Écrit le par dans la catégorie Les forçats de la route, Portraits.

A la découverte des talents Erythréens, nous partons maintenant en direction de Natnael Berhane. Agé de seulement 23 ans, Berhane s’inscrit déjà comme une valeur sûre du peloton cycliste international. Comment en est-il arrivé là ? Retour sur une carrière déjà bien riche …

Débuts africains

Comme beaucoup, c’est sur son tour national que Berhane s’est fait remarqué. En 2009, alors encore junior, il se met en évidence en loupant de peu plusieurs victoires d’étapes. Il termine même 3ème de la dernière étape, disputée au sprint.

Le Tour d’Erythrée changeant de date au calendrier, il passe de décembre à mai. Quelques mois après, on le retrouve donc au départ. Et alors qu’il avait terminé 7ème, mais loin de Bereket Yemane , vainqueur en 2009, en 2010 il s’impose sans soucis, après notamment une impressionnante victoire en solitaire lors de la 2ème étape, avec 3’44 d’avance sur son plus proche poursuivant ! Si la course n’avait pas un plateau impressionnant, il se plaçait néanmoins en tête du peloton national.

Quelques mois plus tard, pour ses premiers championnats d’Afrique, il rentre dans le Top 10, pendant que ses leaders réalisent un doublé. L’équipe nationale enchaine sur le Tour du Rwanda. Et il tient crânement tête à Daniel Teklehaimanot, terminant dans son sillage, à seulement 56″ de ce coureur déjà reconnu en Europe (il était stagiaire chez Cervelo).

Arrivée au centre mondial du cyclisme

Ses bonnes performances ont donc tapé dans l’oeil des recruteurs du CMC, et il rejoint Aigle en 2011. C’est sous les couleurs de sa sélection nationale qu’il débute la saison, sur la Tropicale Amissa Bongo. Face aux professionnels européens il tint son rang, et remporta même la dernière étape, alignant Jérôme Pineau au sprint dans un petit groupe.

Il découvre ensuite le peloton européen, à travers la Nations Cup espoir. Il participe au Tour des Flandres Espoirs, puis à la Côte Picarde et s’aligne au Canada, sur la Coupe des Nations Saguenay, où il termine 21ème.

De retour en Afrique, il mène l’équipe Erythréenne sur le Tour d’Algérie qu’il termine 3ème, tout en remportant une étape, réglant le rapide Adil Jelloul au sprint, puis sur le Circuit d’Alger.

De retour en Europe, il participe à plusieurs courses françaises : le Tour d’Alsace, la Mi Août Bretonne puis le Tour de l’Avenir. On le remarque plutôt sur les sprints où il termine dans le Top 15.

Il participe ensuite en fin de saison aux championnats du monde espoirs, qu’il termine dans le peloton, mais surtout aux championnats d’Afrique, qu’il remporte ! En prime il fait parti de l’équipe championne en CLM par équipe.

En 2012 il continue au CMC, et rejoint Vendée U, mais reprend aussi en Afrique, en Algérie. Cette fois ci il s’impose sur le Tour d’Algérie, où évoluaient certaines équipes européennes (Tableware, Rietumu, …).

Il retrouve la Nations Cup avec un peu plus d’expérience, et commence à performer. Sur le Tour des Flandres il accroche le rythme du peloton et termine 16ème, alors que sur la Toscana Terra di Ciclismo, il termine 3ème de la dernière étape et 13ème au général. Au Canada il participe à deux sprints et accroche le Top 10.

Bien qu’hors Coupe des Nations, le Giro della Valle d’Aosta est une épreuve clé chez les espoirs. Berhane ne brillera pas en montagne, mais lors du chrono sur le Col de Bassachaux il termine 6ème. Mais c’est encore au sprint qu’il se distinguera sur la Mi Août Bretonne, avec deux Top 5 d’étape. Enfin il termine 18ème du Tour de l’Avenir, avant de réaliser le même doublé que l’année précédente aux championnats d’Afrique.

Europcar, un nouveau souffle dans sa carrière

Jean-René Bernaudeau décide alors de l’embaucher et de lui donner sa chance chez les pros. Première course, comme il se doit, la Tropicale Amissa Bongo. Il ne s’illustrera guère, mais terminera 13ème tout de même.  Puis direction les Baléares, où il accroche le rythme du peloton sur le Trofeo Palma, avant d’être en difficulté sur les autres épreuves.

Ayant du mal à se faire à la météo française, ses résultats ne seront pas extraordinaires sur les courses d’un jour de début de saison, bien qu’offensif dans le final du Tour du Finistère.

Puis arriva la consécration, lors du Tour de Turquie. Sur la terrible ascension d’Elmali, il s’impose, dominant notamment Kevin Seeldrayers ou Darwin Atapuma. Mais lors de l’ascension de Selcuk, il est mis en difficulté par le turc Mustafa Sayar … qui était dopé à l’EPO.  La veille déjà il s’était fait une frayeur lors de l’étape de Bodrum. Dans un final animé, il a crevé … mais trop timide, il n’a pas osé avertir ses équipiers. Il dut faire l’effort seul pour rentrer … bien que défait à l’arrivée du Tour, il obtint sur tapis vert la victoire après le déclassement du Turc. Premier grand succès Erythréen en Europe, pour un coureur qui ne s’était alors pas distingué pour ses capacités de grimpeur.

Quelques mois plus tard, il était au départ du Dauphiné, sa première course World Tour. Une expérience décevante, qu’il n’achèvera pas. On aurait pu l’espérer voir briller sur les épreuves comme la Route du Sud, le Tour d’Alsace ou le Tour de l’Ain, mais il n’en fut rien non plus. Il participera à diverses courses d’un jour, comme le Tour du Doubs ou le GP de Wallonie, qu’il achèvera autour de la trentième place.

De retour en Afrique il a remporté le championnat d’Afrique du CLM par équipe, mais fut transparent sur la course en ligne.

Sa fin de saison fut donc décevante … mais c’est sur de bonnes bases que 2014 commença, avec une victoire, la première d’un africain, au classement général de la Tropicale Amissa Bongo. On l’attendait comme leader et favoris sur le Tour de Langkawi, mais finalement ce fut une nouvelle déception, et il ne termine que 19ème au général, bien loin des vainqueurs.

Aligné en World Tour, il ne se démarqua nullement sur le Tour de Catalogne et le Tour du Pays Basque … il faut attendre le Tour du Finistère pour le voir aux avant-postes, terminant 5ème du sprint pour la victoire. On le pense alors prêt pour les ardennaises, mais celles-ci seront une nouvelle déception… de retour au pays, il s’adjuge le titre national contre-la-montre, sur un parcours vallonné, lui donnant un avantage sur Teklehaimanot.

De retour en Europe, il est aligné sur le Dauphiné, mais déçoit encore … il n’est donc pas sélectionné pour le Tour de France, et il faudra attendre fin juillet pour le voir de nouveau rouler. Sa fin de saison sera un long calvaire, conclu dans l’anonymat le plus total. Il participe à la Vuelta, mais fut transparent en montagne.

MTN, second souffle ?

L’aventure Europcar s’arrête là … Il rejoint MTN – Qhubeka. L’équipe sud-africaine a pour but de développer le cyclisme africain, et possède déjà en son sein Teklehaimanot et Kudus, les deux autres grands talents de l’Erythrée. L’occasion d’un nouveau départ ? Pour son début de saison, il accrochera de nouveau le titre africain contre-la-montre par équipe, en compagnie de ses néo-équipiers de MTN et de Mekseb Debesay. De plus, il termine 6ème de l’épreuve en ligne, au milieu des autres professionnels.

Natnael Berhane est donc une énigme … initialement en Afrique il était plus reconnu pour sa vitesse de pointe que pour ses capacités de grimpeurs. Mais la première était insuffisante pour briller en Europe, c’est en montagne qu’il réalisa LA perf’ de sa carrière… qui attend aujourd’hui confirmation. Berhane s’imposera-t-il comme grimpeur, ou au moins équipier important dans ce domaine ? Ou deviendra-t-il un domestique polyvalent ? Possède-t-il aujourd’hui les qualités d’un grand ? Il est encore très jeune, et assurément il a montré de très belles performances. Le Tour de Turquie et son climat assez particulier ont peut-être permis à Berhane d’être plus à l’aise qu’en Europe de l’Ouest, où la météo est le principal adversaire des coureurs africains. Qui plus est leur parcours chez les jeunes est difficilement comparable à celui des européens, et on ne possède pas encore assez de recul sur leur évolution de carrière. Sans doute connaîtront-t-ils une explosion plus tardive que leurs collègues européens …

Cette saison, il redescend d’un cran en signant chez MTN, après avoir gouté au World Tour avec Europcar. L’équipe sud-africaine sera certainement le meilleur environnement possible pour lui. Il pourra évoluer sereinement, et reprendre confiance, en étant aligné avec des compatriotes. Mais les 2 – 3 saisons à venir vont vraiment être décisives quant à la possibilité de le voir continuer en Europe…

Par vino_93

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Crédits photos : wikicommons, Laurent Brun (www.instants-cyclistes.fr)
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Modérateur: Animateurs cyclisme pro