Écrit le par dans la catégorie Analyses, Coup de bordure.

Préambule : il s’agit d’une sélection arbitraire concernant des progressions ou régressions assez impressionnantes sur l’année 2015. Ne sont concernés que des coureurs du Top 100 au CQ Ranking, qu’ils y aient accédé cette année, où qu’ils en soient sortis. Tous les résultats et calculs de points sont effectués à partir de ce classement si particulier.

Partie 2 : Les régressions

 

Marcel Kittel

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Marcel Kittel a connu une saison blanche, il essaiera de se relancer l’an prochain chez Etixx.

2014 : Team Giant – Shimano | 31ème au CQ | 1051 points | 13 victoires
2015 : Team Giant – Alpecin | 431ème au CQ | 164 points | 1 victoire
-400 places, -887 points, -12 victoires

En 2014, Marcel Kittel est le meilleur sprinteur du monde. Fort de quatre victoires sur le Tour de France, dont la prestigieuse étape des Champs-Elysées, Marcel Kittel est devenu le patron des arrivées massives. Sur le Giro il a également été intouchable, remportant deux étapes sur les trois auxquelles il a participé, la dernière étant un contre-la-montre par équipes. Le reste de sa saison est loin d’être aussi remarquable, mais avec quelques victoires supplémentaires (Dubaï Tour, Tour de Grande-Bretagne, grand Prix de l’Escaut), c’est un des plus gros scoreurs de la saison. On lui annonce le leadership du sprint pour un bon bout de temps, la concurrence que représente André Greipel ou Mark Cavendish semblant sur le déclin.
En 2015, il part sur les bases de sa saison 2014. Il remporte à nouveau le critérium du Tour Down Under, la People’s Choice Classic, avant d’être de nouveau inexistant sur la course par étapes. Mais au Tour du Qatar, Marcel Kittel ne parvient pas à s’exprimer, et termine la course dans l’anonymat. On apprend vite que le coureur allemand souffre d’un virus, qui va l’écarter de la compétition jusqu’au Tour du Yorkshire, en mai, qu’il va pourtant abandonner dès la première étape. Une encourageante 6ème place sur le Rund um Köln le relance un temps dans l’optique du Tour, mais fin juin, sur le Ster ZLM Toer, et alors que André Greipel remporte le général, il ne parvient pas à prendre part au moindre sprint. Très logiquement, il n’est pas sélectionné pour le Tour de France, Giant préférant axer son équipe sur sa valeur sûre de la saison, John Degenkolb, ce que Marcel Kittel prend très mal. La fin de saison ne confirmera en aucun cas la légitimité des plaintes du coureur : une seule victoire du lors du Tour de Pologne, clairement pas de quoi inquiéter le patron du sprint en 2015, André Greipel. Pour Marcel Kittel, cette non-sélection sur le Tour de France a clairement été vécue comme une trahison, et Giant trouve avec Warren Barguil et surtout avec Tom Dumoulin, de nouveaux intérêts hors du sprint. Fin 2015, Marcel Kittel et Giant-Alpecin annoncent une rupture de contrat, avant que le coureur ne s’engage avec la formation Etixx-Quick Step de Patrick Lefevère, poussé par le nouveau sponsor allemand Lidl. Il a alors l’espoir de retrouver la voie de la victoire et une équipe prêt à le soutenir, continuant à affirmer que personne ne sait ce qu’il aurait pu se passer sur le Tour, même si on peut assez logiquement s’en douter. Ce qui est certain, c’est qu’il a soif de revanche, et que son équipe compte sur lui. Il a ainsi été le mannequin utilisé pour présenter le maillot 2016 de la formation belge, un signal fort.


 

Dan Martin

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Daniel Martin aura manqué de réussite en 2015.

2014 : Garmin – Sharp | 30ème au CQ | 1076 points | 2 victoires
2015 : Team Cannondale – Garmin | 90ème au CQ | 526 points | 0 victoire
– 60 places, – 550 points, – 2 victoires

En 2014, Dan Martin passe tout prêt d’un exploit : remporter Liège-Bastogne-Liège et Tour de Lombardie dans la même saison. La faute à une chute, sinon malheureuse, assez incompréhensible dans le dernier virage de la Doyenne alors que la victoire lui tendait les bras. A côté de ça, il avait enfin confirmé une capacité à jouer le général dans un Grand Tour avec une 7ème place sur une Vuelta de très bon niveau. Bref, Dan Martin était clairement une référence du peloton international, et un coureur majeur dans le monde des classiques, alors même qu’il avait été particulièrement gêné par les chutes, comme celle collective de la Garmin lors de la première étape du Giro. On pouvait donc s’attendre à ce que, moins malchanceux, il puisse performer de manière encore plus impressionnante cette année.
En soi, sa saison 2015 n’a rien de déshonorant. Mais tous ses objectifs auront été raté. Deux chutes l’écartent de ses deux premiers objectifs, la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège, le poussant à l’abandon. Puis vient le Tour de France. Une très convaincante 7ème place au Critérium du Dauphiné semble augurer un très bon mois de juillet, d’autant que le parcours ne présente que 13 km de contre-la-montre. Mais dès les premiers mètres de la Pierre Saint Martin, Dan Martin est distancé. Une victoire d’étape aurait pu rattraper le coup mais il avait démarré extrêmement mal placé en bas du mur de Huy, et butte sur deux coureurs intouchables : Vuillermoz à Mur de Bretagne et Majka à Cauteret. On pense alors le voir se relancer sur le Tour d’Espagne, et de nouvelles places d’honneurs dans les premières étapes semble aller dans cette voie, mais une nouvelle chute l’écarte de la course. Sur le Tour de Lombardie, il est inexistant. Une saison solide dans l’ensemble, mais décevante pour un coureur de sa trempe, avec bien trop de chutes aux moments importants, et un clair manque de réussite.

Tejay Van Garderen

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Van Garderen peut nourrir des regrets vis-à-vis de sa saison.

2014 : BMC Racing Team | 20ème au CQ | 1183 points | 4 victoires
2015 : BMC Racing Team | 68ème au CQ | 622 points | 1 victoire
– 48 places, – 561 points, – 3 victoires

2014 est une très bonne année pour Tejay van Garderen : de nombreux accessits sur les courses par étapes d’une semaine, et la confirmation que sa cinquième place du Tour 2012 n’était pas un one-shot, puisqu’il la réédite, seulement écarté de la course au podium par une défaillance dans le Port de Balès. Ses principales victoires lui viennent alors du Tour du Colorado, qu’il remporte avec facilité devant l’expérimenté Tom Danielson, mais il avait également fini sur le podium du Tour de Catalogne, glanant au passage une victoire d’étape.
Le cas de Tejay Van Garderen en 2015 est intéressant dans ce qu’il montre qu’il ne faut finalement pas grand chose pour réussir ou rater sa saison. Son objectif annoncé, un podium sur le Tour, semblait en très bonne voie après deux semaines de course, avant qu’il ne tombe malade lors de la deuxième journée de repos et soit contraint à l’abandon le lendemain alors qu’il occupait la 3ème place provisoire. Sur le Critérium du Dauphiné, c’est lui qui mène la course, jusqu’à ce qu’une dernière étape incroyablement mal tracée offre la victoire à Chris Froome. Du coup, sa saison s’achève sur une unique victoire au Tour de Catalogne (et de multiples victoires dans des chronos par équipes). Et vraiment, Tejay Van Garderen n’est pas passé loin de remporter le Critérium du Dauphiné avant de finir sur le podium du Tour. Comme quoi entre une excellente saison et une saison ratée, il n’y a parfois qu’un peu de réussite. Sur le plan physique, Van Garderen n’a pas déçu, à l’exception d’une Vuelta qu’il n’était vraisemblablement pas motivé à disputer, et on le reverra sans aucun doute l’an prochain.


Jean-Christophe Péraud

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Après une cuvée 2014 extraordinaire, le cru 2015 a été moins bon pour Péraud.

2014 : Ag2r La Mondiale | 16ème au CQ | 1312 points | 2 victoires
2015 : Ag2r La Mondiale | 246ème au CQ | 281 points | 2 victoires
– 230 places, – 1031 points

Si son titre de vélo d’or français 2014 a été très fortement contesté, il est aisé de comprendre pourquoi il lui a été attribué : 2ème du Tour, 3ème du Tour du Pays Basque, 4ème de Tirreno-Adriatico, vainqueur du Critérium international, une saison extrêmement solide et de très haut niveau. Un des rares à pouvoir suivre Nibali dans les cols du Tour. Le sommet probable de sa carrière, et sans doute la saison la plus aboutie pour un français sur route au XXIème siècle.
Forcément, on n’attendait pas forcément que Peraud réédite une aussi belle saison. Mais excepté une résurrection miraculeuse sur les pentes de l’Ospédale pour aller remporter le Critérium international, Jean-Christophe Peraud aura été bien discret sur l’ensemble de la saison. Hors du Critérium international, seulement 4 tops 10 dans la saison : aux Boucles de l’Aune, sur une étape du Tour du Trentin, sur le prologue du Tour de l’Ain et le chrono du Tour du Poitou-Charentes. Autant dire rien pour un des meilleurs coureurs de courses par étapes de 2014. Il est vrai qu’on se souvient de sa chute sur le Tour de France, qui l’a laissé complètement écorché et a forcément joué de manière importante sur ses performances, mais ne nous leurrons pas : avant celle-ci, Péraud était très en retrait parmi les favoris, et rien ne semblait laisser penser qu’il allait pouvoir renverser la tendance par la suite. La pression de son équipe pour aller faire le Tour de France, quand Peraud ne réclamait que de faire le Giro, n’aura clairement pas arrangé les choses. Au moins sa saison ratée lui permettra bien plus de libertés dans son calendrier en 2016, pour ce qui constituera sa dernière saison chez les pros, Romain Bardet pouvant désormais assumer seul les responsabilités de son équipe sur le Tour. Péraud s’est notamment fixé comme objectif de disputer le Giro. Une dernier exploit est-il possible ? Chris Horner a bien remporté la Vuelta à 41 ans…

Simon Gerrans

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Simon Gerrans a vécu une année 2015 difficile, marquée entre autres par les blessures.

2014 : Orica – GreenEDGE | 7ème au CQ | 1736 points | 6 victoires
2015 : Orica – GreenEDGE | 282ème au CQ | 244 points | 0 victoire
– 265 places, – 1492 points

Simon Gerrans aura été un des coureurs phares de la saison 2014. Un très bon début de saison avec une victoire sur son championnat national et le Tour Down Under, puis une victoire assez improbable sur Liège-Bastogne-Liège, fortement aidé par une passivité surprenante du peloton, et enfin une énorme fin de saison, avec un doublé inédit sur les classiques canadiennes et un statut de favori aux championnats du monde de Ponferrada, buttant seulement sur un Michal Kwiatkowski brisant les schémas de course attendus.
2015 commençait mal : une chute à l’entraînement, en VTT, peu avant Noël, le privait du début de saison. A Liège-Bastogne-Liège, nouvelle chute. Puis, sur le Tour de France, il est impliqué dans la chute massive lors de l’étape du mur de Huy. Sa saison s’achève néanmoins sur une bonne performance, avec une sixième place aux mondiaux, mais entachée d’une polémique avec Michael Matthews qui l’accuse de ne pas avoir joué le jeu d’équipe et roulé pour lui dans le final. Il faut dire que malgré des places d’honneurs ci et là, Gerrans entre ses chutes aura été plus à l’œuvre en tant qu’équipier, souvent pour Michael Matthwes comme sur le Giro, qu’en tant que leader, n’ayant jamais pu retrouver une forme suffisante pour s’exprimer. L’année 2016 sera peut-être celle de son retour, mais où il devra composer avec les forces montantes de son équipe : Caleb Ewan, Michael Matthews et les jumeaux Yates.

Par Johann & Médéric

Crédit Photo : Georges Ménager via Flickr.fr / Bryn Lennon & Doug Pensinger via GettyImages.fr / Rob Schleiffert via Wikimédia Commons
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