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A quelques jours du Tour des Flandres (ou Ronde van Vlaanderen en bon néerlandais) et de Paris-Roubaix, le Gruppetto vous propose de découvrir les lieux mythiques des flandriennes. Du Vieux Kwaremont au Carrefour de l’Arbre, chaque difficulté sera passée au crible… Premier épisode, les fameux Monts des Flandres.

Encore une dizaine de jours et la page des flandriennes 2014 se refermera. Débutée le 1er mars avec le traditionnel Circuit Het Nieuwsblad, ces courses uniques en leur genre constituent la première partie de la saison des classiques. Sur une petite zone géographique, partagée entre les Flandres et le Nord de la France, les coureurs se retrouvent tous les week-ends, empruntant à chaque fois les mêmes routes parsemées de secteurs pavés et de petites collines pentues, les fameux monts. Autres éléments imperturbables du décor : l’étroitesse des routes, le vent, le froid, la pluie et bien sûr le public belge, toujours présent et qui donne une autre dimension à ces courses si particulières.

Les Monts des Flandres 

 

La zone des monts des Flandres

La zone des monts des Flandres

 

1- Le Vieux Quaremont ou Oude Kwaremont (2200m à 4%, max à 11%, pavé sur 1500m)

Il s’agit probablement du mont le plus emprunté de toute la zone. A l’exception du circuit Het Nieuwsblad, toutes les courses s’aventurent sur ses pavés. Mont historique, il faisait partie des premiers franchis lors du Tour des Flandres, marquant l’entrée définitive dans la phase finale de la course. Depuis 2012 et le déplacement de l’arrivée à Oudenaarde, les organisateurs lui font la part belle avec pas moins de trois passages tout au long de la course. Devenu l’avant-dernier mont au programme, il a été le théâtre des deux dernières attaques victorieuses. Il faut dire que le Kwaremont se distingue aussi des autres monts par son profil. Plus long, moins pentu et donc plus roulant, il permet un meilleur écrémage et des attaques plus en longueur que sur les autres monts. Pas étonnant donc que Cancellara y règne en maitre. Le suisse a construit plusieurs de ces victoires sur ces pentes (Grand-Prix E3 en 2011 et 2013, Tour des Flandres 2013).

2- Le Paterberg (360m à 12%, max 20%, pavé)

La naissance du Paterberg est singulière. Vulgaire chemin agricole au début des années 80, le propriétaire des lieux l’a progressivement aménagé avec des pavés récupérés dans toute la Flandre. Quelques années plus tard, le paysan convoquait les organisateurs du Tour des Flandres pour leur présenter cette nouvelle difficulté, depuis logiquement inscrite au programme de la classique. Une histoire incroyable, sauf dans ce coin de Belgique si fou de ses classiques pavés ! Situé à deux kilomètres à vol d’oiseau du Vieux Kwaremont, le Paterberg en est son exact opposé : une montée courte et explosive, précédée d’un virage à droite à 90° qui oblige à l’attaquer presque à l’arrêt. Pour les premiers, une rigole à gauche de la route permet d’éviter les pavés… sauf sur le Tour des Flandres où les organisateurs prennent soin de faire dépasser les barrières à cet endroit. La cruauté du Ronde dirons nous. Reste à affronter la pente, d’une difficulté progressive et qui culmine au sommet à 20%. A cet endroit, le moindre mètre concédé se transforme vite en poignée de secondes à la relance. Parlez-en à Peter Sagan, d’abord lâché de 5m puis irrémédiablement distancé par Cancellara l’an dernier…

3- Le Koppenberg (600m à 11.6%, max 22%, pavé)

Le Koppenberg est peut-être le plus terrible des monts. Des pourcentages effrayants, des pavés disjoints et glissants à la moindre pluie : tous les coureurs le redoutent. Si l’attaquer en tête est un avantage, s’y présenter dans le peloton est la quasi-certitude de devoir finir la montée à pied. En 2006, les sept premiers coureurs passaient sans encombre, Tom Boonen en tête. Le huitème, Juan Antonio Flecha mettait pied à terre et forçait tout le peloton à l’imiter. Les sept ne furent pas revus… Des images habituelles sur ce mont, difficulté exclusive du Tour des Flandres, et qui lui a valu plusieurs polémiques et retraits ponctuels du parcours. Condamné aux travaux en 2007, le « volcan » semble s’être assagi depuis mais menace à tout instant de se réveiller, notamment par temps de pluie. En 2014, le Koppenberg a été déplacé et se trouve désormais plus proche de la ligne que jamais (45km). Assurément un point à surveiller…

 4- Le Mont Kemmel ou Kemmelberg (2500m à 4.4%, max 24%, pavé dans sa dernière section)

Le Kemmel n’est pas un mont du Tour des Flandres. Situé dans en Flandre-Occidentale, à l’ouest de Courtrai, il est le mont emblématique de Gent-Wevelgem. Colline majeure située sur le front de la guerre 14-18, elle fut le théâtre de très âpres combats, ce qui explique la présence de nombreux ossuaires et monuments dans son voisinage. La colline possède plusieurs accès, la plupart pavés, ce qui rendait souvent les descentes plus dangereuses que la montée. Le français Jimmy Casper en fit les frais en 2007 avec une chute très spectaculaire. Depuis les organisateurs se sont organisés pour utiliser un versant pavé en montée et asphalté en descente.

5- Le Mur de Grammont ou Muur ou Kapelmuur (1000m à 9.2%, max à 20%, pavé dans les 500 derniers mètres)

Le Muur a longtemps été le symbole du Tour des Flandres. Reconnaissable d’entre tous par sa chapelle au sommet, il n’est plus emprunté depuis 2011. En cause le déplacement de la ligne d’arrivée vers l’ouest à Oudenaarde alors qu’auparavant elle se situait à l’est de la zone des monts à Ninove. Un sacrilège pour beaucoup d’aficionados et notamment pour les habitants de Grammont qui avait organisé « l’enterrement » du Muur en 2012 en signe de protestation. Il faut dire que sportivement le Muur est un atout maître, capable de réécrire le scénario de la course en quelques minutes. Prenez ses deux dernières escalades. En 2011, Cancellara y déposait Boonen au plus fort de la pente (20%), là où les pavés forment des marches, et s’envolait vers la victoire. En 2012, le même Cancellara, flanqué du français Chavanel, craquait et permettait le retour de Boonen, Gilbert et autre Nuyens, futur vainqueur, pourtant à 40s au pied de celui-ci !

6- Le Bosberg (980m à 5.8%, max 11%, pavé sur les 400 derniers mètres)

Formant le duo final du Ronde avec le Muur, le Bosberg fut l’autre victime du récent changement de parcours. Autrefois, dernier mont au programme de la classique, il était l’ultime chance pour les hommes forts de forcer la décision. A ce jeu, le spécialiste était le belge Edwig Van Hooydonck, double vainqueur du Ronde (1989 & 1991) grâce à deux attaques dans le Bosberg… ce qui lui valu le juste surnom de Eddy Bosberg !

 

Le Vieux Kwaremont, le Koppenberg et le Mur de Grammont - Wikicommons

Le Vieux Kwaremont, le Koppenberg et le Mur de Grammont – Wikicommons

 

7- Le Molenberg (460m à 7%, max 14%, pavé)

Le Molenberg est le plus septentrional de la zone des monts. A ce titre, sa position dans le Tour des Flandres varie aléatoirement : parfois en ouverture, parfois en milieu de programme, quelques fois absent. Il est par contre le mont clé du circuit Het Nieuwsblad qui se conclut à Gand. Son profil ressemble à celui du Paterberg. Très court, il est lui aussi abordé à l’arrêt après un virage à 90° et une réduction de moitié de la largeur de la chaussée. Les chutes sont fréquentes à son pied, aussi mieux vaut l’aborder dans les toutes premières positions pour ne pas être gêné. Au sommet, point de descente mais une route en faux-plat montant et exposée au vent où le peloton étiré par la montée se morcelle. Bref, le Molenberg est un mont piégeux, qui ne tolère aucun mauvais placement ou aucune malchance, les kilomètres précédents comportant plusieurs secteurs pavés et autant de chances de crevaison (Holleweg, Kerkgate…). En 2010, Cancellara et Boonen y avaient attaqué – à 45km de l’arrivée s’il vous plait !- et ne furent pas repris.

8- Le Taaienberg (530m à 6.6%, max 16%, pavé)

Le Taaienberg est surnommé le Boonenberg. Pourquoi ? Parce que le champion belge Tom Boonen adore ce mont où il aime « tester ses adversaires ». Il faut dire que son profil court et pentu se prête bien à l’explosivité du sprinteur belge. Mont historique du Tour des Flandres (une seule édition manquée depuis 1974), il a paradoxalement pâti du changement de parcours récent. Autrefois au coeur de la zone des monts, il était ces deux dernières années dans les premières difficultés au programme. Heureusement pour la course, les organisateurs ont revu leur copie et proposeront le Taaienberg dans la dernière boucle en 2014, lui conférant une importance jamais atteinte. Bref, ce dimanche ne ratez pas son passage et surveillez bien un certain Tom en tête de peloton…

9- Le Kruisberg (1900m à 4.8%, max 9%, pavé sur un versant)

Le Kruisberg, maladroitement traduit « la Cruche » par les wallons, se situe à Renaix. Il possède deux versants parallèles qui se rejoignent sur le sommet et peuvent se poursuivre vers le mont Hotond. Le premier, sur l’Oudestraat, est pavé et plutôt étroit tandis que le second, sur la Kruisstraat, bénéficie d’une route large et asphaltée. C’est sur ce deuxième versant qu’a eu lieu un épisode fameux qui ne concerne pourtant pas les classiques flandriennes. En 1988, Renaix accueille en effet les championnats du monde sur route. Le parcours vallonné se conclut au sommet du Kruisberg. A l’approche de la flamme rouge, trois coureurs se sont isolés à l’avant : le jeune italien Fondriest, le canadien Bauer et le belge Criquielion. Tout le public flamand pousse derrière le wallon en quête d’un deuxième titre mondial. Celui-ci se méfie surtout de Bauer, seul à même de le priver de ce titre à la maison. Aux 250m, le canadien lance le sprint, Criquielion se cale dans sa roue tandis que Fondriest comprend qu’il devra se contenter de la troisième place. Sauf qu’au moment où le belge tente de dépasser le canadien le long des barrières celui-ci le serre délibérément vers celles-ci. La chute est inévitable et profite à Fondriest, maillot arc-en-ciel surprise. Criquielion finit 11e à pied, Bauer sera déclassé et le public belge laissé inconsolable… Renaix n’est décidément pas terre à éviter les polémiques : vingt-cinq ans plus tôt le belge Benoni Beheyt avait « trahi » son compatriote et leader Rik Van Looy en lui soufflant le titre d’un boyau !

10- Tenbosse (450m à 6.9%, max 9%, asphalté)

Le Tenbosse se situe à la sortie de Brakel sur la route qui emmène le peloton vers Grammont. Présent sur le parcours du Ronde depuis de nombreuses années, il n’est reconnu comme difficulté officielle qu’en 1997. Le promoteur de cette reconnaissance tardive n’est autre que Johann Museuw, le Lion des Flandres en personne. En effet, en 1993 et en 1995, lors de ses deux premiers succès dans la classique, le belge a attaqué dans cette rue. Il n’en fallait pas moins aux organisateurs pour transformer ce « talus » en mont officiel du Tour des Flandres !

11- Le Leberg (950m à 4.2%, max 14%, asphalté)

Le Leberg est un petit mont asphalté situé au nord de la zone des monts. Il se situe non loin du Molenberg auquel il succède souvent sur le Ronde ou sur le Het Nieuwsblad. La particularité du Leberg tient plus à ce qui le précède qu’à sa difficulté propre. Ce mont est en effet précédé du secteur pavé de Haaghoek. Long de 2000m, ce secteur rectiligne débute en faux-plat descendant, ce qui permet au peloton d’y arriver à pleine vitesse. Plus proche d’un secteur pavé de Paris-Roubaix que des monts flandriens, cette section permet aux rouleurs de pouvoir s’exprimer à fond… mais pas toujours à bon escient. En 2011, Tom Boonen y avait testé le peloton un peu trop brusquement et s’était fait contré par Cancellara dans le Leberg, ce qui avait provoqué la défaite de son coéquipier alors échappé, Sylvain Chavanel.

12- La Côte de Trieu (1100m à 8%, max 13%, asphaltée)

Les flamands la désignent sous le nom de Knokteberg, mais s’il faut respecter la prononciation française c’est parce que ce mont se trouve en Wallonie ! Tout proche de la frontière avec la Flandre, son sommet coïncide en fait avec celui du Vieux Kwaremont sur la route entre Kluisbergen et Renaix. Conscient des possibilités d’enchainement dans cette zone, les autorités locales ont ajouté un morceau de route à ce carrefour très fréquenté des classiques flandriennes. Le nom de cette rue : la Ronde van Vlaanderenstraat bien sûr ! Malgré cela, le Tour des Flandres n’emprunte que rarement la côte de Trieu (dernier passage en 2010) qui s’expose surtout sur le Grand-Prix E3.

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