Écrit le par dans la catégorie Les forçats de la route, Portraits.

La saison cycliste a repris ses droits. Comme il est maintenant de coutume, le World Tour fait tout d’abord escale en Australie. Rohan Dennis s’impose et confirme tout le bien que l’on pouvait penser de lui. Cependant, les regards se sont plutôt tournés vers son coéquipier et glorieux prédécesseur, Cadel Evans, qui effectuait ici ses derniers tours de roue chez les professionnels. Depuis plus d’une décennie, il s’était imposé parmi les références mondiales en suivant une trajectoire atypique. Souvent placé, rarement vainqueur, il avait tout de même réussi à se faire une place au soleil à force de travail et d’expérience. Retour sur la longue carrière de ce pionnier australien qui a tracé la voie pour ses compatriotes.

 

Avant de se distinguer sur route, Cadel Evans apprend le métier à l’école du VTT. Comme Ryder Hesjedal ou Jean-Christophe Péraud après lui, il aura fait ses armes en cross-country, avec succès. Il se distingue très jeune, sélectionné en 1996, à moins de 20 ans, pour la première course olympique de la discipline. Il enchaine par deux succès au classement général de la Coupe du Monde, alors même qu’il pourrait encore courir chez les espoirs. Néanmoins, il ne remporte aucun titre majeur durant cette période et se tourne définitivement vers la route à l’issue des Jeux de Sydney. Cadel Evans s’installe en Italie et rejoint le monde professionnel chez Saeco tout d’abord, puis chez Mapei. Il continue d’impressionner, se révélant définitivement sur le Giro 2002. Porteur du maillot rose suite à ses excellentes performances en montagne, il finira par s’effondrer en troisième semaine, mais qu’importe, il aura marqué les esprits. La suite se révèlera plus compliquée, après une saison 2003 minée par les chutes et les blessures à répétition.

Un lent apprentissage de la maturité

Cadel Evans ne fait pas partie de ses coureurs qui raflent tout sur leur passage. Au contraire, son palmarès atteste d’un long processus d’apprentissage jalonné de défaites qui auront su le faire grandir. Les enseignements tirés de ces divers résultats lui auront permis de se forger une expérience déterminante pour cueillir les bouquets les plus importants de sa carrière. Suite à cette saison blanche, en 2003, il lui aura fallu plusieurs années pour atteindre progressivement  plus haut niveau. Il atteint le top 10 du Tour de France à sa première participation en 2005, puis signe sa première grande victoire l’année suivante, sur le Tour de Romandie. Cette victoire signe le début d’une longue et impressionnante série de places d’honneur, 2ème sur le Tour de France en 2007 et 2008, 2ème sur le Dauphiné en 2007, 2008 et 2009, 2ème de la Flèche Wallonne 2008, 2ème du Tour du Pays Basque en 2008, 3ème en 2009, 3ème de la Vuelta en 2009. Il semble maudit tant la victoire le fuit. Il s’est installé comme l’un des meilleurs mondiaux, en atteste sa place de n°1 au classement Pro Tour en 2007, mais il lui manque un succès d’envergure pour donner une autre dimension à sa carrière.

 

 

Cadel Evans champion du monde

Les championnats du monde, première grande victoire de Cadel Evans

 

Cette consécration tant attendue se produira en septembre 2009, à Mendrisio, pratiquement à domicile car il réside à quelques encablures de la Suisse. Après une course parfaitement maitrisée, il se pare d’arc-en-ciel, un titre de champion du monde qui marque un déclic pour la suite de sa carrière. Toujours aussi régulièrement placé, il concrétise enfin et ajoute quelques lignes de prestige à son palmarès. Vêtu du maillot de champion du monde, il s’adjuge la Flèche Wallonne en 2010, avant de réaliser la meilleure saison de sa carrière en 2011. Vainqueur successivement de Tirenno-Adriatico puis du Tour de Romandie, il accède enfin à son Graal, le Tour de France. Quelque peu dans l’ombre du duel entre Alberto Contador et Andy Schleck, il revient dans la lumière au meilleur moment. A 34 ans passés, à un âge où certains ont déjà disparu de la circulation ou même raccroché leur vélo, Cadel Evans est lui à son apogée, sommet d’une lente ascension de 10 ans, marquée de défaites dont il aura toujours su se relever pour revenir toujours plus fort.

Néanmoins, Cadel Evans lui non plus, n’est pas à l’abri des effets de l’âge. Après cette saison 2011 bien remplie, il sera incapable de hisser de nouveau à ce niveau. Sa grande expérience continue à lui servir mais elle ne suffit plus pour masquer son déclin physique. S’il n’est plus vainqueur sur les grandes courses, Cadel Evans reste un adversaire redoutable comme en témoigne ce dernier podium acquis sur le Giro 2013.

L’abnégation, sa qualité première

Cadel Evans n’est pas le coureur au style le plus spectaculaire. Au contraire c’est un coureur plutôt froid, méthodique, calculateur, relativement peu expressif dans la douleur comme dans la victoire, ce qui peut le rendre parfois antipathique aux yeux du grand public. Loin des envolées dont sont capables certains grimpeurs ou puncheurs tout en explosivité, il dispose de qualités plus discrètes mais tout aussi efficaces. Cadel Evans n’est pas un coureur attentiste malgré son manque d’explosivité qui l’empêche de se débarrasser de ses adversaires en quelques accélérations. Au contraire, il préfère les travailler à l’usure et finir par les lâcher sur la distance. Ainsi, à Mendrisio, il déposera successivement Rodriguez, Breschel et Kolobnev dans la dernière bosse pour s’envoler vers la victoire. L’abnégation est sa qualité première, peu spectaculaire au premier abord mais redoutable.

 

Coureur besogneux par excellence, il ne rechigne jamais à la tâche. Comme à un vieux singe à qui l’on n’apprend pas à faire la grimace, Cadel Evans est un coureur difficile à manœuvrer, coriace et accrocheur. Cependant, derrière cette générosité se cache aussi un fin gestionnaire qui sait mesurer ses efforts et les produire au bon moment, le sceau de ses plus grandes victoires. Le Tour de France 2011 en est le meilleur exemple. Il aura su courir en vainqueur et contrôler les efforts à fournir de bout en bout, sachant tour à tour profiter de ses moments forts, se faire oublier dans ses moments faibles et garder ses adversaires à distance pour mieux parachever sa victoire dans le contre-la-montre final. Lorsqu’il creuse l’écart dans la descente du Col de Manse en répondant à Contador, lorsqu’il assume seul la poursuite dans la vallée du Lautaret puis dans le Galibier, lorsqu’il emboîte le pas à Andy Schleck et Alberto Contador dans le Col du Télégraphe, il courre avec justesse et construit son succès pierre par pierre. S’il n’était pas forcément le plus fort, il aura été le plus régulier sur trois semaines en minimisant ses erreurs.

 

Cadel Evans en jaune

Le maillot jaune s’est longtemps refusé à Cadel Evans

 

Cadel Evans était sans nul doute un coureur de classe mondiale. S’il n’avait certainement pas cette aisance naturelle qui aurait pu lui permettre de se construire un palmarès à la hauteur, il aura néanmoins su marquer le cyclisme par son style, un condensé de tactique froide et d’abnégation. Ce coureur au grand cœur laissera certainement un grand vide, tant il nous avait habitué à répondre présent depuis une décennie. Premier vainqueur australien du Tour de France, il fait partie des pionniers. Comme Phil Anderson, vingt ans avant lui, il aura contribué à ouvrir la voie pour un cyclisme australien en pleine progression. Rohan Dennis et ses jeunes compatriotes sauront-ils continuer à faire fructifier l’héritage laissé par Cadel Evans ?

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Par CSC_3187, crédits images : Matthieu Riegler, Haggisnl, Michiel Jelijs sous licence Creative Commons pour Wikimedia Commons

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