Écrit le par dans la catégorie Amateurs, Hors-catégorie.

Le peloton français est un des plus riches au monde. De nombreux amateurs, de l’anonyme au grand espoir en passant par d’ex-professionnels, s’affrontent chaque week-end sur nos routes. Tom Bossis, jeune coureur de 19 ans évoluant au plus niveau amateur, nous offre la première interview made in Le Gruppetto.

 

Présentation et actualité

LG : Tout d’abord, peux-tu commencer par te présenter à nos lecteurs, ainsi que nous expliquer brièvement ton parcours cycliste ?

TB : Je m’appelle Tom Bossis, j’ai 19 ans, je suis originaire du Poitou-Charentes et je vis dans la région lyonnaise depuis 7 ans. Je suis passionné de sport et d’écriture. J’ai commencé le cyclisme à 12 ans par le biais de mon professeur de mathématiques qui est devenu mon premier entraîneur. Depuis, j’ai fait mes années jeunes à l’Entente Cycliste Pierre Bénite – Saint Genis Laval et j’ai rejoint le CR4C Roanne en 2011. Cette année, je suis Espoir 2 au Chambéry Cyclisme Formation.

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De quel coureur pro ton profil se rapproche le plus ?

Je dirais un coureur comme Peter Sagan ou Samuel Dumoulin, sans doute pas un sprinter pur, mais avec des qualités quand l’effort est court et intense, plutôt que dans les cols ou sur les contre-la-montre.

Ton actualité du moment, c’est ton transfert du CR4C Roanne au Chambéry Cyclisme Formation. Avant de revenir plus en détail sur ce transfert, comment juges-tu ta dernière saison ?

J’ai fait quelques résultats mais j’ai eu un gros passage à vide qui a duré presque quatre mois. Je n’étais plus au niveau. Sportivement, c’est une vraie déception. Mais je ne suis pas trop inquiet car on a droit malgré tout à un temps d’adaptation en sortant des juniors. Je pense en avoir tiré beaucoup d’expérience.

Pourquoi quitter le CR4C pour le CCF ? Quelle plus-value espères-tu en changeant de club ?

Il y a plusieurs raisons, mais pour être succinct, c’est plus un choix de projet que la recherche d’une plus-value particulière. Il a fallu se remettre en question après cette saison difficile. Le Chambéry CF m’a proposé un projet qui est celui qui m’a paru cohérent et motivant. C’est une autre façon de voir le cyclisme et c’est ce dont j’avais besoin.

Un sprinteur au sein d’une équipe de grimpeur, c’est certes plus de liberté, mais n’est ce pas une erreur de casting ? Seras-tu bien entouré ? 

De toute façon, je ne peux pas revendiquer un statut protégé d’emblée, en arrivant comme ça. J’ai besoin de faire mes preuves. Mais oui, c’est le rôle que je veux occuper dans l’effectif. On catalogue souvent le Chambéry CF comme équipe de grimpeurs, mais c’est je pense en premier lieu dû aux candidatures des coureurs de toute la France, qui voient à Chambéry l’opportunité idéale de se frotter à la montagne. Du coup, je pense que je pourrai trouver plus facilement ma place et que je ne marcherai sur les pieds de personne. D’un autre côté, je pourrai servir l’équipe sans arrière pensée sur les courses dont je sais qu’elles ne me conviennent pas.

Peux tu nous raconter les détails de ton transfert ? Comment se passent les négociations à ce niveau ? 

Dans mon cas, il y a eu beaucoup de rebondissements. Dans un premier temps, c’est le CR4C Roanne qui n’a pas souhaité me conserver. J’ai rencontré le Team Probikeshop – Saint Etienne Loire ainsi que le Team Vulco-VC Vaulx en Velin. Puis Roanne est revenu sur sa décision et m’a laissé l’opportunité de rester. Enfin, à l’issue de ma dernière course début octobre, Vincent Terrier, le DS du Chambéry CF m’a exposé son projet et j’ai rencontré le staff de Chambéry le lendemain soir, à 21 heures. Il fallait trancher rapidement. J’ai consulté beaucoup de monde. Finalement, cela s’est fait. Mais prendre une décision aussi importante en aussi peu de temps a été très délicat et a demandé beaucoup d’efforts de réflexion.

Partir de Roanne à Chambéry, cela entraîne-t-il un déménagement ?

Oui, c’était l’une des conditions pour rejoindre le Chambéry CF et de toute façon, c’est l’une des particularités du projet : la majorité des coureurs vivent dans les appartements du centre à Chambéry-le-Haut. On se retrouve pour les repas, mais on est autonome le reste du temps.

On parle souvent des études scolaires des sportifs de haut niveau. Continues-tu les tienne ? N’est ce pas trop difficile de concilier cyclisme et études ?

Cette année, je ne peux pas poursuivre mes études pour diverses raisons, mais je reprendrai ma licence de lettres dès l’année prochaine. C’est un cas un peu particulier. Au centre, les parcours scolaires et sportifs sont mis sur un pied d’égalité. De mon point de vue, non seulement ce n’est pas trop difficile de concilier les deux projets, mais c’est même au contraire un facteur de performance. Bien sûr, cela nécessite beaucoup d’organisation mais il faut mobiliser l’esprit ailleurs que sur le vélo si on veut qu’il soit pleinement disponible lorsqu’on en a besoin, et vice-versa. L’équilibre de vie est primordial dans un sport avec une immersion aussi totale.

Le cyclisme amateur en France

Tu évolues actuellement en DN1. Peux tu nous expliquer sur quel schéma fonctionnent les divisions en France ?

En France, les meilleurs clubs sont labellisés selon trois divisions : DN3, DN2, DN1. Le label s’obtient selon la sollicitation des clubs ainsi que selon le classement des différentes coupes de France des clubs, avec un système de montée/descente. En DN1, il y a 8 manches, où des points sont distribués à chaque fois sur les 30 premiers coureurs.

De ton point de vue de coureur, ce système est-il bon ?

De mon point de vue, considérant que le système parfait n’existe pas, celui-ci me parait être un bon compromis. Le principal inconvénient que je lui trouve, c’est qu’il rend souvent les courses stéréotypées, avec beaucoup d’arrivées massives, souvent houleuses car tout le monde essaie de se placer, et personne n’a intérêt à sacrifier de coureur capable de rentrer dans les points pour en emmener un autre.

Le peloton amateur français s’enrichie souvent d’ex coureurs pros qui n’ont plus de contrats, ou d’espoirs étrangers. Une locomotive, ou un frein pour laisser éclore les talents français ?

Une locomotive, bien sûr. Ce sont des coureurs qui apportent de l’expérience, et qui tirent le niveau amateur français vers le haut. Même pour ceux qui ne cherchent pas à transmettre aux jeunes. L’adversité est toujours bénéfique.

Peut-on vivre du cyclisme à un niveau DN1, ou es-tu à 100% amateur ?

Oui, on peut en vivre. Une grande partie des coureurs de DN1 ne font que du vélo. Bien entendu, ce sont en général des situations assez précaires, mais il existe plein de façons de rentrer dans ses frais, avec des petites activités complémentaires. En revanche, le nombre de ces coureurs tend probablement à diminuer. Je crois qu’on peut dire qu’il est de plus en plus difficile de vivre du cyclisme.

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La possibilité de prendre part à des courses UCI .2 est-elle enrichissante ? Tu as notamment pris part à la relevée Ronde de l’Isard, où se trouvaient des formations comme 4-72 Colombia, Euskadi ou l’équipe espoir des Etats-Unis. 

Tout à fait. Le niveau est bien entendu très relevé en classe 2 mais c’est intéressant de participer et de préparer sérieusement ce genre d’épreuves. Je ne connais pas encore très bien ce niveau-là car la Ronde de l’Isard est une .2 réservée au moins de 23 ans, c’est encore particulier. En revanche, la perspective de participer à des courses comme le Rhône-Alpes Isère Tour par exemple est forcément très motivante.

De toutes les courses auxquelles tu as pris part, laquelle fut ta préférée et pourquoi ?

Je dirais le Tour de Nouvelle-Calédonie, pour le dépaysement, l’expérience, la culture et le challenge physique. 11 jours de course consécutifs, c’est un vrai défi quand on sort des juniors ! Mais quelle expérience !

On parle souvent du dopage chez les jeunes et les amateurs. Toi, tout au long de ton parcours cycliste, quelle fut ta relation avec lui ? Est ce qu’on t’a proposé un jour des produits ? As-tu eu vent de substances diffusée au sein du peloton, ou celui-ci est il plutôt « sage » ?

C’est une question intéressante qu’on ne nous pose pas souvent, paradoxalement. Je commencerais par dire qu’on lit beaucoup d’idioties dans les commentaires sur les sites spécialisés. Il reste beaucoup de préjugés sur le monde du cyclisme d’ailleurs souvent véhiculés par les suiveurs eux-mêmes. Le dopage existe toujours chez les amateurs, mais tend à devenir marginal. Le point le plus optimiste, c’est qu’il concerne de moins en moins les jeunes, voire, je serais tenté de penser, presque plus du tout. On n’a pas besoin de dopage pour passer professionnel. On ne m’a jamais rien proposé de tel, j’ai tendance à penser que ce sont des pratiques totalement individuelles au niveau amateur. Je suis sincèrement optimiste sur la question du dopage en cyclisme.

Futur et ambitions

Tu viens d’intégrer le CCF, réserve d’AG2R. Lorgnes-tu donc sur une place chez eux dans le futur ?

Passer professionnel n’est pas du tout mon objectif. Je ne veux pas tout sacrifier pour essayer d’y parvenir. En revanche, il serait sot de dire que je ne veux pas passer professionnel. Mais il faut être cohérent avec soi-même. Passer professionnel n’est pas du tout un accomplissement. Je donnerai mon maximum pour obtenir les résultats les plus probants et les choses évolueront de toute façon d’elles-mêmes dans un sens ou dans un autre.

Plus globalement, comment perçois-tu tes propres chances d’intégrer le peloton cycliste pro ? As-tu déjà eu des contacts avec des équipes estampillées UCI ?

De contact, non. Je suis encore loin de ce monde-là. Je suis conscient de mes qualités et je sais que je n’ai pas la caisse d’un prodige. Mais ce n’est pas ce qui fait gagner les courses. Sur mes qualités, je ferai tout pour être l’un des meilleurs de ma génération. Il n’y a que de cette manière que je pourrai faire mes preuves.

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Comment juges-tu le lien entre le peloton amateur et le peloton pro ?

La frontière est clairement de plus en plus ténue. Les néo-pros gagnent des courses. Même les stagiaires font des résultats d’emblée ! A l’inverse, des coureurs qui redescendent de chez les pros ne font pas pour autant la loi en amateur. Clairement, une centaine d’amateurs pourrait être compétitif dans le monde pro. Bien sûr, je ne parle pas de faire des résultats en World Tour mais il faut que le monde pro s’ouvre à celui des amateurs. Le turn-over est faible et cela ne s’arrange pas avec la diminution du nombre d’équipes françaises.

Aujourd’hui, de nombreux français (et européens) partent en Asie. Certains pour y faire toute une saison pro, d’autres simplement pour des piges rémunérées en fin de saison européenne. Envisages-tu de faire ça un jour aussi, ou juges-tu cela sans intérêt ?

(ndlr : cette saison, Damien Monier Vincent Canard et Thomas Lebas ont porté les couleurs de l’équipe japonaise Bridgestone, Alex Destribois a roulé pour l’équipe de Taïwan RTS, alors que Simon Buttner, Sébastien Jullien et Julien Liponne ont participé aux courses chinoises de fin de saison sous les couleurs de China Wuxi Jilun)

Il faut avoir les épaules pour partir pour ce genre d’aventure. Le dépaysement est total, même la culture du vélo est différente en Asie. Mais ce peut-être une aventure humaine très enrichissante si on est capable de s’acclimater. Le cyclisme peut aussi être un moyen de voyager, et les courses exotiques sont nombreuses. Il existe des opportunités. Je vois le cyclisme comme cela aussi. Mathieu Delarozière avec qui j’ai couru en Nouvelle-Calédonie m’a raconté son expérience de certains tours comme le Tour d’Okinawa, le Tour du lac Qinghai. Et puis ce sont des cultures qui m’attirent. Mais ce n’est pas pour tout de suite !

Le Gruppetto

Comment as-tu connu le Gruppetto ?

Les membres fondateurs de la communauté du Grupetto étaient à l’origine pour la plupart des membres actifs de l’ancienne communauté qui s’est formée autour du jeu Pro Cycling Manager dont j’ai fait partie. On peut donc dire que j’en fais partie depuis 5 ou 6 ans déjà !

Qu’est ce qui t’intéresses dans notre communauté, et pourquoi nous avoir rejoint ?

Ce qui m’intéresse, c’est que les sujets qui sont discutés sont des sujets qui me tiennent à cœur et où j’ai des choses à dire, c’est à dire le monde du cyclisme au sens large, jusqu’à même le monde culturel dans sa globalité. C’est un regard sur le monde du vélo que je trouve pertinent et enrichissant.

Un petit mot pour convaincre tes lecteurs de nous rejoindre à leur tour ?

Participer à la vie du Gruppetto n’engage à rien, on ne participe que lorsque cela nous chante. Il n’y a que les avantages !

Pour ceux qui veulent suivre mon actualité sportive, je tiens un blog où je résume chacune de mes courses depuis mon tout premier dossard : http://sisbos.skyrock.com

Photos de Jean Michel Charvet, Eric Prost, Mme Bossis

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Modérateur: Animateurs cyclisme pro