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Préambule : il s’agit d’une sélection arbitraire concernant des progressions ou régressions assez impressionnantes sur l’année 2015. Ne sont concernés que des coureurs du Top 100 au CQ Ranking, qu’ils y aient accédé cette année, où qu’ils en soient sortis. Tous les résultats et calculs de points sont effectués à partir de ce classement si particulier.

Partie 2 : Les régressions

Tony Martin

Tony Martin

La domination de Tony Martin sur les chronos a t-elle pris fin en 2015 ?

2014 : Omega Pharma – Quick Step Cycling Team | 17ème au CQ | 1253 points | 10 victoires
2015 : Etixx – Quick Step | 66ème au CQ | 624 points | 5 victoires
-49 places, -629 points, -5 victoires

L’année 2014 de Tony Martin avait connu un seul accroc. Mais il était de taille. A Ponferrada, l’allemand avait vu Bradley Wiggins endosser la tunique arc en ciel de champion du monde de contre-la-montre. Cette défaite était un crime de lèse-majesté, Tony Martin étant alors le triple champion du monde en titre de la spécialité, en passe d’égaler Fabian Cancellara au sommet de la hierarchie du chrono mondial. Mais il avait buté sur un Wiggins enfin remotivé après sa victoire sur le Tour de France 2012, et qui voyait là l’un de ses derniers grands objectifs sur route. 26 secondes les avaient séparé. 26 secondes de trop, qui allaient priver l’allemand de son maillot irisé pour la première fois depuis aout 2011. Néanmoins, même en dépit de cet échec, la saison du Panzerwagen était réussie, comme d’habitude. Tony Martin est alors un monstre de régularité, cette contre-performance finale ne doit pas cacher les 10 succès qu’il a accumulé en 2014. Parmi les non-sprinteurs, il est le deuxième coureur ayant le plus gagné cette année là derrière Valverde, et pas n’importe où : les chronos de la Vuelta, du Tour de France, du Tour de Suisse, du Tour du Pays Basque, du Tour de Belgique, ainsi que son championnat national tombent dans son escarcelle. Tony Martin est une machine que rien ne peut enrayer. Mais l’image marquante de sa saison, c’est sa démonstration sur la 9ème étape du Tour de France, entre Gerardmer et Mulhouse. Tony Martin part en échappée, attaque avec De Marchi avant de lâcher son collègue italien, et résiste pendant 150 km aux 20 coureurs qui forment le groupe de poursuivants. Il terminera cette étape avec 2’45 d’avance. Sans aucun doute l’un des exploits de l’année. Martin est alors physiquement l’un des monstres du peloton, et sa spécialité particulière de rouleur constitue une assurance tous risques sur ses résultats.
Pourtant, 2015 ne va pas du tout se passer comme il l’espérait, du moins en partie. Trois chronos gagnés cette année simplement, dont un seul en World Tour (celui du Tour de Romandie). Il est dominé successivement par Malori, Castroviejo, Dumoulin, Porte ou Kwiatkowski. Mais surtout, cet annus horibillis pour Martin en chrono, est symbolisé par deux échecs majeurs. D’abord sur le prologue du Tour de France. Après 3 ans sans chrono d’ouverture, Tony Martin a l’a l’opportunité d’aller chercher le premier maillot jaune de sa carrière. Il n’en aura pas l’occasion, surclassé par un Rohan Dennis stratosphérique ce jour-là. Pour l’allemand, c’est une déchirure terrible. Plus parlant encore, même si moins médiatisé, son échec sur les championnats du monde de Richmond, où il ne termine que 7ème. Quand on sait que Coppel a alors décroché le bronze, on se dit qu’il y avait la place pour obtenir au moins une médaille… Mais non, l’allemand aura échoué une deuxième fois d’affilée à égaler Cancellara. Une saison bel et bien ratée sur les chronos, et c’est dommage, car à côté Martin avait fait le travail. Un travail d’équipier toujours aussi reconnu par ses coéquipiers. Mais surtout, il avait su se relever de sa défaillance du chrono inaugural du Tour de France, pour signer une victoire d’étape magnifique, pleine de culot, dans les pavés du Nord et s’emparer du maillot jaune. Mais une chute deux jours plus tard est venu tout gâcher. Clavicule gauche fracturée, c’était l’abandon, alors que Tony Martin aurait pu s’imposer comme une figure majeure du Tour de France 2015 en gardant son maillot jusqu’à la Pierre Saint-Martin. Le symbole d’une année inaboutie pour le Panzerwagen. Tout n’était pas à jeter, mais il aurait pu faire tellement mieux…

Arnaud Démare

Arnaud Démare

A l’image de son Tour de France, la saison 2015 du beauvaisien ne fut pas à la hauteur de ses espérances.

2014 : FDJ.fr | 11ème au CQ | 1501 points | 15 victoires
2015 : FDJ | 117ème au CQ | 464 points | 2 victoires
-106 places, -1047 points, -13 victoires

Fin 2014, Arnaud Démare est heureux. Ça y est, il est débarrassé de l’encombrant Nacer Bouhanni. Ses performances ont rassuré Marc Madiot, et celui-ci n’a pas fait le forcing pour tenter de conserver absolument le sprinteur vosgien, qui a préféré signer chez Cofidis pour avoir une équipe à son service. Démare est désormais le leader de la FDJ sur les sprints et sur les classiques flandriennes. Il faut dire qu’avec ce qu’il a montré, il y a de bonnes raisons à ce qu’on lui confie ces responsabilités. Le picard vient de signer 15 victoires en 2014. Seul Greipel a fait mieux cette année là (16 victoires pour l’allemand). Aucun français n’avait gagné autant au XXIème siècle, ce qui permet de mesurer la portée de ce qu’a réalisé Démare. Les plus sceptiques disaient alors qu’aucune de ses victoires n’avait été acquise en World Tour et que son Tour de France était plutôt médiocre (2 podiums d’étapes seulement). Mais il faut souligner qu’à l’exception du Tour de France, Démare n’avait que très peu couru en World Tour cette saison-là, et qu’il avait prouvé dés sa première saison professionnelle grâce à sa victoire sur la Vatenfall Cyclassics sa capacité à gagner à l’échelon supérieur. Et puis, tout de même, sur Gent-Wevelgem, Démare est passé à trois fois rien de l’emporter face à John Degenkolb. Un tel succès aurait fait taire toutes les critiques possibles. En tout cas, c’est cette performance qui l’avait installé durablement leader dans l’esprit de son manager.
Mais voilà, l’hiver passé, le retour fut brutal pour Démare. Deux victoires, obtenues sur le Tour de Belgique face à Tom Boonen, seulement cette année. Ce chiffre illustre à lui seul les grandes difficultés qu’a éprouvé Démare en 2015. Bien sûr, son programme était beaucoup plus orienté vers le World Tour que l’an passé : Tour de France, classiques flandriennes, Paris-Nice, Tour de Suisse, Eneco Tour, Canadiennes et Championnats du Monde. Bien sûr, beaucoup de ces courses constituaient des apprentissages pour un coureur qui n’a eu ses 24 ans qu’en août dernier. On n’apprend pas à courir les flandriennes en particulier en une seule saison. Bien sûr, Arnaud Démare a été très malchanceux, entre chute sur Milan-San Remo ou crevaisons récurrentes sur les classiques pavées. Bien sûr, la FDJ n’est pas l’équipe la plus solide du World Tour en ce qui concerne les équipiers dont il dispose, et le leadership doit être partagé avec Thibaut Pinot. Néanmoins, cela ne suffit pas à expliquer une saison aussi médiocre quand on a autant performé la saison précédente. Un Tour de France extrêmement compliqué, seulement ponctué par trois top 10, certainement pas à la hauteur de ses espérances auxquels s’ajoutent à peine deux podiums en World Tour, tout cela est bien trop insuffisant pour Démare, qui avait commencé la saison avec le maillot tricolore sur les épaules.
Néanmoins, on se prend quand même à espérer un renouveau pour 2016, car Démare est encore très jeune. On se dit qu’il ne pourra pas avoir rationnellement autant de malchance qu’en 2015, que les crevaisons notamment vont enfin s’arrêter, et qu’il ne peut pas faire pire.

Tom Van Asbroeck

Tom Van Asbroeck

La première saison de Van Asbroeck en World Tour fut difficile !

2014 : Topsport Vlaanderen – Baloise | 29ème au CQ | 1086 points | 2 victoires
2015 : Team LottoNL – Jumbo | 171ème au CQ | 357 points | 0 victoire
-142 places, -729 points, -2 victoires

Tom Van Asbroeck en 2014, c’était la success story annuelle de l’équipe Topsport Vlaaanderen (ce rôle fut ainsi tenu cette année par Edward Theuns). L’équipe flamande a un don pour chaque année révéler un coureur sur l’échelon continental, et ce fut Van Asbroeck. Des accessits à la pelle, du début à la fin de la saison, et une immense régularité qui lui aura permis de faire le plein de points au CQ Ranking. Car s’il ne comptait en 2014 que deux victoires, Tom Van Asbroeck y a accumulé 17 podiums, et 41 Top 10, le tout sur des courses de niveau .1 ou HC. C’est peu dire que sa saison a été réussie. C’était même franchement inespéré pour un coureur qui n’était que 254ème au CQ la saison précédente. L’aboutissement logique, c’était la signature d’un contrat de deux ans avec la formation LottoNL – Jumbo, ex Belkin.
On savait qu’avec un calendrier beaucoup plus axé sur le World Tour, ainsi qu’avec son profil de routier-sprinteur, Tom Van Asbroeck ne pourrait pas autant performer en 2015 qu’en 2014. Mais là, la chute a quand même été importante. Car la saison de Van Asbroeck a été à l’image de celle de sa formation : médiocre. En fait, s’il a encore une fois eu de bons résultats dans les courses « typiques » du calendrier continental (4ème à Kuurne et sur Halle-Ingooigem, 2ème au Prix de Putte, 3ème sur Binche-Chimay-Binche), ce furent véritablement là ses seuls résultats vraiment probants. Il n’a ainsi signé qu’un seul podium en World Tour cette saison, sur une étape du Tour de Pologne. On peut l’expliquer en mentionnant que le passage de l’échelon Conti-Pro vers le World Tour est toujours compliqué, et qu’un coureur comme Fabio Felline, globalement du même registre que Van Asbroeck, a mis une année entière à le digérer. Peut être était-ce physiquement trop dur pour le belge. Mais dans cette optique, nul doute que cette première saison dans la cour des grands, avec en point d’orgue une participation sur la Vuelta qu’il a d’ailleurs terminé, lui donnera la caisse pour faire une bien meilleure saison 2016. Si c’est le cas, alors la Lotto-Jumbo n’aura pas à s’en plaindre…

Luka Mezgec

Luka Mezgec

Malgré un Kittel absent lui laissant de la place, Mezgec n’a pas eu le niveau escompté en 2015.

2014 : Team Giant-Shimano | 71ème au CQ | 606 points | 3 victoires
2015 : Team Giant-Alpecin | 440ème au CQ | 161 points | 1 victoire
-369 places, -505 points, -2 victoires

En 2014, le Slovène a fait des courses d’une semaine du circuit de l’élite mondiale son terrain de jeu de prédilection. Seulement placé sur les sprints de l’ENECO Tour (2ème) et le Tour de Pologne (2ème puis 3ème) et vainqueur sur le défunt Tour de Pekin, c’est en Catalogne qu’il a pris une autre dimension. Il était alors difficile pour lui de se mettre en évidence au sein de la formation néerlandaise Giant qui compte dans ses rangs deux des sprinters les plus en réussite, Kittel et Degenkolb. Aucun des deux allemands n’est pourtant au départ de l’épreuve catalane et Mezgec a les coudées franches. Un rôle de leader qu’il assume parfaitement en se montrant dominateur lors des emballages finaux. Il engrange ainsi trois victoires d’étape qui confirment un succès une semaine plus tôt sur la Handzame Classic et qui lancent parfaitement sa saison. Mais le momentum de celle-ci se tiendra deux mois plus tard sur les routes italiennes. Équipier de Kittel en début du Giro, il participe aux deux succès du sprinter allemand, alors au top de sa forme, avant de voir son leader abandonner avant même le début de la quatrième étape. Reprenant le flambeau du sprint chez la Giant, il se met une première fois en évidence en prenant la troisième place de l’étape de Foligno qui voit l’équilibriste Bouhanni être le plus agile au cours d’un final rendu glissant par la pluie. A Trieste, deux semaines plus tard, le Français ne pourra rien et c’est bien Mezgec qui clôturera victorieusement cette édition 2014 du Tour d’Italie.

C’est donc avec un nouveau statut au sein de sa formation que Mezgec aborde l’année 2015. Avec un programme de courses tout à fait comparable à celui de l’année précédente, il avait toutes les cartes en main pour confirmer voire améliorer sa position dans la hiérarchie du sprint mondial. Malheureusement pour lui, il traversera tel un fantôme ses deux objectifs de début de saison, Tirreno-Adriatico et le Tour de Catalogne, là où il avait tant brillé, une année auparavant. Leader de la Giant sur le Giro, il ne peut faire mieux qu’une troisième place à Lugano alors que le plateau de sprinters semblait moins relevé qu’en 2014. Après un autre podium sur le Dauphiné, le Slovène est victime de la réussite inattendue de son coéquipier Dumoulin sur la Vuelta, à laquelle il participe. Occupée à défendre les chances de son jeune leader hollandais, sa formation abandonne toute ambition pour les sprints et il passera totalement inaperçu sur son deuxième grand tour de l’année. Au final, Mezgec n’aura levé les bras qu’à une seule reprise en 2015, sur le Tour du haut-Var, en début de saison. Une année qu’il tachera d’oublier sous les couleurs de l’équipe Australienne Orica, qu’il a rejoint cet été.

Carlos Betancur

Carlos Betancur

Betancur est une énigme, arrivera t-il à relancer sa carrière chez Movistar ?

2014 : Ag2r La Mondiale | 67ème au CQ | 616 points | 5 victoires
2015 : Ag2r La Mondiale | 463ème au CQ | 149 points | 0 victoire
-396 places, -467 points, -5 victoires

La présence de Carlos Betancur dans cette sélection démontre à quel point le début de son année 2014 était exceptionnel. Car l’année dernière du Colombien n’est en rien une surprise et apparaît plus comme la continuité d’un second semestre 2014 catastrophique. La descente aux enfers, sportivement parlant, de Betancur débute pourtant juste après le succès le plus retentissant de sa carrière lorsqu’il assomme Paris-Nice. Ce succès associé à celui acquis précédemment sur le Tour du Haut-Var lui permettra de rester parmi les 70 meilleurs cyclistes de cette saison-là. Fort du niveau entrevu sur la Course au Soleil il devient alors très attendu sur les routes du Tour de France. Plombé par le mal du pays, il ne reviendra pas en France à temps et ne prendra pourtant pas le départ de la grande Boucle. Il devient même la risée des suiveurs pour son retour en Europe alors qu’il affiche un poids qui semble bien au-delà de son poids de forme. Ses supporters ont néanmoins pu reprendre espoir lors du Giro 2015. Après avoir écumé les routes européennes en queue de peloton lors du début de saison pour retrouver la condition, le coureur d’Ag2r arrive à se mettre en évidence au sein des baroudeurs qui ferrailleront pendant trois semaines à l’avant de la course. Tenir tête aux Kruijswijk, Visconti et autres Zakarin avec en point d’orgue sa deuxième place obtenue sur les routes menant à Imola derrière le Russe, pouvait annoncer son retour au premier plan. L’épreuve italienne restera pourtant la dernière de sa saison. « Difficile à gérer » malgré son grand talent, on ne reverra plus le Colombien sous les couleurs de la formation française qu’il a quitté cet hiver pour rejoindre la Movistar et son compatriote Quintana.

Par la rédaction du Gruppetto

Crédit Photo : Maxime Lafage / Georges Ménager & Ciclismo Vavel via Flickr.fr / Jérémy Gunther via Wikimédia Commons
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Modérateur: Animateurs cyclisme pro

Re: Les progressions/régressions de l’année 2015 ; Partie 2

Messagepar Médé33 » 05 Jan 2016, 19:02

Joliment complété.
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