Écrit le par dans la catégorie Analyses, Coup de bordure.

Bilan du Tour de France #3

 

La troisième partie de notre bilan du Tour de France s’attarde désormais sur les équipes qui ont réussi leur Tour de France. Petit rafraîchissement de mémoire sur le dernier Tour en date. Au programme : Cannondale, Katusha, Orica, Argos, Omega Pharma, Movistar et Sky.

 

Cannondale : 15/20

Sagano-dépendant. Tout le Tour de Cannondale reposait uniquement sur Sagan. Autant dire que le slovaque n’avait pas le droit de se rater. Le reste de l’équipe était constituée d’équipiers plus ou moins reconnus, mais pas d’une grande importance sur le poids de la course.

D’ailleurs l’équipe du Slovaque est une des principales déceptions de la course. Il se retrouvait souvent seul à l’abord des sprints, ce qui ne lui facilitait pas la tâche.

Néanmoins, le collectif entier est à mettre à crédit pour la victoire d’Albi, où ils ont essoré le peloton pour leur leader, en pointe pour aller chercher la victoire. Sa seule et unique du Tour. Pour le reste, le Slovaque a fait ce qu’il sait faire le mieux : assurer les gros points. Sprints intermédiaires, sprints massifs, étapes vallonnées : il fut présent partout où il devait l’être, et assure son deuxième maillot vert consécutif.

 

Katusha : 15/20

Objectif atteint. Pour Joaquim Rodriguez, et la formation russe, l’objectif était de finir sur le podium. Objectif atteint, in extremis. Prenant ses responsabilités dans la montée du Semnoz, il n’a pas hésité à attaquer de loin, au contraire de sa tactique de course habituelle. Le tout récompense un beau travail collectif, où les Katusha furent habitués des sprints au pied des cols. Le réveil de Dani Moreno en fin de course fut précieux aussi, amenant un soutien nécessaire à son leader.

L’autre point fort de l’équipe était Alexander Kristoff. On était plutôt curieux de voir ce que le sprinteur norvégien pouvait faire face à une grosse concurrence. Bien qu’en retrait, il n’est pas passé loin du succès le premier jour, terminant 2ème derrière Kittel. Pour le reste il a accumulé les 6ème places (4 pour être précis !), ce qui lui permis de finir 5ème du classement du maillot vert. Un résultat honorable, mais marqué par une terrible discrétion.

Rodriguez et Quintana, les deux grands animateurs des Alpes

Rodriguez et Quintana, les deux grands animateurs des Alpes

 

Orica : 17/20

Réussite maximale. Qui au début du Tour aurait parié sur de tels résultats de l’équipe australienne ? Pas grand monde. Tout commença assez tôt pour les australiens avec le fameux bus … celui-ci mit un nom sur cette équipe auprès du grand public. Et, aléa du destin, le surlendemain Simon Gerrans remportait la dernière étape corse, avant d’enfiler le maillot jaune suite à un contre-la-montre par équipe maîtrisé et remporté collectivement !

Inespéré pour une équipe d’abord centré sur son sprinteur : Matthew Goss. Mais l’australien ne se mêla jamais à la lutte aux avants-postes, peinant même à prendre part aux sprints, suite à la chute massive du début de Tour.

Si Simon Gerrans fut l’homme du début de Tour, Daril Impey pris la relève. Dans la même seconde, et au cumul des places très proches, l’australien finit par laisser le leadership au Sud-Africain à Montpellier. Geste orchestré par la direction sans doute, mais signe d’une bonne entente collective, qui anima le début de Tour.

Pour le reste, saluons Stuart O’Grady, qui pris part à son dernier Tour de France, ou Svein Tuft, auteur d’un beau chrono au Mont-Saint-Michel. Enfin notons la déception de Michael Albasini, qui pensait bien tenir le succès à Lyon, avant de se faire sauter sur la ligne par Matteo Trentin.

 

Argos : 18/20

Quitte ou double. Dans la lignée du Tour 2012, Argos a joué la carte 100% sprinteur cette année. Quand on regarde l’effectif, seul Simon Geschke pouvait prétendre jouer un petit rôle quand la route s’élevait. Pour le reste, tout était centré autour de Marcel Kittel, entouré par d’autres sprinteurs tels que John Degenkolb et Tom Veelers, qui lui furent utiles pour lancer les sprints.

Cette stratégie présente des risques : si ça rate, adieux la médiatisation. Si ça paye, comme ce fut le cas, bonjour la gloire ! Et la gloire, elle ne s’est pas fait attendre. Dès la première étape, et sans doute un peu chanceux (ndlr : une chute avait éliminé les principaux sprinteurs) Marcel Kittel a décroché le précieux sésame … et la tunique jaune donc ! Si elle ne ferait pas long feu sur les épaules du sprinteur allemand, celui-ci remportera trois autres victoires, à Saint-Malo, Tours et Paris. Mais ces victoires cachent aussi un certain désintérêt vis à vis du maillot vert. Kittel n’a jamais semblé cherché à ramener ce maillot à Paris, ne participant pas aux sprints intermédiaires. Sans doute se savait-il trop juste quand la route était escarpée.

Pour ces sprints en petit nombre, il y avait John Degenkolb. Mais l’autre sprinteur allemand n’a jamais semblé dans son assiette, même s’il accroche la 2ème place à Albi derrière Sagan.

 

Omega Pharma : 18/20

Chasseurs d’étapes. Encore une fois l’équipe belge a réalisé un très solide Tour de France. A l’image de son sprinteur, Mark Cavendish, qui a remporté deux étapes. Mais la déception plane sans doute au dessus du grand sprinteur britannique, sans doute très déçu de ne pas ramener le maillot vert. Un parcours trop vallonné et quelques erreurs, associés à une concurrence très aiguisée ont suffit à faire faillir le champion de Man. Sans oublier qu’il sortait d’un magnifique Giro, qui lui est certainement resté dans les jambes, notamment dès que la route s’élevait.

C’est surtout le collectif de l’équipe qui a été impressionnant sur ce Tour, à l’image de Michal Kwiatkowski, l’une des grandes révélations du Tour. Extraordinaire rouleur, il n’hésitait pas à faire fi de ses chances pour se sacrifier au profit de l’équipe, tirant de long bouts droits dans les étapes de plaine. Et avec tout ça, il accroche tout de même une belle 11ème place au général !

Un autre jeune en vue fut bien sûr Matteo Trentin. Le moins connu de l’équipe alla finalement décroché en opportuniste une belle victoire à Lyon, provoquant la joie de toute l’équipe, presque plus que lors d’une victoire du Cav’.

Et n’oublions pas Tony Martin, ce guerrier. Après une lourde chute, il se repris en main et alla décrocher la victoire dans le chrono du Mont Saint-Michel, faisant honneur à son statut de champion du monde. On aura une pensée aussi pour Sylvain Chavanel, sûrement déçu de ne pas avoir pu accrocher une étape.

Un Tour qui a souri à Omega Pharma ...

Un Tour de France qui a souri à Omega Pharma …

Movistar : 19/20

Le malheur des uns fait le bonheur des autres... ou plutôt celui de Nairo Quintana. Au début du Tour, on se demandait qui de Quintana ou Valverde serait le leader de l’équipe espagnole. Qui plus est, il fallait aussi compter sur un très solide Rui Costa, récent vainqueur du Tour de Suisse.

Les Pyrénées nous donnaient une première réponse : Valverde sera le leader. Quintana était alors utilisé pour perturber l’effectif Sky, Costa en équipier de luxe. Pourtant le colombien semblait plus à l’aise que l’espagnol en montagne … tout allait être remis en cause dès la fameuse étape de Saint-Amand-Montrond. Valverde crève au plus mauvais moment, et tout s’emballe … le changement se passe mal, Valverde est piégé derrière le peloton. La chasse a lieu, Costa est dépêché pour aider son leader, mais rien n’y fait : les Movistar abdiquent. Quintana se retrouve alors propulsé leader de la formation espagnole, pouvant libérer son potentiel. Bien épaulé par Valverde, il mit à mal de temps à autre l’hégémonie des Sky, et montra de grandes qualités. Sa seconde place, son maillot blanc et son maillot de meilleur grimpeur sont incontestables. Le colombien a pris rendez vous avec l’histoire. On peut néanmoins critiquer un certain attentisme du jeune sud-américain, qui n’a jamais tenté de faire vaciller Froome, pas forcément à son aise dans les Alpes (à l’Alpe d’Huez et au Semnoz où c’était assez visible). Mais l’écart n’était il pas déjà trop grand, piégé par la tactique première visant à soutenir Valverde ?  Il avait alors couru pour déstabiliser Sky, et non pour creuser l’écart.

Pendant ce temps, Costa obtint plus de libertés. Ainsi il fit mouche à deux reprises, à Gap et aux Grand Bornand, profitant du débours accumulé pour se mêler aux baroudeurs, et les crucifier dès que la route s’élevait.

Quant à Valverde, s’il n’eut pas l’occasion de lever les bras, il put néanmoins revenir dans le Top 10 grâce à une belle traversée des Alpes.

Côté sprinteur, on notera la déception de Rojas, qui n’a toujours pas accroché de victoire d’étape. L’étape de Calvi lui correspondait pourtant parfaitement … mais Gerrans et Sagan furent plus véloces.

 

Sky : 19/20

Intouchable. Tel fut Christopher Froome. Maîtrisant son sujet à la perfection, le britannique n’a jamais semblé être en difficulté à l’exception de l’étape de Saint-Amand-Montrond, et dans une moindre mesure à l’Alpe d’Huez. Mais la course n’était-elle déjà pas pliée ?

Alors pourquoi seulement 19 lorsque l’on remporte le Tour ? Et bien penchons nous un peu sur le reste de l’équipe. Si Richie Porte n’a pas à rougir de sa prestation, malgré son explosion vers Bagnères de Bigorre, où étaient les autres ? Froome fut seul la plupart du temps, comme vers Saint-Amand-Montrond. Pire, hormis Porte les autres n’accrochaient pas le rythme en montagne. Kennaugh tenta tant bien que mal de sortir la tête de l’eau, en vain. Kiryienka et Siutsou furent transparents, et Boasson n’a pas remporté d’étape, alors qu’il avait des opportunités intéressantes, comme à Albi. Elle était loin la Sky de 2012.

Gardez bien cette image en tête car elle fut rare : Froome en difficulté.

Gardez bien cette image en tête car elle fut rare : Froome en difficulté.

 

D’accord, pas d’accord sur ce bilan ? Réagissez sur le forum !

 

Par Vino_93 // Images : Vincent Lefèvre (reflexe.photo.free.fr) et Laurent Brun (www.flickr.com/photos/petitbrun/)

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