Écrit le par dans la catégorie Analyses, Coup de bordure.

Pour entamer cette dernière semaine, les coureurs s’attaquent au Mont Ventoux, col mythique ayant écrit quelques unes des plus grandes pages du Tour. Après les Pyrénées et le chrono du Mont-St-Michel qui ont consacré Froome, quel sera le verdict des Alpes ? Le leader a été quelque peu ébranlé dans les bordures, vendredi dernier, et s’est retrouvé chahuté lors de la deuxième étape pyrénéenne. La plus longue étape du Tour nous donnera les premiers éléments de réponse aujourd’hui. Plate sur quasiment toute sa longueur, elle voit se dresser le Géant de Provence, un monstre offrant 21 km d’ascension pour une pente moyenne de 7,5%.

Un début d’étape rapide

Comme cela était prévisible, les coureurs ne trainent pas en route sur cette étape. Il fallait tout d’abord accrocher l’échappée matinale, pour tous ceux qui rêvent de victoire d’étape sans avoir les moyens de rivaliser à la pédale avec les meilleurs. Ce groupe a tardé à se détacher, ce qui a eu pour effet de lancer la course sur un rythme très rapide. Une fois leur bon de sortie obtenu, les échappées pouvaient espérer un peu de répit, mais il n’en fut rien. Pierre Rolland est venu mettre son grain de sable, menant la poursuite d’abord en duo avec Burghardt, puis avec le soutien de son équipe Europcar. Movistar a ensuite pris le relais pour contenir l’écart aux alentours de 3 minutes. Sky a pris ses responsabilités entre Malaucène et Bédoin, pour placer son leader et éviter les pièges d’une route étroite. A Bédoin, au pied du col, Sylvain Chavanel passe en tête, avec seulement 1’30 d’avance sur le peloton.

Les coureurs abordent une première portion facile, avec 5 kilomètres oscillant entre 4% et 6%. Ces premières pentes sont parcourues par vent favorable. Dans le peloton, les rouleurs de la Sky s’en donnent à cœur joie et l’essorage est rapide parmi les coureurs les plus faibles. Seul en tête, Sylvain Chavanel boucle les 4,5 km précédant Saint-Estève en 9 minutes pour une puissance de 430 W environ. Ce résultat est à temporiser car l’aide du vent dans le dos n’est pas prise en compte. Le peloton a repris peu de temps sur Chavanel, environ 10 secondes, affichant 445 W. Pour les leaders, il faut aussi tenir compte de l’abri offert par les équipiers pour nuancer ce chiffre.

Les temps de montée de Chavanel et du peloton.

Sky assure le tempo jusqu’au Chalet Reynard

Après cette portion, les coureurs prennent une épingle à gauche et s’enfoncent dans la forêt. La pente se dresse alors sous leurs roues, 9% de moyenne jusqu’au Chalet Reynard. L’équipe Sky s’efface assez rapidement, perdant successivement Lopez Garcia, Thomas, Stannard et Sioutsou. Un moment de flottement se produit en tête du peloton, avec un train assuré par Tony Martin puis Peter Velits d’Omega Pharma- Quick Step. Mikel Nieve et Nairo Quintana en profitent pour sortir avant que Sky ne reprenne les commandes. Peter Kennaugh a ensuite assuré son travail habituel, en avant-dernier relayeur de l’équipe Sky. Sous son impulsion, l’écart avec le duo de tête, Nieve et Quintana, se maintient aux alentours des 30 secondes, puis grimpe jusqu’à 50 secondes lorsqu’il s’écarte. Richie Porte hausse le tempo en assurant son relais. Les effets sont dévastateurs puisque tout le monde lâche, sauf Froome et Contador. A un kilomètre du Chalet Reynard, la voie est libre pour Christopher Froome. Sous réserve d’une identification correcte de la transition entre le relais de Kennaugh et celui de Porte, les puissances donnent un net différentiel en faveur de l’Australien, confirmant l’impression visuelle. Richie Porte a assuré un relais intense durant 2’30, développant 448 W. Cette puissance a suffit à mettre tout le monde dans le rouge. A l’opposé, Peter Kennaugh plafonnait à 408 W lorsqu’il s’est écarté. En comparaison, l’homme de tête d’alors, Nairo Quintana a produit un effort régulier sur chaque portion, 420 W en moyenne.

Chris Froome termine le travail

L’accélération de Froome suffit à décramponner Contador, ce qui est compréhensible après le rythme infernal produit par Porte. Même le leader de la Sky n’arrive pas à maintenir la cadence, produisant seulement 422 W jusqu’au Chalet Reynard. Il rattrape rapidement Nairo Quintana qui avait fini par se détacher de Mikel Nieve. Il place ensuite une deuxième attaque qui surprend un temps le Colombien. Les deux hommes poursuivent seuls, Chris Froome assurant la majeure partie du travail. Le Britannique a levé le pied, redescendant à 397 W, même si ce chiffre est sous-estimé par le vent qui soufflait de côté à trois-quarts face dans cette dernière portion. Quintana prend quelques timides relais et répond aux attaques de Froome. Le Britannique donne l’impression d’avoir baissé la cadence. Une dernière attaque à proximité de la flamme rouge suffit à achever Quintana, encore un peu trop gourmand aujourd’hui. Il a lâché prise dans le final, alors qu’il a fait une bonne partie de la montée en tête, moins à l’abri que dans le peloton. La course s’était néanmoins déjà décantée lorsque les coureurs se sont retrouvés aux prises avec un vent globalement de face après l’épingle du Chalet Reynard. Contador a trouvé un allié de circonstance avec Nieve, ce qui ne l’a pas empêché de craquer dans le final. Le Basque a pris une belle troisième place, en devançant le retour de Rodriguez. Purito a préféré laisser passer l’orage et rouler en compagnie du groupe Mollema. Le Néerlandais figure parmi les perdants du jour, tout comme Valverde. Richie Porte, contrairement à samedi dernier dans Ax, s’est relevé après l’effort intense qu’il a produit à mi-pente. Dans un autre registre, Cadel Evans et surtout Andy Schleck ont craqué aujourd’hui.

Décryptons maintenant la montée du leader et ses grandes phases. Chris Froome est loin du record signé par Marco Pantani sur le Tour 1994, 46 minutes depuis Saint-Estève. Le record de l’ascension complète appartient à Iban Mayo, en 55’51 depuis Bédoin, signé dans un chrono sur le Dauphiné en 2004. Ici avec un temps de 59’ environ (la montée n’a pas été chronométrée depuis la sortie de Bédoin mais seulement de la banderole des 20 km), il accuse près de trois minutes de retard. Cependant, les comparaisons sont très difficiles sur le Mont Ventoux, un col offrant des conditions climatiques variables. Le final est balayé par le vent et la chaleur parfois étouffante dans cette ascension joue un grand rôle dans les performances des coureurs.

Que pensez-vous de ces chiffres et de la performance de Chris Froome ? Les Alpes seront-elles le terrain de performances similaires ou le Britannique s’est-il déjà beaucoup donné pour assommer ses rivaux ? Qui a connu, selon vous, un jour sans et serait alors capable de hausser son niveau dans les jours prochains ? Venez débattre des puissances de ce Tour de France et de la physionomie de la course sur le forum.

Par CSC_3187 / Photo : BlueBreezeWiki CC BY-SA 3.0 via Wiki Commons

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