Écrit le par dans la catégorie Coup de bordure, Edito.

Après le contre-la-montre plat entre Avranches et le Mont Saint-Michel et l’étape mouvementée menant à Saint-Amand, Chris Froome compte plus de 2 minutes d’avance sur son actuel dauphin au classement général: Bauke Mollema. Le dixième du général, l’espagnol Joaquin Rodriguez, pointe quant à lui, déjà, à près de 6 minutes du maillot jaune. Pourtant, à mi-Tour, l’espoir persiste et le suspens n’a pas encore totalement disparu. Avec un peu d’espoir et beaucoup de mauvaise foi, on peut même dire que rien n’est joué.

Il existe encore quatre raisons valables de penser que la deuxième moitié de ce Tour de France n’aura rien à voir avec les douze premiers jours. Alors que les Pyrénées, la Corse et le contre-la-montre du Mont Saint-Michel sont passés, et face aux Alpes qui se profilent, Christopher Froome est encore loin d’avoir course gagnée. Les Saxo-Tinkoff, Katusha et Movistar, tentant de mener au mieux leurs leaders, ne vont pas rester inactifs, tout comme les coureurs ayant perdu toute ambition au général: Pinot, Rolland et Schleck, notamment, mais aussi Valverde, lâché ce vendredi alors qu’il semblait dans la forme de sa vie.

Le Ventoux, monumental et monstrueux

Dimanche va se dresser face au peloton l’un des géants qui ont fait l’histoire du Tour. Il a suffi de neuf arrivées à son sommet pour permettre au Ventoux d’être parmi les cols les plus attendus par les spectateurs et redoutés par les coureurs. C’est donc avec une appréhension non-dissimulée qu’ils vont entamer, dans quelques jours, les 20 kilomètres de montée entre Bédoin et le sommet, après plus de 220 kilomètres relativement plats.  A chaque fois que le col apparaît au programme du Tour de France, il en est directement l’un des moments forts. Cette année ne dérogera pas à la règle, en partie grâce aux températures. A Givors, ville de départ, il fera près de 32 degrés selon les prévisions. A Bédoin, pied du Ventoux, on parle même de 35 degrés…Des hauteurs caniculaires qui ont de quoi inquiéter les coureurs, notamment les Sky. La formation du maillot jaune n’est pas réellement adepte de telles températures: Seul Richie Porte semble capable d’aider Froome sur la montée, ainsi que David Lopez Garcia sur le plat. Le reste de l’équipe, composé d’un biélorusse et de trois britanniques, devrait subir sur l’étape de dimanche. Surtout, Alejandro Valverde et Alberto Contador disposent d’équipiers de pays chauds et sont eux-mêmes espagnols, un avantage certain face au soleil qui frappera.

Une équipe pas taillée pour le maillot jaune

Cela a été visible dimanche et, plus étonnant encore, mardi, jeudi et vendredi. Sky n’est pas à la hauteur sur ce Tour de France. En montagne, il était presque logique de voir Edvald Boasson Hagen, Geraint Thomas et Ian Stannard craquer. Ils n’ont jamais été des grimpeurs et, même s’ils travaillent pour le devenir, n’ont fait qu’une courte partie du chemin qui mène aux cimes. Le norvégien a d’ailleurs abandonné à l’issue de cette douzième étape, comme l’avait fait Kiriyenka quelques jours plus tôt. Il ne reste donc plus que 7 Sky en course, alors que seul Kanstantsin Siutsou avait dû renoncer l’an dernier. Ce dernier est d’ailleurs l’un des seuls coureurs capables d’épauler le maillot jaune, avec Richie Porte. Peter Kennaugh et David Lopez Garcia, que l’on attendait à un bon niveau, ne répondent malheureusement pas présents. L’espagnol est hors de forme, et le britannique a lourdement chuté dimanche, subissant encore près d’une semaine plus tard les séquelles de son aventureuse expérience dans l’herbe. Incapables d’assumer la couleur qui pèse sur les épaules de leur leader, les Sky ont montré de nettes faiblesses en montagne. Dimanche, ils ont d’ailleurs très vite disparu. Au lendemain de la démonstration de force de Chris Froome et Richie Porte, respectivement premier et deuxième de l’étape et, par conséquent, du général, les maillots noirs ont très vite baissé pavillon, laissé le kényan de naissance, tout de jaune vêtu, seul. Les spectateurs, inquiets d’assister à une nouvelle domination Sky et d’un doublé final Froome-Porte, ont vite eu de quoi se rassurer. L’australien a disparu, tout comme les autres échelons du train de montagne Sky. Seul le maillot jaune a finalement tenu, terminant dans le peloton des favoris (rien d’exceptionnel, Hubert Dupont y figure également). Mais, derrière lui, c’est pire qu’une bérézina qui a touché la formation britannique. Richie Porte concède 18 minutes et toute ambition de top 10, lui qui figurait la veille parmi les favoris. Les autres Sky terminent à plus de 20 minutes. Le moral des huit hommes restants est également entaché par le calvaire vécu par le neuvième, Vasili Kiriyenka, lâché par le grupetto, a échoué pour moins d’une minute dans la lutte pour les délais.

Plus inquiétant encore, ils ont été vus à la peine sur le plat. Sur les dixième et douzième étapes, seul Ian Stannard parvenait à tenir aux côtés de Chris Froome. A l’arrivée à Saint-Malo, cinq des huit Sky restants terminaient attardés. Pour économiser leurs forces en vue de la suite de la course ? Probablement. Mais, toute réfléchie qu’a été cette décision, elle est loin d’être celle que l’équipe du maillot jaune devrait avoir. C’est un aveu de faiblesse qu’ont fait les Sky. Ils ont renoncé à défendre leur leader sur le plat pour le faire en montagne. Mais en seront-ils capables ? Au vu de ce qu’ils ont démontré ces derniers jours, un échec lorsque la route s’élèvera est envisageable. Un nouvel exemple de leur incapacité à aider Froome a été aperçu vendredi. Face au coup de bordure des Saxo-Tinkoff, Belkin et Omega Pharma-Quick Step, les équipiers Sky ont d’abord tenté de revenir avant de renoncer. A l’arrivée, dans le groupe maillot jaune composé de plus de 40 coureurs, seul Froome a tenu. Il va sans doute falloir commencer à s’alarmer pour Dave Brailsford.

Les adversaires de Froome sont nombreux

Ils sont plusieurs à encore espérer, du moins en apparence, contrecarrer les plans des Sky. Nairo Quintana, Alberto Contador et Bauke Mollema semblent les plus à même d’y parvenir. Chacun de ces trois hommes dispose d’une équipe qui compte essentiellement voire uniquement sur lui, et qui est capable d’éliminer un à un chaque équipier restant aux côtés de Froome. Au soir du contre-la-montre du Mont Saint-Michel, Movistar comptait encore trois coureurs dans les dix premiers du classement général. Saxo-Tinkoff en a deux, et quelques autres excellents grimpeurs au service de Contador. Belkin peut également compter sur Laurens Ten Dam et Robert Gesink pour faire remonter Mollema au général. Ces trois formations ne vont pas renoncer. Elles seront encore présentes, jusqu’au bout, dans la lutte face aux Sky.

Mais ils ne sont pas les seuls. En effet, les Pyrénées ont déjà fait de sérieux dégâts, chez les français entre autres. Pierre Rolland, maillot à pois depuis la deuxième étape de ce Tour sauf après les 7e et 8e journées de course, pointe déjà à 16 minutes au général. Il sera donc forcé d’attaquer de loin pour conserver son maillot et, objectif principal du français, remporter une étape. Thibaut Pinot, également vainqueur d’étape l’année passée, n’a plus que ça à quoi se raccrocher, et il devra donc aller de l’avant avant les Champs. Plus près des arrivées d’étapes, on devrait assister à des tentatives d’Andy Schleck et Mikel Nieve, qui semblent capables de terminer dans les 10 en montagne mais qui ont perdu beaucoup de temps sur le contre-la-montre. Le luxembourgeois et l’espagnol vont donc très probablement s’exprimer dans les Alpes pour remonter dans le classement. Et il ne faut pas oublier les AG2R, Katusha, Garmin-Sharp…qui peuvent également très bien donner le tournis au maillot jaune. Et beaucoup de ces coureurs ont orienté leur pic de forme sur la troisième semaine, quand Chris Froome semblait déjà au mieux dès les Pyrénées.

Le plus dur reste à venir

Pour l’instant, nous n’avons assisté qu’à une mise en bouche. Après le Ventoux et la journée de repos de lundi, le peloton va enchaîner jusqu’à samedi, la veille de l’arrivée sur les Champs, cinq étapes difficiles. Deux arrivées au sommet à l’Alpe d’Huez et Annecy-Semnoz, une étape accidentée dont l’arrivée est située à Gap et qui rappelle la journée très mouvementée de 2011, une étape de montagne avec arrivée à la suite d’une descente, au Grand-Bornand et, mercredi, un contre-la-montre en montagne de 32 kilomètres, forçant les coureurs à relier Embrun et Chorges. Un final qui ne sera absolument pas de tout repos attend impatiemment les candidats aux victoires d’étapes. Chris Froome, peut-être mal entouré et pas forcément capable de répondre à toutes les attaques, ne remportera pas chacune de ces étapes. Il perdra probablement du temps sur certains coureurs. Quintana, Mollema et Contador sont encore proches au général, et n’ont donc en aucun cas perdu leurs chances de titre final.

Les étapes de l’Alpe d’Huez et d’Annecy-Semnoz, notamment, feront à coup sûr des dégâts importants. La double ascension de l’Alpe, qui paraîtrait presque surhumaine aux yeux de certains, va user les organismes et éliminera de nouveaux coureurs, à la veille d’une nouvelle étape extrêmement difficile, arrivant au Grand-Bornand. Au programme: Deux cols de première catégorie et deux cols Hors-Catégorie ! Enfin, dès l’étape suivante, les coureurs devront affronter six cols et côtes, dont une ascension finale classée Hors-Catégorie. Une nouvelle occasion de créer des écarts. Et de décramponner Froome ?

Photo: Maxime Lafage

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