Écrit le par dans la catégorie Coup de bordure, Edito.

La Primavera, reliant Milan à San Remo, et première levée 2014 de ces classiques appelées Monuments du cyclisme, s’élancera dans quelques jours. Ces dernières semaines, le parcours aura longtemps été sujet à discussion. En cause, la Pompeiana, nouvelle difficulté qui devrait faire son apparition entre la Cipressa et le Poggio. Il faudra cependant attendre 2015 pour la voir à l’œuvre, la faute à des travaux de voirie empêchant le passage de la course. Les coureurs affronteront donc un parcours classique, régulièrement à l’œuvre entre 1982 et 2007. Supprimé pour laisser sa place à la Pompeiana, le Manie ne fera pas son retour.

Ancien tracé Milan San Remo pour 2014

Les coureurs s’affronteront une dernière fois sur le précédent tracé

 

Une dernière occasion rêvée pour les sprinteurs

Si le nouveau parcours se confirme et s’installe dans la durée, il s’agit donc pour toute une génération de sprinteurs, de la dernière occasion pour briller et inscrire son nom au palmarès d’une épreuve légendaire. Ils pourront ainsi rejoindre quelques glorieux prédécesseurs que sont Erik Zabel, Oscar Freire, Mario Cipollini ou encore Alessandro Petacchi. Le gratin du sprint, à quelques exceptions notables dont Marcel Kittel et Nacer Bouhanni, sera présent. Mark Cavendish, André Greipel, John Degenkolb, Arnaud Démare, Sacha Modolo font, entre autres, partie des favoris à la succession de Gerald Ciolek, si la course devait s’achever par un emballage massif. Néanmoins, la Primavera ne sacre jamais assurément un sprinteur et les meilleurs finisseurs devront résister à des adversaires plus polyvalents comme le redoutable Peter Sagan, Vincenzo Nibali ou les anciens vainqueurs Fabian Cancellara et Simon Gerrans. Les puncheurs seront un peu moins à la fête avec la suppression de la Pompeiana. Certains ont exprimé leur déception à l’image de Bauke Mollema, espérant un profil qui leur sourit un peu plus.

Final sprint Milan San Remo

Un sprint massif à San Remo, une image que l’on pourrait ne plus jamais revoir à partir de 2015

 

Un savant équilibre entre sprinteurs et puncheurs

La Primavera a toujours été une question d’équilibre entre arrivée au sprint et arrivée en solitaire ou en petit groupe. Le parcours n’a pratiquement jamais été modifié, il a simplement été rééquilibré lorsque le moment était venu. En 1960 tout d’abord, avec l’introduction du Poggio, puis en 1982 ensuite avec celle de la Cipressa, la difficulté a été réhaussée pour que ce Monument ne s’offre pas trop facilement à un sprint massif. Il a fallu ainsi attendre le milieu des années 90 pour que les arrivées en petit peloton se multiplient, sacrant ainsi Erik Zabel par quatre fois. En pleine époque de la Coupe de Monde, la Primavera ouvrait la compétition et faisait figure d’épreuve réservée aux sprinteurs. Certains réussissaient à déjouer la vigilance du peloton, comme Paolo Bettini en 2003, mais ces cas de figure se raréfiaient. Il a fallu une modification inopinée du parcours en 2008, avec l’introduction du Manie, pour retrouver le charme d’une course indécise dont les vainqueurs potentiels se dessinent au fil des kilomètres.

Pour cette édition 2008, il a fallu quitter le parcours habituel rendu impraticable peu de temps avant la course, par un éboulement, pour découvrir cette nouvelle difficulté. Elle s’est depuis instaurée comme un juge de paix, éreintant les moins bons grimpeurs et donnant le coup d’envoi d’un durcissement du rythme en vue du final. Loin de l’arrivée, le Manie n’est jamais le théâtre d’offensives spectaculaires. Ses effets se ressentent plus tard à mesure que la ligne s’approche. Les 4,7 kms d’ascension à 6,7% de moyenne et le replat situé après le sommet laissent des traces. Au sommet, on dépasse les 200 kms de course, une distance déjà supérieure à de nombreuses épreuves. Les efforts consentis pour s’accrocher deviennent difficiles à récupérer, d’autant que la chasse derrière l’échappée matinale s’intensifie souvent après la descente. Ces efforts se paient bien souvent dans la Cipressa ou le Poggio, après plus de 250 km. Le Manie a ajouté une difficulté supplémentaire dans la gestion de l’effort sur une épreuve longue de 300 km, difficulté qui met en avant les hommes forts et réduit la probabilité d’un emballage massif.

Ascension du Manie

Le Manie fait souffrir les hommes et rend le final plus sélectif

 

Que va devenir la Primavera ?

L’ajout de la Pompeiana risque de changer nettement le visage de la course. Jusqu’ici, les sprinteurs lâchés après la Cipressa pouvait profiter d’environ 10 kilomètres de répit pour faire la jonction et entretenir leurs chances de succès. En ajoutant une nouvelle difficulté, certainement la plus compliquée de ce final, il sera ainsi impossible de rentrer de l’arrière. La course se jouera donc pratiquement à coup sûr entre les meilleurs puncheurs, auxquels pourront s’inviter les sprinters les plus polyvalents à l’image de Peter Sagan. Avec cette configuration, le risque principal consiste à voir la course ne s’animer qu’à partir de la Cipressa, ou plus vraisemblablement dans les difficultés ultérieures, ce qui représente environ 40 kilomètres au mieux.

Final Milan San Remo avec Pompeiana

Le nouveau final, attendu pour 2015, avec l’ajout de la Pompeiana

Que motive donc les organisateurs ? S’agit-il avant tout d’un tracé patriote ? Les Italiens constituaient encore il y a peu, l’une des références du sprint, avec Mario Cipollini puis Alessandro Petacchi. Aujourd’hui, les sprinteurs italiens sont plus en retrait. Les chances de triomphe reposent plus sur les épaules de coureurs comme Nibali ou Ulissi, bien plus à l’aise quand ça grimpe. Ce nouveau parcours est-il ainsi conçu pour mieux s’adapter aux champions italiens ? Côté spectacle, il est difficile de comprendre le besoin d’un renouvellement du parcours, tant celui-ci nous a offert depuis 2010, des éditions mouvementées.

Avec ce nouveau tracé, c’est surtout le risque que la course perde son identité et devienne beaucoup plus banale, ressemblant à d’autres rendez-vous dans la saison. Milan San Remo a toujours été une course à part et c’est ce qui en fait un Monument. La Primevera, encore plus depuis 2008, reste une histoire d’hommes et ne s’offre qu’à celui qui aura su braver les difficultés pendant 300 kilomètres et déjouer les pièges qui peuvent surgir n’importe où. Il s’agit d’un long combat avec la route, les Capi et parfois le climat, qui sacre assurément un guerrier. Le spectacle de la Primavera ne transparait directement, mais il est partout, quand il s’agit de savoir gérer ses efforts pour tenir la distance, durcir le train pour user ses adversaires, se placer au bon moment pour échapper aux pièges et ne pas laisser filer la course ou encore faire la différence dans le final pour s’imposer.

La Primavera présente un caractère unique qui en fait un Monument du cyclisme, une course à part dans le calendrier. En changeant radicalement la philosophie, il est possible que ce caractère s’atténue, voire disparaisse. Cela serait alors préjudiciable pour une telle course. Pensez-vous que le parcours de Milan San Remo doit rester tel qu’il était entre 2008 et 2013 ? Ce changement est-il une bonne chose ou bien les organisateurs font-ils fausse route ? Venez-vous aussi réagir sur notre forum et faire partager votre avis sur le futur de la Primavera.

Par CSC_3187

Crédits photos : Tilo (travail personnel), RCS (profils officiels), Mystère Martin et Julius Kusuma pour Wikipedia Commons.

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