Écrit le par dans la catégorie Analyses, Coup de bordure.

Le titre de meilleur grimpeur a évolué au fil du temps. Apparu dès 1905, il était alors simplement désigné à un coureur par le journal L’Auto, à l’image de ce qui est fait aujourd’hui avec le coureur le plus combatif. Le premier à recevoir cet honneur est René Pottier. Durant les 24 Tours où ce titre est décerné, il revient à 8 reprises au vainqueur du Tour.

René Pottier, premier "vainqueur" du classement de la montagne

René Pottier, premier « vainqueur » du classement de la montagne

En 1933, le Grand Prix de la Montagne fait son apparition et les principaux cols de la course apportent des points. Le Ballon d’Alsace, le Col de la Faucille, celui des Aravis, le Télégraphe et le Galibier, la côte de Laffrey, les cols de Vars et d’Allos, Braus, Puymorens, Port, le Portet d’Aspet, Peyresourde, Aspin et enfin le Tourmalet et l’Aubisque étaient alors les seules montées comptant pour ce classement. Vicente Trueba remporte ce challenge, confirmant le choix d’Henri Desgrange, qui l’avait nommé meilleur grimpeur dès l’année précédente.

Berrendero, vainqueur en 1936

Berrendero, vainqueur en 1936

Jusqu’à Eddy Merckx en 1970, 8 coureurs en tête de ce Grand Prix de la Montagne terminent le Tour en jaune. Depuis, en 43 Tours, cela ne s’est produit qu’en 2008, avec le déclassement de Bernhard Kohl, amenant le classement des grimpeurs à Carlos Sastre, plusieurs mois après la fin de la Grande Boucle.

Entre temps, le classement a évolué. Les cols se sont séparés en catégories. Les plus petites côtes sont apparues pour lancer le challenge dès les premières étapes. Le maillot à pois, dû à un sponsoring par Poulain, apparait en 1975. Le Galibier et L’Alpe d’Huez lancent les « hors catégorie » en 1979. Dès l’année suivante, les arrivées en altitude se retrouvent surcotées, avec cette classification pour la montée de Pra Loup. De même pour La Ruchère en Chartreuse en 1984, à l’occasion d’un contre-la-montre en montée, pour un HC à seulement 1160 mètres d’altitude.

Avec le temps, les baroudeurs s’accommodent plus du maillot à pois que de purs grimpeurs. Alors qu’il revenait à un grimpeur qui attaquait beaucoup, il devient la récompense de l’attaquant qui passe le mieux les cols, ce dont se plaint notamment Lucien Van Impe, 6 fois vainqueur du Grand Prix de la Montagne.

Lucien van Impe, 6 fois vainqueur. Seul Virenque (7) a fait mieux.

Lucien van Impe, 6 fois vainqueur. Seul Virenque (7) a fait mieux.

En 2004, les 3e et 4e catégories sont dévaluées au profit des cols plus importants et apparait une nouvelle règle : les points au sommet de la dernière difficulté sont doublés. Cela n’empêche cependant pas Richard Virenque de remporter ce classement pour la 7e fois, grâce à de longues échappées. De plus, une incohérence apparait dans certaines étapes, comme en 2007, avec un col de 2e catégorie dont les points sont doublés, car il est le dernier de l’étape, alors qu’il est situé à 50 kilomètres de l’arrivée. A l’arrivée, on comprend encore moins le doublement des points d’un col dans une étape remportée au sprint par Tom Boonen.

Virenque revêt un maillot qui a fait sa légende.

Virenque revêt un maillot qui a fait sa légende.

En 2011, le barème change encore une fois. Bien plus radicalement. Les petites côtes ne donnent quasiment plus aucun point. Les hors catégories sont rehaussée pour apporter le double de points d’une première catégorie (c’était jusqu’alors le double d’une deuxième catégorie). De plus, le doublement des points n’intervient plus qu’en cas d’arrivée en altitude. En 2012, un dernier changement survient, pour amener au barème tel qu’il est encore cette année, avec une augmentation supplémentaire de l’influence des cols classés hors catégorie.

Chaque méthode de comptage a ses avantages et ses inconvénients. On doit cependant remarquer que le coureur désigné meilleur grimpeur recule de plus en plus au classement général, ce qui est pourtant le signe d’une bonne présence au classement général. Jusqu’à l’an 2000, seulement 7 fois le meilleur grimpeur n’était pas dans le Top 15 du général (et même seulement 2 fois de 1975 à 2000). Or, depuis 2001, cela s’est produit à 7 autres reprises (soit plus d’une année sur 2). Le barème évolue, mais la situation reste la même. Richard Virenque a été baroudeur, comme un des coureurs jouant le général. Les mêmes points ont sacré un Laurent Jalabert 42e et un Santiago Botero 7e. Un autre, mais encore le même, a permis à Anthony Charteau, seulement 44e du général, de ramener à Paris le même maillot que Bernhard Kohl, pourtant sur le podium (il a été déclassé pour dopage depuis). Le dernier, a permis à Thomas Voeckler, 26e de briller encore une fois sur le Tour, mais a laisser son coéquipier Pierre Rolland être dominé par Nairo Quintana, dauphin du général l’an dernier.

Quintana, vainqueur par défaut ?

Quintana, vainqueur par défaut ?

Le Gruppetto a repris les points marqués aux différentes côtes depuis 1999 pour leur appliquer le barème actuel et avoir une comparaison. A gauche, le classement réel, avec le barème de cette année là. A droite, le fictif, avec le barème actuel :

1999
1 Richard Virenque 279 1 Richard Virenque 112
2 Alberto Elli 226 2 Fernando Escartin 96
3 Mariano Piccoli 205 3 Lance Armstrong 95
2000
1 Santiago Botero 347 1 Javier Otxoa 135
2 Javier Otxoa 283 2 Santiago Botero 129
3 Richard Virenque 267 3 Richard Virenque 127
2001
1 Laurent Jalabert 258 1 Lance Armstrong 190
2 Jan Ullrich 211 2 Jan Ullrich 167
3 Laurent Roux 200 3 Roberto Laiseka 123
2002
1 Laurent Jalabert 262 1 Lance Armstrong 140
2 Mario Aerts 178 2 Laurent Jalabert 96
3 Santiago Botero 162 3 Joseba Beloki 90
2003
1 Richard Virenque 324 1 Lance Armstrong 113
2 Laurent Dufaux 187 2 Iban Mayo 102
3 Lance Armstrong 168 3 Haimar Zubeldia 90
2004
1 Richard Virenque 226 1 Lance Armstrong 136
2 Lance Armstrong 172 2 Richard Virenque 109
3 Michael Rasmussen 119 3 Andreas Klöden 76
2005
1 Michael Rasmussen 185 1 Oscar Pereiro 125
2 Oscar Pereiro 155 2 Michael Rasmussen 79
3 Lance Armstrong 99 3 Lance Armstrong 68
2006
1 Michael Rasmussen 166 1 Michael Rasmussen 105
Floyd Landis 131 Floyd Landis 89
2 David De La Fuente 113 2 David De La Fuente 83
3 Carlos Sastre 99 3 Fränk Schleck 73
2007
1 Mauricio Soler 206 1 Mauricio Soler 145
2 Alberto Contador 128 2 Alberto Contador 102
3 Yaroslav Popovych 105 3 Levi Leipheimer 68
2008
Bernhard Kohl 128 Bernhard Kohl 85
1 Carlos Sastre 80 1 Carlos Sastre 72
2 Fränk Schleck 80 2 Fränk Schleck 70
3 Thomas Voeckler 65 3 Rémy Di Grégorio 55
2009
Franco Pellizotti 210 Franco Pellizotti 116
1 Egoi Martinez 135 1 Alberto Contador 71
2 Alberto Contador 126 2 Juan Manuel Garate 70
3 Andy Schleck 111 3 Andy Schleck 65
2010
1 Anthony Charteau 143 1 Christophe Moreau 87
2 Christophe Moreau 128 2 Andy Schleck 82
3 Andy Schleck 116 3 Anthony Charteau 76

 

En 1999, pas de changement de vainqueur, mais les premiers du général bien plus haut classé que les baroudeurs. En 2000, changement de vainqueur entre les grimpeurs de la Kelme et avantage à celui qui a su mener au bout une échappée avec une arrivée dans un col hors catégorie. Ensuite, Lance Armstrong prend le pouvoir, montrant qu’un coureur dominant en montagne au général prendrait à coup sur le classement des grimpeurs. En 2001 et 2004, on l’aurait eu avec le maillot à pois sur le dos, alors que François Simon et Thomas Voeckler sont en jaune après des échappées. En 2002, Jalabert l’aurait toujours porté comme dauphin. En 2003, Mayo l’aurait surtout eu après sa victoire à L’Alpe d’Huez. Ensuite, un classement plus ouvert avant Luz-Ardiden. De plus, sur ces années, le maillot à pois est impossible à un baroudeur s’il ne passe pas en tête d’un col hors catégorie, tellement l’écart est grand avec les autres. En 2005, le fait de n’avoir qu’une seule arrivée classée hors catégorie, laissée aux baroudeurs, amène ce classement aux baroudeurs grimpeurs. Les deux qui survolent le classement cette année-là l’auraient fait également, mais changement de vainqueur avec Oscar Pereiro qui dépasse Michael Rasmussen au bénéfice de meilleurs résultats dans des cols hors catégorie (arrivée au Pla d’Adet et échappée dans l’Aubisque), doublant ainsi le dossard rouge du maillot à pois, chose rare avec ce barème.

Pour 2006 et 2008, on ne remarque pas de changement. Comme quoi, si la course est ouverte pour le général (pas de coureur dominateur ou de duel écrasant la concurrence), ce barème se montre approprié. En 2007, un changement ne se fait pas ressentir, du fait se sa mise hors course, mais Michael Rasmussen aurait terminé devant Mauricio Soler de 7 points après l’Aubisque, alors qu’il avait 10 points de retard dans la réalité.

Pour 2009, le même vainqueur à nouveau, avant déclassement, prouvant qu’un baroudeur assidu peut aller chercher le maillot dans les cols. Derrière, les premiers du général sont un peu mieux classés et un changement se fait sentir dans les baroudeurs, avantageant ceux qui ont tenu jusqu’au bout en Andorre et au Ventoux. A noter d’ailleurs que Franco Pellizotti n’a bénéficié d’aucune de ces deux arrivées pour se placer à la première place du Grand Prix de la Montagne.

En 2010, le maillot à pois resterait aux baroudeurs, qui ont eu beaucoup d’occasions cette année là, mais avec un changement. Anthony Charteau, qui a su cumuler des points un peu partout, se retrouve dépassé par Christophe Moreau, plus performant dans les cols difficiles (il est passé en tête du Tourmalet et de l’Aubisque). Quitte à laisser le maillot à pois à un baroudeur, de Christophe Moreau ou Anthony Charteau, le choix du « meilleur grimpeur » est très vite fait.

La victoire de Charteau, en pur baroudeur, a sans doute conduit le Tour à revoir son barême.

La victoire de Charteau, en pur baroudeur, a sans doute conduit le Tour à revoir son barême.

On peut donc estimer que le barème actuel, même s’il favorise les coureurs jouant le classement général, ne laisse pas du tout la porte fermée aux baroudeurs, tant qu’ils savent résister au retour du peloton, ou qu’ils réussissent à prendre un maximum de points dans les cols classés hors catégorie. Néanmoins, il prive parfois les attaquants si un coureur domine le classement général. Dans ce cas là, le cumul du jaune et des pois amène à la dénomination fort logique de « meilleur grimpeur ». Reste que le maillot à pois n’est porté que par le dauphin, qui peut être un baroudeur, comme le rival du maillot jaune pour le classement général, ceci dépendant de l’intensité de la lutte entre les meilleurs coureurs du Tour en montagne, mais ne sont-ils pas les meilleurs grimpeurs ?

Néanmoins, aucun barème n’est parfait et l’actuel est sujet à débat justement pour cette dernière raison. Certes Lance Armstrong était le meilleur grimpeur dans ses années de domination et certes Nairo Quintana et Chris Froome étaient ceux de 2013. Mais cela laisse moins la place à de longues échappées à travers les cols. On pourrait donc imaginer supprimer le doublement des points dans la dernière difficulté. Les cols hors catégories seraient ainsi tous à 25 points, qu’ils achèvent l’étape ou soient en cours d’étape. Avec cette hypothèse, Pierre Rolland aurait eu le maillot à pois devant Christophe Riblon. Nairo Quintana ne serait que 3e et Chris Froome que 6e de ce classement. Ce ne seraient donc plus les deux premiers du général qui seraient à la tête du Grand Prix de la Montagne, mais les 24e et 37e.

Quel duo semble légitime pour les positions de meilleur grimpeurs, ceux qui s’affrontent dans les cols pour le maillot jaune et montrent leur suprématie dans ce domaine, où ceux qui sont également à la lutte pour un dossard rouge ?

Bahamontes jouait sur deux fronts : le classement général et le meilleur grimpeur. Il ne remportera qu'un Tour, mais gagnera à 6 reprises le classement de la montagne.

Bahamontes jouait sur deux fronts : le classement général et le meilleur grimpeur. Il ne remportera qu’un Tour, mais gagnera à 6 reprises le classement de la montagne.

Mon opinion est que le barème actuel, à défaut d’être juste ou équitable, replace le titre de meilleur grimpeur au maillot à pois, plutôt qu’un simple second dossard rouge. Les baroudeurs peuvent remporter le classement des grimpeurs avec ce barème, il leur faut juste être surtout présent dans les grands cols et éventuellement savoir résister au retour des favoris dans les arrivées en altitude. Et si un des grands favoris écrase la course en montagne, alors il sera le vainqueur du classement des grimpeurs, comme l’ont été Gino Bartali, Fausto Coppi, Federico Bahamontes ou Eddy Merckx par le passé.

Et vous, quel est votre avis sur le classement des grimpeurs ?

Venez le donner sur notre forum !

http://www.legruppetto.com/forum/viewtopic.php?f=12&t=1126&p=147770#p147770

Par darth-minardi

Photos : wiki commons

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