Écrit le par dans la catégorie Analyses, Coup de bordure.

Le cyclisme français en évolution ?

Marc Madiot était catégorique à la sortie de la dernière Grande Boucle : « Si on dit que le cyclisme tricolore  va mal, ce n’est pas vrai. Le Tour est un miroir trop déformant, on a tendance à faire disparaître ce qu’il y a avant et après. » Après le dernier Tour de France raté, les français viennent de confirmer une nouvelle fois sur ce dernier week-end la progression du cyclisme tricolore. Tony Gallopin vient de remporter avec la manière la Clasica San Sebastian et Christophe Riblon continue sur sa bonne voie en chipant la deuxième étape du Tour de Pologne, deux épreuves World Tour et deux succès prestigieux.
Nous vous proposons alors de suivre l’évolution de notre cyclisme sur ses dix dernières années et sur les plus grandes épreuves .

Tout d’abord, il faut préciser un point essentiel à ce comparatif : le nombre des équipes françaises dans l’élite ne cesse de diminuer. Au début du Pro-Tour en 2005, 4 équipes représentaient nos couleurs sur les 20 en lice et 5 de 2006 à 2008. Aujourd’hui sur ces cinq formations en 2013, il n’en reste plus que 2 pour 19 places dans le giron du World-Tour, nouvelle appellation du Pro-Tour depuis 2010, à savoir AG2R et FDJ tandis que la Cofidis et Europcar (anciennement Bouygues Telecom) sont en deuxième division. Alors que le Crédit Agricole de Roger Legeay a disparu de la circulation. Mais là où il n’y avait qu’une seule équipe en seconde division en 2006, la France dispose désormais de quatre formations dans cet échelon inférieur. Soit toujours le même total mais réparti d’une autre manière. Néanmoins, il faut savoir que ces équipes doivent obtenir une wild-card pour disputer les courses du World Tour, ce qui désavantage donc nos formations puisqu’elles sont dans l’obligation de cibler deux ou trois courses dans la saison pour avoir une chance de les disputer et d’y jouer un rôle plus ou moins majeur.

Alors est-ce pour autant que les résultats s’en font ressentir ? Si on analyse les performances des français sur ses dix dernières années et sur les grandes classiques dans un premier temps, on s’aperçoit que les tricolores viennent de réaliser la totalité des Top5 sur les « monuments » durant les trois dernières saisons. Mieux, sur les quatre premiers monuments de cette saison 2013, les français offrent trois top 5 alors qu’ils échouent aux portes du top10 sur Liège-Bastogne-Liège. A l’image de Chavanel sur ce Milan-San Remo 2013 ou le Tour des Flandres 2011, on sent que la France semble en bonne voie pour mettre fin à la disette qui date depuis 1997 et les succès de Guesdon et Jalabert sur Paris-Roubaix et le Tour de Lombardie. Sur les neuf dernières courses, sept se sont conclues par un top10 au pire des français. De quoi espérer une victoire possible pour bientôt ?

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Même si Chavanel ou Voeckler n’ont plus beaucoup de temps devant eux pour offrir cette prestigieuse victoire, derrière la jeune génération semble en passe de réaliser ce que la précédente n’a jamais pu faire. Citons en exemple le coureur d’AG2R, Romain Bardet, remarquable sur l’Amstel Gold Race 2012 ou sur Liège-Bastogne-Liège 2013 où il conclut la course à la treizième place.
Les flandriens doivent aussi être cités en exemple et peuvent pourquoi pas créer une surprise. Gaudin, Turgot, Ladagnous, Offredo s’annoncent comme des candidats au Ronde ou à Paris-Roubaix. Surtout que Fabian Cancellara et Tom Boonen ne seront bientôt plus là pour régner et on ne sent pas un réel successeur s’affirmer même si Sagan montre évidemment le chemin. En tout cas, il n’est pas impensable qu’un français puisse s’imposer sur une de ces classiques sur les années à venir.

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On peut de toute façon dire que c’est déjà le cas. Sur les autres classiques du World-Tour, les français s’en sortent de mieux en mieux. La preuve en est avec la victoire récente de Tony Gallopin sur la dernière Clasica San Sebastian et le sacre d’Arnaud Demare l’an passé sur la Vattenfall Cyclassics. A l’image du beauvaisien, la France possède désormais une génération de sprinteurs qui lui permet d’envisager des victoires sur certaines classiques. Prenons le cas de Bryan Coquard, deuxième en 2012 sur les Championnats du monde espoirs qui se disputaient sur les routes de l’Amstel Gold Race. On peut s’imaginer le voir briller sur cette classique dans les années à venir.
En parlant de ces Championnats du monde espoirs, course créée en 1996, il est aussi important de préciser que sur la course en ligne, la France totalise cinq médailles dont quatre ( pour deux titres, Sicard en 2009 et Démare en 2011 ) sur ces quatre dernières années, la première remontant en 2006 où Romain Feillu s’était emparé de la deuxième place. Chez les juniors et sur la même course, le constat est le même. De 2004 à 2007, seul Tony Gallopin a pu rapporter une médaille ( 3eme en 2006 ) tandis que de 2008 à 2012, c’est trois médailles en or et une en argent. Du côté des élites, la progression se fait aussi sentir où la nation reste sur trois top 10 d’affilés.

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Pour revenir aux classiques, sur les quatorze proposées sur le World-Tour en 2012, les français placent au moins une fois un coureur dans le top 10 sur douze d’entre elles. Les deux autres sont la Flèche-Wallonne et le Tour de Lombardie, deux courses qui ne réussissent pas en général à nos coureurs. C’est ainsi le meilleur total de ces dix dernières années avec en prime donc, la victoire d’Arnaud Démare à Hambourg. Cette année, le bilan sera moins bon mais Tony Gallopin sauvera l’honneur après son épopée en solitaire du côté de San Sebastian. Notons aussi les bonnes performances de nos compatriotes sur les nouvelles courses canadiennes. En 2010, Thomas Voeckler ouvrait le palmarès du Grand Prix du Québec et Pierrick Fédrigo rate de peu le coche l’année suivante sur le Grand Prix de Montréal.

Même si les victoires ont été plus nombreuses au cours de ses cinq premières années avec trois bouquets sur le Grand Prix de Plouay et un sur Paris-Tours contre trois sur cette deuxième partie ( sur des courses différentes cette fois ), les premières victoires s’étaient déroulées sur notre territoire et ne reflètent pas réellement la réalité. Désormais, les français semblent capables de gagner hors de nos frontières sur une course d’un jour et prouvent petit à petit qu’ils élargissent leur champ d’action. Auparavant, le cyclisme français se reposait sur ses baroudeurs pour décrocher la timbale alors qu’elle semble désormais avoir plusieurs cordes à son arc. Les flahutes sont à l’affût et sont des candidats sérieux au titre, les sprinteurs s’affirment petit à petit et n’ont pas encore livré l’étendue de leur potentiel. Tandis que les puncheurs semblent également bien se défendre. En attendant demain, les français sont déjà là au plus haut niveau et prouvent avec leurs derniers résultats qu’ils progressent chaque année sur les classiques. De là à en claquer une  » très grande  » pour bientôt ? Il semble n’y avoir qu’un pas à franchir !

Et vous, que pensez-vous de l’évolution du cyclisme français ? Plutôt inquiet ou optimiste ? Vous pouvez nous le confier et réagir à l’article sur notre forum !

Par Guame, photo par jejecam via Wikimédia Commons.

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