie.

Les planches ont-elles encore une utilité en cyclocross ? On peut se poser la question tant elles semblent désormais utilisées pour créer un passage spectaculaire à l’attention du public plutôt qu’un réel obstacle destiné à faire descendre les coureurs du vélo.

Dans le règlement UCI est précisé qu’un parcours de cyclocross doit comporter six obstacles artificiels au maximum, une section de planches étant compris comme un de ces obstacles.

La définition d’un obstacle en cyclocross est très floue : «On entend par obstacle toute portion de parcours où les coureurs sont sensés (mais pas obligés) descendre de leur bicyclette.». Autant dire que ça peut être n’importe quoi : une butte, des escaliers, un tronc d’arbre, une fosse, … à la libre imagination des organisateurs et l’approbation des arbitres. Au point que l’UCI a également dû imposer une norme pour les bacs à sable artificiels (plats, entre 40 et 80 mètres, soit la longueur maximale pour tout obstacle). Dès lors, pourquoi les planches sont-elles un obstacle aussi récurrent ? Et plus encore, l’obstacle le plus instinctivement associé au cyclocross ?

Revenons aux origines. Le premier « cross cyclo pédestre » a été créé par Géo Lefèvre dans l’idée qu’en temps de guerre, les cyclistes pourraient avoir à faire des trajets sans avoir la possibilité de passer par des grandes routes, tout en devant parcourir un trajet le plus rapidement possible. C’est au départ presque plus une discipline de course à pied que de vélo, avec des obstacles naturels (barrière, rivière, colline, etc). Puis avec l’institutionnalisation de ce sport après-guerre et notamment le premier championnat du monde en 1950 (remporté par Jean Robic), on instaure des courses en circuit, des obstacles artificiels, des durées de course fixes…

Seulement jusque dans les années 1980, la course à pied garde une place prépondérante dans les courses, bien plus qu’aujourd’hui où elle sert davantage à casser le rythme. Mais dans les années 1980-1990 le cyclocross se transforme pour devenir ce qu’il est aujourd’hui. La Suisse qui était la Nation dominante se retire au profit du VTT et les Belges font de ce sport une spécialité locale. Les circuits deviennent de plus en plus rapide, jusqu’à presque ressembler à des courses sur routes ; quelques exemples de cette période subsistent aujourd’hui comme le circuit de Pontchâteau (où d’ailleurs les planches sont excellemment placées).

Dans ce contexte les planches deviennent un obstacle essentiel. Sur des tracés hyper rapides les obstacles artificiels comme les escaliers ou les planches deviennent nécessaires pour conserver l’esprit du cyclocross où le cycliste doit alterner course à pied et pédalage. Mais sur des parcours où le rythme est très élevé et la course à pied peu présente, il est d’autant moins facile de se résoudre à perdre du temps à descendre de sa machine quand on peut sauter sur son vélo. La démocratisation actuelle de la technique du bunny up issue du VTT et une standardisation des planches a largement conduit à la perte d’importance de cet obstacle.

Thalita de Jong (Pays-Bas, n°23), Sophie de Boer (Pays-Bas, n°22) et Christine Majerus (Luxembourg, n°20), franchissant ici toutes les trois les planches à pied.

Désormais on installe généralement les planches dans une grande ligne droite où les coureurs ont largement le temps de préparer leur saut et d’arriver avec de l’élan. Voire, cas extrême, on installe des planches réduites pour les féminines pour qu’elles aussi puissent les sauter comme cette année sur le cyclocross de Boom. Alors que pourtant les féminines progressent d’année en année sur l’exercice et que certaines filles savent les passer sur le vélo comme Pauline Ferrand-Prévot, Jolanda Neff ou Ellen Noble. Cela montre surtout que l’obstacle n’est est plus un, c’est un simple outil de spectacle comme peuvent l’être les virages relevé au Cross Vegas ou la série de bosses à Ruddervoorde.

Certains organisateurs ont même délaissé les planches au profit de nouveaux obstacles. Sur le DVV Trofee les planches ont été remplacées par des pneus installés sur une bosse, qui peuvent aussi se passer à vélo mais dont le geste est moins habituel et donc plus souvent raté, et surtout beaucoup moins dangereux en cas de chute. Car à vouloir contraindre tout le monde à passer à vélo on en oublie la fonction première des planches – descendre de machine – et surtout leur dangerosité en cas de mauvais geste. Le cycliste qui passe la tête la première en ratant son saut est une image courante et peu agréable alors que l’obstacle a perdu de son intérêt.

On ne dit pas que les planches doivent disparaître. Des exemples de planches bien utilisées et où la majorité des coureurs mettent pied à terre existent encore comme sur le récent championnat d’Europe à Tabor où, placées en montées, elles étaient beaucoup plus difficiles à passer sur le vélo. Mais leur utilisation récurrente est de plus en plus contestable dans la mesure où elles ne servent généralement plus qu’à faire de jolies images au mépris de la sécurité des coureurs. Encore dernièrement elles ont causée la chute de Michaël Vanthourenhout et Wout Van Aert sur le GP Sven Nys (avec pour les deux, la crainte d’une blessure importante) alors que le circuit très boueux suffisait largement à déterminer le classement. D’autres obstacles sont tout aussi intéressants (bac à sable, troncs) en étant moins dangereux.

Surtout que les planches sont de moins en moins en adéquation avec l’évolution actuelle du cyclocross où les circuits se font de plus en plus difficile et où l’on essaie de remettre de vraies portions de courses à pied et pas de simples portages. Elles restent utiles sur des circuits peu accidentés avec peu de portions sélectives. Mais pas plus qu’un autre type d’obstacle. Voire moins selon leur utilisation. Aux organisateurs de trouver de nouveaux moyens intéressants d’agrémenter leurs parcours comme l’a fait Erwin Vervecken sur le DVV Trofee avec son idée de pneus. Et de remettre des planches quand ça a du sens et dans l’optique de faire descendre les coureurs de vélo.

Par Bullomaniak.

crédit photo : Flore Buquet, Ronan Caroff
 
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